On y était : Festival Sonic Protest

Publié le 16 avril 2011 par Hartzine

Qu’est-ce qui peut pousser une soixantaine de personnes à se regrouper un dimanche après-midi sous des voûtes humides pour écouter des sifflements de larsen par séances de trente minutes et aimer ça alors que dehors le soleil s’étale sur l’humanité ? Un festival de musique expérimentale, pardi, et c’est ça qui est bon ! Dans le genre, Sonic Protest tient ses promesses avec une programmation on ne peut plus fouillée en matière de curiosités les plus exotiques soient-elles, qui s’étalait sur toute une semaine et sur plusieurs lieux notoires de la scène alternative parisienne. La session de clôture qui se déroulait aux Voûtes offrait en elle-même un panel déjà costaud et varié, entamée avec le duo Sun Stabbed (dont on n’a regrettablement capté que les dernières minutes).


L’après-midi enchaîne avec la prestation de Danielle Lemaire, pour le moins décalée au milieu du line-up de l’après-midi : la Hollandaise, qui aurait pu être la tante bienveillante de Björk ou votre voisine qui aime les chats, exécute une poignée de berceuses électroniques parfois gentiment poétiques sinon anecdotiques, en tripotant divers objets sur sa petite table. Grand contraste avec le live d’Olivier Benoit, plus typiquement Sonic Protest, qui semble se livrer à une séance de tantrisme avec sa guitare. Souvent vu à la direction d’orchestres, on le trouve ici seul avec son instrument dont il cherche à extirper le timbre ultime dans une union assez théâtrale, une quête difficile à atteindre du fait de la courte durée de sa performance néanmoins marquante.


On passe à des choses moins obtuses mais non moins captivantes avec l’excellent trio belge K-Branding qui donne dans une sorte d’indus-rock multiforme et très inspiré. Avec une formule somme toute basique batterie-guitare-chant-saxo (plus tout une armada d’effets judicieusement utilisés), la formation débusque des combinaisons très éloquentes, révélant un tact à la fois calculé et instinctif, qui donne la sensation d’un très bon groupe en devenir.
La nuit va tomber et il s’agit de rentrer dans le vif du sujet cette fois-ci. Raionbashi, acteur important de la scène expérimentale allemande et boss du label Tochnit Aleph (Column One, Merzbow), monte sur scène vêtu quasiment comme un moine et lance une série de sons de ronflements et d’aboiements assez agressifs. Sa comparse Kutzkelina la rejoint cloche à la main, effleure un accordéon, et se met à yodeler pendant une vingtaine de minutes pendant qu’il déclenche sans crier gare quelques détonations de bruit blanc à la limite du soutenable (auxquelles la jeune femme semble ne pas réagir même si on peut lire dans ses yeux qu’elle ne sait plus pourquoi elle est là). Libre à chacun de réceptionner la performance comme un canular ou de la prendre avec dérision comme une bonne blague bien grinçante…

La soirée et le festival se clôturent avec le concert un peu frustrant de Glu, trio de punk-noise français sans batterie, en collaboration avec le traumatisant poète sonore Charles Pennequin connu pour ses assauts textuels hautement inquisiteurs. Alors que ce dernier essaye de poser sa prose violente entre les saillies électriques des deux guitaristes, il abandonne, avant de revenir à la fin du concert pour un essai beaucoup plus probant en duo avec le chanteur du groupe. Une fin néanmoins en débandade, qui sied très bien à ce si pittoresque et réjouissant festival que chacun se doit d’expérimenter au moins une fois.