Very Bad Trip 2 : to scratch or not to scratch ?

Par Tred @limpossibleblog

Parfois je me pose des questions. Je me demande si c’est moi qui en demande trop aux autres. Si je ne pousse pas le bouchon un peu loin. Si finalement, ça ne serait pas moi l’emmerdeur. Parfois je me demande ce que les autres voient dans une séance de cinéma. Ce qu’ils en attendent, comment ils aiment la vivre. En attendant de pouvoir répondre à ces questions à deux balles qui en valent des millions pour moi, je continue à m’énerver, ou à m’indigner pour employer l’expression de Stéphane Hessel. Oh non, cette indignation-là n’a rien à voir avec celle des espagnols. La mienne est purement liée à la religiosité que j’insuffle dans mon rapport aux séances de cinéma. La mienne tient dans la constatation régulière et décourageante du comportement égoïste et je-m’en-foutiste de certains spectateurs.
Je sais je radote un peu, mais tant que le radotage ne portera pas ses fruits sur mes congénères spectateurs, je persisterai. Ce vœu pieu est un comble pour l’athée que je suis, mais on peut toujours rêver. L’expérience qui déclenche ici cette nouvelle saillie – bah oui, ça ne sort pas de nulle part – s’est tenue dimanche soir devant Very Bad Trip 2, la suite de la comédie surprise de 2009 qui avait, fait rare pour une comédie américaine, fait hurler de rire le box-office français. Si je m’amusais dans la queue à penser que la thaïlandaise qui discutait devant moi avec ses deux amis était en fait un homme (sa voix laissait largement planer le doute, et ses mains aussi), mon problème du soir s’est trouvé assis à ma gauche dans la salle.
Un grand brun à lunettes, casque à la main, venu avec deux potes apparemment, l’air un brin bobo et cool. Pas le type de spectateur qui fait hurler mon radar à emmerdeurs, mais apparemment, mon radar était grippé ce soir-là. Le premier truc qui m’a gonflé chez lui, c’est sa faculté à étaler amplement ses jambes au-delà de son accoudoir (notre frontière !), et à leur imprimer un régulier mouvement balancier de gauche à droite, cognant inlassablement sa jambe contre la mienne sans que ça le gêne le moins du monde. C’était les pubs, je suis plus tolérant pendant la mise en bouche du film, donc j’ai laissé faire. Le film commencé, il gardait ses aises, mais en étant moins remuant.
Et puis, je me suis mis à entendre un scratch. Ce bruit familier qui peut être causé par tout et n’importe quoi, des chaussures réajustées, un portefeuille qui s’ouvre. J’ai eu l’impression que le bruit venait du rang de devant, je me suis penché un peu pour voir d’où venait ce bruit qui semblait ne pas vouloir s’arrêter. Et le bruit s’arrête. Bon, tant mieux. Je me replonge dans le fil de la comédie de Todd Phillips, qui au passage se résume à un remake en Thaïlande du premier opus, donc sympa, donc parfois drôle, mais donc aussi sans franche surprise, sans saveur ajoutée, sans aucune chance de marquer durablement les esprits, malgré une virée dans un strip club trans éveillant des souvenirs traumatisants (mais hilarants pour nous) à l’un des personnages.
Tandis que je m’amusais gentiment donc des aventures de Phil, Stu, Alan et leur singe dealer, le scratch reprit son bruit entêtant, obsédant, agaçant. Quelqu’un autour de moi s’amusait à coller et décoller un scratch, une fois, deux fois, trois, quatre, dix, quinze fois. J’étais tellement persuadé que le bruit venait de devant qu’il m’a fallu plusieurs minutes pour comprendre que ce harassant scratch venait de mon voisin de gauche, et de son casque de scooter. Le mec s’emmerde-t-il ? Non, il a l’air de bien se marrer, mais régulièrement, il attrape le scratch du casque, et le colle, décolle, recolle. Comme s’il était seul avec ses potes, comme s’il était chez lui, comme si la salle n’était pas pleine et que je n’étais pas juste à côté de lui, à tolérer déjà ses jambes invasives.
Après avoir fait preuve de patience, je n’y tiens plus et me tourne vers le mec en lui balançant un « Oh ! » réprobateur pensant qu’il comprendra de quoi il retourne et me laissera continuer à profiter du film. Mais non. Ca ne suffit pas. Le mec est soit aussi naïf qu’une carotte, aussi lent qu’une tortue ou tout simplement con comme ses pieds. Difficile de déterminer sur le coup. Toujours est-il qu’à mon « Oh ! », mon voisin me regarde alors droit dans les yeux, benoitement, et me dit « Pardon ? Quoi ? ». J’ai horreur qu’on me parle pendant un film, alors sa remarque a le don de m’énerver. « C’est bon là le scratch ! ». « Quoi ? » répond-il encore. « Le bruit du scratch là, j’essaie de regarder le film.- Ah bon ? Ah bah fallait le dire.- Bah je le dis là.- Je pouvais pas savoir.- Ca me parait évident pourtant ».Fin de la discussion qui n’aurait même pas dû être. Je vois le mec se pencher vers le pote à sa gauche et lui murmurer quelque chose, sûrement qu’il a un chieur à côté de lui, j’en sais rien et je m’en fous. Tout ce que je constate, c’est que j’ai raté une scène du film pendant que monsieur scratchait et me racontait sa vie. Heureusement que Very Bad Trip 2 est un film léger, j’arrive ensuite à me replonger dedans sans trop de difficulté malgré l’énervement ambiant.
J’ai beau être maniaque, je comprends que l’on fasse des petits bruits anodins, de façon ponctuelle, devant un film. Mais qu’on soit capable de jouer inlassablement avec un scratch de façon bruyante dans une salle de cinéma, et que l’on s’étonne ensuite que cela puisse gêner les autres, en regardant son voisin comme si c’était lui l’emmerdeur, c’est gonflé. D’autant que 20 minutes plus tard, monsieur recommençait à jouer avec son scratch. J’ai été à deux doigts de m’énerver, j’ai attendu, et finalement c’est son deuxième pote qui lui a demandé d’arrêter. Ouf, je ne suis pas fou.