Scream 4

Publié le 16 avril 2011 par Flow

Scream 4. (réalisé par Wes Craven)

Les poupées russes.

Oui, Scream 4 est un bon film. Oui, les détracteurs de Craven et ceux de la saga n'y verront que le plat réchauffé d'un réalisateur prétentieux. Mais ils auront tort. Car Scream 4 est bien plus que ça. A la fois efficace dans le suspense et jubilatoire dans ses procédés, il revient poignarder dans le dos un cinéma horrifique en roue libre. Essentiel.

Dix ans se sont écoulés depuis les derniers meurtres de Ghostface. Sidney Prescott revient à Woodsboro pour la tournée promotionnelle de son nouveau livre. Hasard du calendrier, la date coïncide avec l'anniversaire de la première tuerie ayant eu lieu quinze ans plus tôt. Eh oui, elle est brune mais n'est quand même pas très maligne... Lorsque les meurtres recommencent, la ville est en ébullition...

Suspense.

Il faut le dire tout de suite, Scream 4 ne fait pas peur. Rien d'étonnant là-dedans. Par contre, le suspense est intact. Je me suis surpris à sursauter plusieurs fois et à me dire putain tu trembles pour un pot de fleur mais quel minable! Il est vraiment efficace. Même si c'est du déjà vu et que les scènes n'ont rien d'innovant, la manière de filmer et le déroulement de l'action rend le tout immersif. Pas mal pour un quatrième opus! Au niveau de l'identité du tueur (et bien que je ne sois pas une lumière), la multiplication de suspect et de fausses pistes portent leurs fruits: impossible d'être certain à 100%. Pourtant, en y réfléchissant bien et en adoptant la logique du cinéaste, le meurtrier est évident avant même le début du long-métrage. Au final, pour ceux qui ne veulent pas se triturer les méninges avec des procédés de mise en abyme, le film reste un bon divertissement efficace et sous haute tension.

Référentiel.

Mais nous ne pouvons nous arrêter à cette première lecture. Commençons par les références. Craven sait récompenser les fans de slashers et ceux de films d'horreur plus généralement. Force des premiers opus, cette dimension est toujours présente. Le tueur s'amuse toujours à poser des quizz à ses victimes: armes de tel tueur, quel film a lancé le slasher... De même, les jeunes sont toujours des amateurs du genre et utilisent les films pour étayer leur discussion. Mention spéciale à l'assassin qui, étonné de voir Sid vivante lui sort: mais t'es ce putain de Mickaël Myers ou quoi? Enfin, Craven s'amuse à poser des références comme par exemple ce flic nommé Anthony Perkins, du nom de l'acteur ayant joué Norman Bates dans Psychose. L'amateur se fera un plaisir de retrouver tous ces petits clins d’œil.

Double néo.

Mais le cœur de Scream n'a jamais été les deux dimensions pré-citées. Non, au centre il n'y a rien d'autre que le célèbre procédé bien nommé: la mise en abyme. Le premier opus est sorti en 1996. Cette génération a été élevé aux slashers eighties, d'Halloween à Vendredi 13 pour ne citer qu'eux. Le but était de parodier ces films surcodifiés, d'en rire avec le spectateur et plus sérieusement d'étudier l'effet qu'ils ont sur la jeunesse. Ainsi est né le néo-slasher. Onze ans ont passé. La génération d'aujourd'hui a grandi avec Scream comme référence. Il s'agit donc, à présent, de porter un regard critique sur les néo-slashers et de les parodier. Donc? C'est un néo néo-slasher! Vous suivez mon raisonnement débile??? Bon, comment faire ça? Eh bien ce qui excite la jeunesse, ce sont les remakes et les reboot. Du coup, le tueur tente un remake du premier en le filmant lui-même. Il y a donc des nouvelles règles qui sont celles de ce genre réducteur: plus de sang, plus de cul et plus de plus. Pour ça, il se débrouille pas trop mal car le sang coule à flots. Mais ce n'est pas suffisant. En effet, le remake, s'il veut fonctionner doit faire oublier l'original. Or ce dernier est toujours présent. Représenté par les trois survivants, cantonnés aux rôles de figurants (et à celui de cougar sorti de Nip/Tuck pour Courtney Cox). Sidney symbolise le tout à merveille. Elle hante la pellicule, telle une spectatrice, alors qu'elle est au centre de l'intrigue. Si on pousse à bout le raisonnement, le combat final est un combat entre l'original et le remake! Ajouter à cela, le fameux film Stab (en fait les trois premiers Scream) qui est parti en couille ces dernières années et en est à son septième opus: qui débute par l'intro du six qui est en fait le début du sept, le tout étant le commencement de Scream 4 et vous obtenez un effet poupée russe magistral. En même temps, il semble ici à son paroxysme, ce qui me pousse à espérer que ne naisse jamais une éventuelle suite.

Mélancolie

Mais tant d'effets de manche ne sont pas seulement là pour faire passer le film pour plus intelligent qu'il ne l'est. Il y a un véritable discours derrière. Déjà, la censure n'est plus le sujet du long métrage (comme c'était le cas dans le deuxième opus). Non, qui dit remake du premier dit même thématique. C'est à dire l'effet du cinéma horrifique sur la jeunesse. Et sur ce point, papi Craven étonne. Il condamne le cinéma d'aujourd'hui (et que personne ose dire qu'il a tort sinon je deviens violent) et la tendance des remake, reboot et suites à foison. Évidemment, Saw en prend pour son grade, de plein fouet, ou par cet astucieux et incompréhensible procédé du début de Stab 6 dans Stab 7. Il tacle aussi l'abus de nouvelles technologies et cette mode débile du faux documentaire, de Rec aux navrants Paranormal Activity.

Plus étonnant, le film devient à plusieurs reprises mélancolique et nostalgique. Le discours du c'était mieux avant (auquel je suis normalement allergique) émane de la bobine. Les trois survivants sont dépassés par la nouvelle vague: Gale par une jeune attachée de presse, Dewey par Facebook et Sid par tout. Le drame d'une génération devient la blague de la suivante. Le film semble être un chant du cygne pour un réalisateur fatigué et las d'une époque ou tout va trop vite dans un cinéma de genre qui se prend trop au sérieux (ah Saw).

On pourrait parler de Scream 4 pendant des heures. Drôle, intense et jubilatoire, il est le paroxysme du procédé instauré dans le premier opus et un remake efficace. Car il a accepté et mis en image de manière géniale (quel électrochoc) un postulat très simple (que Nispel et autre Bay n'ont pas compris): si tu fais un remake: Ne déconnes pas avec l'original!

Note: