Évocations Publicitaires

Publié le 14 avril 2011 par Hunterjones
Dans une pub télé annonçant une voiture j'ai récemment remarqué quelque chose.
La voyant d'abord en français, elle se présentait ainsi:
Un homme conduit une voiture, à ses côtés, une charmante femme et derrière, deux enfants. Il sourit, satisfait de sa vie, ferme légèrement les yeux et se réveille sur le banc du passager, la même jolie femme à ses côtés. Il regarde derrière un peu paniqué, regarde le jeune femme qui lui sourit. les yeux du jeune homme se referment encore, il se réveille à nouveau en sursaut dans son loft et se dirige en vitesse vers la fenêtre. Il voit sa voiture garée dans la rue, il semble rassuré. Fin de la pub.
Ma première impression a été "Tiens, voilà un char d'individualiste. 'veut pas de famille, 'veut pas de blonde" puisque l'impression dégagée de la pub était qu'il venait de faire successivement deux mauvais rêves et que la réalisation que tout ça n'était que "mauvais rêve" le soulageait au bout compte.
Être le client commandant la pub j'aurais été un peu fâché. Voudrais-je que mon produit soit ciblé seulement vers les individualistes?
Toutefois quand j'ai vue le même commercial en anglais j'ai compris la maladresse.
La pub se présentait ainsi:
Un homme conduit une voiture, à ses côtés, une charmante femme et derrière, deux enfants. Il sourit, satisfait de sa vie, ferme légèrement les yeux et se réveille sur le banc du passager, la même jolie femme à ses côtés. Il regarde derrière un peu paniqué, regarde le jeune femme qui lui sourit et lui dit "I dreamt we had kids", elle lui répond "go back to sleep" gentiment. Les yeux du jeune homme se referment encore, il se réveille à nouveau en sursaut dans le lit de son loft et se dirige en vitesse vers la fenêtre. Il voit sa voiture garée dans la rue, il semble rassuré. Il regarde son chien et lui dit "I dreamt I had a girlfriend and a family". Rassuré mais aussi en train d'espérer. Fin de la pub.

C'est fou ce qu'un choix de traduction peut faire une si grande différence. En français on quitte la pub en pensant "Voilà un char qui me contenterais 1000 fois plus qu'une femme ou des enfants" alors qu'en anglais on quitte sur l'impression "Qu'en achetant une voiture comme ça, on peut se permettre de rêver à de belles choses, comme une belle femme et des enfants".
Étonnant tout de même venant d'un univers ou tout est calculé, tout est finement étudié, tout est mise-en-scène, tout est comme un politicien mettant la main sur la tête d'une vache en campagne électorale alors qu'il est de passage dans une ferme. Scénarisé.
Il y a un mois, un film canadien au délicieux titre de "The Year Dolly Parton Was My Mom" a été lancé. Le titre est fort réussi car il évoque toute sortes de choses sans même avoir vu la bande annonce. Est-ce l'histoire d'un enfant qui découvre qu'il est adopté et qui Miss Parton serait sa mère? Est-ce un simple délire d'enfant qui part dans son monde imaginaire? Est-ce l'histoire d'un garçon pré-pubère, au coeur des deux premières questions qui se mets à avoir des fixations sur les poitrines démesurées? Est-ce une jeune fille qui, le temps d'un an, a rassemblé suffisament de raisons pour croire que Dolly, de passage dans sa ville, soit sa mère? Est-ce tout ça? Peu importe le voyage est commencé avant même de se le faire. Excellent titre. Excellent film? 'sais pas. C'est canadien après tout et souvent les films canadiens nous font bander mous. Mais le titre, très très très réussi. Il stimule l'imaginaire.
Toutefois...
Les lunes qui ont adaptés le titre en français ont choisi "Dolly Parton, Ma Mère et Moi"...
Wut?
"Dolly Parton, Ma Mère et Moi"
Lourde PERTE dans la traduction.
En anglais on part dans les rêves, en français on étale trois personnages et on finit sur soi-même. Pas le même type d'évocation.
Qu'est-ce qui était si mal avec "L'année où Dolly Parton était ma mère"?
'Zont besoin d'un maître traducteur ces gens-là.
'Zont besoin de moi.
K.Nada, je t'apelles demain.