Le meilleur de 2010 – Acte II

Publié le 10 janvier 2011 par Gootsy @gootsy

A côté des influences africaines, de l’alternatif bizarroïde ou de la pop déjantée évoqués dans la première partie de cette rétrospective, un grand nombre d’artistes se sont illustrés dans un style plus conventionnel. Certains albums sortis cette année auraient d’ailleurs pu sortir il y a 20, 30, 40 ans et ils n’auraient pas été si différents (Pour Katie Melua, Duffy ou d’autres, quelques titres trahissent malgré tout leur époque). Cette deuxième playlist du meilleur de 2010 est consacrée à ces disques.
 


 
Comme pour la première partie, le widget 8tracks présent ci-dessus vous permettra d’écouter cette playlist.

The Baseballs – Umbrella

(Strike)

Une des grandes tendances de l’année a été de jouer la carte de la transposition. Big Daddy l’a fait il y a 30 ans dans un style 50′s, Mike Flower Pop nous avait bien fait marrer il y a 15 ans avec leur reprise lounge de wonderwall et Nouvelle Vague a usé jusqu’à la corde son concept de reprises new wave en bossa nova. En 2010, nous avions ainsi le choix entre le troisième album des lost fingers (reprises en jazz manouche), l’album des ReBeatles Project (reprises style… oui, Beatles, gagné) et celui des Baseballs, qui recolorent les titres du moment en wock et en woll.  Comme toujours dans ce genre d’exercice, ça ne marche pas à tous les coups, mais quand ça marche c’est jubilatoire. Par exemple, je pense que je n’avais jamais réellement fait attention à la mélodie du tube de Rihanna avant de l’entendre réarrangé de cette manière.

Cee Lo Green – Satisfied

(The Lady Killer)

Il y a 5 ans, Cee Lo Green a connu un succès phénoménal en tant que membre de Gnarls Barkley: Crazy. Et puis, comme souvent avec ce genre de titre connaissant un tel succès, on l’a entendu ad nauseam. La reprendre a été pendant un temps l’étape quasi obligatoire (je t’épargne la liste des interprètes mais si tu la souhaites, cher lecteur, comme je dis bien souvent  wikipedia est ton ami). Et puis c’est retombé. Après un deuxième album de Gnarls Barkley passé inaperçu (et qui n’était qu’une copie du premier), Cee Lo reprend sa carrière solo et paf ! Le premier single (Fuck You ou Forget You selon les versions) réédite l’exploit de Crazy, se répandant comme une trainée de poudre sur le net et commence à être repris un peu partout. Avant d’en faire une overdose en l’entendant lui aussi ad nauseam, il faut courir écouter cet album qui contient d’autres authentiques perles soul.

Katie Melua – I’d Love To Kill You

(The House)

Katie Melua n’aura pas eu à longtemps supporter l’étiquette de Norah Jones anglaise. Son premier album sorti en 2003 lui avait effectivement valu cette étiquette, mais dès le second on a compris qu’elle ne passerait pas sa vie à chanter du jazz et à sortir des sentiers battus. La preuve, elle délaisse après trois aventures son auteur / compositeur / producteur habituel et le remplace par Guy Chambers à l’écriture (connu pour son travail avec Robbie Williams) et le gourou de l’électro William Orbit à la production pour un album étonnant. Au fil du disque, on trouve de la folk aux paroles inquiétantes (ce I’d Love To Kill You, sorti en single sous To Kill You With A Kiss), une orchestration orientale teintée d’électro, l’influence de Kate Bush ou le Royal Philharmonic Orchestra.

Fistful Of Mercy – As I Call You Down

(As I Call You Down)

Ben Harper, Joseph Arthur et Dhani Harrison sont dans un studio. Non, personne ne tombe à l’eau, mais en trois jours, ils écrivent et enregistrent un album. L’approche rappelle ces groupes impromptus regorgeant de stars (le papa de Dhani avait d’ailleurs tenté l’expérience avec les Travelin’ Wilburys), et fait rarissime, pour une fois l’association fonctionne pas trop mal. L’album se laisse écouter, notamment grâce à la richesse des harmonies à trois voix, les compositions formant néanmoins un ensemble un peu trop faiblard pour considérer ce supergroupe comme les Crosby, Stills & Nash du 21e siècle (ou alors, ceux des albums des années 90 que personne n’écoute jamais).

Tom Jones – Strange Things

(Praise & Blame)

Un album qui donne ENFIN sa place à la voix de Tom Jones. Car il faut bien le reconnaître, son nom était un peu devenu synonyme de ringardise dans le monde du rock. Ses shows à Las Vegas dont It’s Not Unusual est devenu l’hymne (bien que pour ma part, il me fera toujours penser à une scène anthologique de Mars Attacks!), la moquette sous la chemise ouverte, même son album de collaborations il y a 10 ans  avec les stars hype de l’époque n’avait pas réussi à plaider sa cause (pourtant, il y avait des choses intéressantes. Mais bon, il y avait Sex Bomb aussi…). Cet album sonne donc comme une révélation, sa voix puissante se baladant sur des titres de blues et de gospel aux arrangements parfois proche du rockabilly, Tom Jones était né pour chanter ça. Espérons que cet album marque le début de la renaissance de cet artiste qu’on avait un peu catalogué trop vite et qu’il marque le début d’une série d’albums à l’instar des American Recordings de Johnny Cash.

Eli ‘Paperboy’ Reed – Come And Get It

(Come And Get It)

Je me souviens de mon premier visionnage de la prestation d’Otis Redding au festival de Monterey. Alors qu’il gigotait en chantant Shake, je me demandais comment autant d’énergie pouvait émaner de ce petit bonhomme. Ce fut la même sensation quand la musique d’Eli Reed est sortie de mon ordinateur il y a 3 ans. Car quand on le voit avec son physique d’american boy très propret (d’où le sobriquet de Paperboy) on n’imagine pas entendre du rythm and blues, du vrai, du roots. Et si ses enregistrements s’enchaînent sans grande trace d’originalité (même si sa reprise du Ace of Spades de Motorhead est tout de même assez surprenante), ce n’est pas vraiment ce qu’on lui demande, il sait ce qu’il fait, et il le fait bien.

The Hold Steady – We Can Get Together

(Heaven Is Whenever)

Les Hold Steady divisent beaucoup, certains les consacrant meilleur groupe de rock actuel, d’autres ne voyant en eux que les meilleurs imitateurs de Bruce Springsteen. Pour se faire sa propre opinion je ne peux que conseiller l’écoute de Stay Positive sorti en 2008 avec ses paroles intelligentes, ses refrains accrocheurs et ses références aux classiques. Malheureusement Franz Nicolay, leur clavier, a décidé de faire bande à part et il brille par son absence sur ce dernier enregistrement du groupe qui contient tout de même de très bons titres. Il ne leur reste qu’à retrouver leurs marques pour continuer d’écrire brillamment le reste de l’aventure.

John Legend & The Roots – I Wish I Knew How It Would Feel To Be Free

(Wake Up)

Inspirés par la victoire d’Obama a l’élection présidentielle américaine  et souhaitant réveiller les consciences, le chanteur néo soul et le groupe hip hop organique ont pioché dans les titres d’un autre temps où d’autres symboles (la marche pour les droits civiques, l’assassinat de Martin Luther King…) inspiraient les artistes de l’époque : Marvin Gaye, Donny Hathaway ou Baby Huey. Même si on ne peut pas comparer ces reprises aux originaux (quand on reprend un titre de l’album What’s Going On, en même temps, on donne le bâton pour se faire battre), l’exercice de style est à saluer, la sélection impeccable et la qualité musicale du projet, vu les participants, grandiose. A écouter, même si ce n’est que pour entendre le son à tomber par terre des Roots.

Elvis Costello & The Imposters – A Voice In The Dark

(National Ransom)

On pourrait définir Costello comme le Woody Allen du rock : un projet par an (plus ou moins) et on ne sait jamais à quoi s’attendre. Chaque album arrive pour les fans (dont je fais partie) comme un cornet surprise : va-t-on avoir cette fois-ci un album rock ? du jazz ? de la country ? Et pour cet énième épisode, on a droit à tout cela arrosé généreusement de ketchup, un hommage à l’americana qui rappelle son King of America de 1986, mais en poussant beaucoup plus loin le camouflage musical; ainsi certains titres (comme ce A Voice In The Dark) semblent sortis tout droit des années 30 (quatre titres de l’album ont d’ailleurs été pressés en 78 tours édition très limitée, pour accentuer encore plus le clin d’oeil). Ecouter cet album, c’est faire un voyage spatio-temporel dans la musique des Etats-Unis  avec le plus grand des spécialistes comme guide.

Dark Dark Dark – Say The Word

(Wild Go)

Avec une musique quelque part entre les Tindersticks et Alena Diane, les Dark Dark Dark mériteraient sans doute d’être plus connus. Malheureusement, même le passage d’un des titres de leur dernier album Wild Go dans Grey’s Anatomy n’a pas accélérer une reconnaissance pourtant amplement méritée. Un mélange d’Americana, de jazz nouvelle orléans et de folk, une atmosphère mélancolique et intimiste, je ne recommanderais pas le groupe aux dépressifs chroniques, mais tous ceux qui recherchent éperdument le fantôme de Nick Drake devraient se pencher sur leur art.

Ray Lamontagne – Repo Man

(God Willin’ & The Creek Don’t Rise)

Une voix bien râpeuse posée sur des titres mi-folk mi-rythm’n'blues, les premiers albums de Ray Lamontagne, bien qu’excellents, pouvaient faire craindre un essoufflement au bout de quelques années. Pour son quatrième, il prend le poste de producteur et rassemble une poignée de musiciens de studio pour enregistrer ce qu’il considère comme son premier album de groupe. Cela donne toujours cette voix sexy et obsédante (si bien que le magazine Rolling Stone termine sa critique de l’album par « lock up your daughters »), quelques innovations comme la pedal steel guitar qui rajoute une nuance country sur quelques titres et quelques morceaux anthologiques comme l’ouverture Repo Man, définitivement funky.

Duffy – Hard For The Heart

(Endlessly)

Tout comme le Crazy de Gnarls Barkley dont je parlais plus haut, on a soupé du Mercy jusqu’à l’overdose. Le premier album de Duffy contenait pourtant d’autres perles (Warwick Avenue me vient à l’esprit), et bizarrement, c’est encore Mercy qu’on entend dans les promos du deuxième album. Pourtant, Endlessly ne suit en rien le chemin de son prédécesseur; le son n’est plus rétro, et l’album se divise entre titres où Duffy se réinvente diva disco et balades néo-soul. Et autant je trouve ces balades majestueusement réussies, autant je suis moins convaincu par les morceaux plus rythmés. L’album contient néanmoins quelques titres bien écrits mettant en évidence cette voix si particulière.

Pete Molinari – A Train Bound For Glory

(A Train Bound For Glory)

Cet album, comme les précédents de Pete Molinari, aurait pu sortir en 1965. En l’écoutant, on imagine un 33 tours perdu de Dion DiMucci ou peut-être de Dylan s’il avait mis de côté ses titres hallucinatoires et s’était tourné vers la country et le blues, comme si les Beatles et autres comparses de l’invasion britannique  n’avaient jamais existé. Et l’impression est renforcée par la présence des jordanaires (anciens choristes d’Elvis) sur certains titres. Sans imiter, Pete Molinari continue d’enregistrer d’authentiques classiques intemporels.

The Transatlantics – Things Got to Get Better

(The Transatlantics)

Retour aux sources. Fini le Rn’B aseptisé interprété par des artistes autotunés et des vocalises interminables qui nous ont fait oublier que derrière ces pirouettes insupportables, il y a des paroles et une mélodie. Un peu partout, des artistes rejoignent Sharon Jones & the Dap Kings ou Eli ‘Paperboy’ Reed dans la vague rétro qui rappelle les plus belles pages de la Stax. Même en Australie, où depuis Adelaïde les transatlantics ont enregistré un premier album qui transpire leurs influences (la Motown, James Brown…) et qui ne manquera pas de vous faire bouger.

Jenny And Johnny – The Highs And Lows Of Being #1

(I’m Having Fun Now)

Jenny and Johnny, c’est Jenny Lewis, ex-chanteuse du groupe Rilo Kiley qui depuis s’est lancée dans une carrière solo et son compagnon Johnathan Rice. Après les enregistrements des albums Acid Tongue de Jenny et Momofuku d’Elvis Costello (utilisant le même studio et les mêmes musiciens), le couple a composé ensemble une poignée de chansons ne collant à aucune de leurs carrières respectives, et a donc cédé à la mode du moment du duo pop. Mais la personnalité de Jenny l’emporte et le petit disque enregistré sans prétention comme un interlude n’est plus ou moins que le troisième album solo de la belle, une sorte de suite pop-rock à Acid Tongue.

Ben L’Oncle Soul – Petite Soeur

(Ben L’Oncle Soul)

Un retour aux sources, je vous dis ! Même chez nous ! Quand sa reprise de Seven Nation Army est arrivée, on pouvait penser n’avoir affaire qu’à un artiste capable de ce genre d’exercices de style, ce qui a été conforté par le maxi soul wash, uniquement constitué de reprises (contenant malgré tout une reprise surprenante des spice girls). Mais son premier album prouve le contraire : des morceaux originaux sur des orchestrations dignes de la Motown, c’est assez insolite pour un artiste français, et le résultat étant réussi on ne peut qu’applaudir en espérant qu’il nous livrera d’autres disques au moins aussi intéressants.

The Sheepdogs – Medley: Suddenly / Baby, I Won’t Do You No Harm / We’ll Get There / I Should Know

(Learn and Burn)

La face B d’Abbey Road. Il y a parfois des symboles comme celui-là, universels, servant d’étalons auprès de quoi grand nombre d’artistes essaient de se mesurer. Malheureusement, même quand Paul McCartney lui-même a essayé de renouveler l’exploit sur Red Rose Speedway, ça ne marche pas aussi bien. Du fin fond de la Saskatchewan, les Sheepdogs ont pourtant terminé leur 3ème album par quatre brèves chansons, s’enchaînant magiquement les unes aux autres. Et quand dans l’album on relève les influences des Stones période Let It Bleed, des Doors et des Allman Brothers, cette ressemblance avec la fin du dernier album des Beatles est trop évidente pour n’être qu’une simple coïncidence, et offre à ce réjouissant album, frais comme si nous n’avions jamais quitté 1968, une fin parfaite. Et je ne pouvais rêver meilleure conclusion pour terminer cette rétrospective musicale de l’année 2010.