Steinbeck mystificateur

Par Benard


 Fil des lettres

En panne d’inspiration au début des années 1960, John Steinbeck a l’impression d’avoir également perdu son contact avec l’Amérique. Il entreprend donc un grand voyage dont le récit donnera un livre, Voyage avec Charley. Seulement, l’écrivain n’aurait pas vécu le quart de ce qu’il y raconte.
À sa publication en 1962, Voyage avec Charley est acclamé par la critique et devient un best-seller. L’automne de la même année, Steinbeck reçoit le prix Nobel de littérature et, avec le temps, l’ouvrage est devenu un classique de littérature américaine. Voyage avec Charley occupe donc une place importante dans l’œuvre de l’auteur des Raisins de la colère, confirmant son talent et son aura au moment où il peinait à relancer son écriture. Malgré cela, le journaliste américain Bill Steigerwald révélait récemment qu’une grande partie de ce récit était truffée d’incohérence. L’écriture mise à part – très théâtrale selon de nombreux critiques – les événements racontés par Steinbeck concordent rarement avec la réalité. Ses tribulations étant datées, il est aisé d’en vérifier certaines d’entre elles. Son fils avait déjà émis des doutes sur l’authenticité de ce récit en déclarant « qu’il avait tout écrit depuis sa caravane ». Bill Steigerwald est encore plus catégorique : «Pratiquement rien de ce qu’il écrit dans Charley n'est crédible». L’année dernière, Bill Barich publiait une étude soutenant la même hypothèse, mais qu’il tempérait en rendant hommage au romancier : «Ses points de vue sur la mort du régionalisme, l’homogénéité grandissante des États-Unis et le saccage de l’environnement étaient justes. Il a su anticiper tout cela.»

Source : http://www.magazine-litteraire.com/content/breves/article?id=18939