Le plus grand don en politique

Par Copeau @Contrepoints

  • Washington, nous dit David McCullough, ne nous a pas laissé d’autobiographie. Au lieu de ça, il nous a laissé sa villa de Mount Vernon. Cette observation peut sembler un peu fantaisiste, mais Washington, comme la plupart des Anglais instruits de sa génération, aurait trouvé familière la notion de la maison à la campagne comme métaphore pour le sens de l’Etat bien ordonné. Les poètes à domicile, Ben Jonson, Thomas Carew, Andrew Marvell, présentaient la vie rurale comme un antidote aux tribulations politique de cour. La cour était éffeminée, maniérée, artificielle; la campagne, sans articifice, franche, loyale.

Dans la maçonnerie austrère et les potagers modestes de Mount Vernon, nous apercevons le caractère de l’homme qui, alors même qu’il n’a pas conçu d’enfants, est le père d’une nation. Les chefs de la révolution américaine pensaient que laisser tomber la politique pour sa ferme était un acte suprême de vertu. Leur héros était Cincinnatus, un général romain qui avait abandonné ses pouvoirs dicatoriaux pour retourner à sa charrue. Washington a surpassé Cincinnatus, renonçant à un imperium qui allait au delà de ce qu’un Romain aurait pu imaginer.

« Tout comme l’épée a été le dernier recours pour la préservation de nos libertés, » a déclaré le général victorieux à ses compatriotes, « elle doit être la première chose que nous mettons de côté une fois que ces libertés sont fermement étabiles ».

L’Association des Dames de Mount Vernon, qui gère cette propriété depuis les années 1850, a réussi quelque chose d’extraordinaire. Elle capturé l’essence de Washigton comme héros d’action. Tout comme les Britanniques peuvent facilement oublier que la reine Victoria n’a pas toujours été une veuve aux cheveux blancs, les Américians voient souvent leur premier président comme le vieux politicien un peu sec, dont le portrait figure sur le billet d’un dollar. Et pourtant, la chose la plus frappante à propos de Washington, pour ses contemporains, était sa présence physique. Dans tout groupe, que ce soient les troupes de miliciens qu’il a menées contre les Français en Ohio, les planteurs de Virginie, le Congrès continental, les hommes d’inclinaient devant lui, instinctivement et immédiatement.

Le don de Washington pour mener reposait sur ce que les romains appelaient auctoritas (capacité à inspirer), et non pas sur ce qu’ils appelaient postestas (le pouvoir de forcer). Il n’a jamais eu besoin du deuxième, ni ne l’a jamais désiré, et en y renonçant, il a établi un précédent des plus heureux.

De façon bien compréhensible, les gardiennes de sa maison se sont accordées quelques libertés. Le mérite est donné à Washington pour tous les succès tactiques de la guerre révolutionnaire, alors que, si Lafayette n’avait pas prévalu quand il a voulu attaquer New York, la lutte pourrait avoir eu un tout autre dénouement. Et, bien sûr, l’idée de la révolution américaine comme une guerre entre deux nations -une notion qui aurait semblé bizarre à ses participants, au moins jusqu’à ce que les Français s’en mêlent- est postdatée. Ainsi, par exemple, on nous parle beaucoup du service de Washington dans l’armée « britannique » pendant la guerre de 7 ans. Par contraste avec quoi, l’amrée turque, l’armée napolitaine ? Pour lui, il s’agissait simplement de « l’armée ».

Cependant, l’image globale est exacte : un chef naturel qui a atteint le sommet de la grandeur quand il a refusé les pouvoirs que ses compatriotes le pressaient d’accepter, mettant ainsi la nouvelle république sur un chemin qu’elle a suivi jusqu’à ce jour.

J’ai eu récemment le privilège de visiter le ranch de Ronald Reagan à Santa Barbara. Là, de même, la grandeur sans prétention de l’homme peut être perçue par la vie qu’il a choisi de mener en privé. Les deux hommes avaient le sens d’institutions plus grandes qu’eux-mêmes, par lesquelles ils ne faisaient que passer, un sentiment que Washington aurait vu comme une vertu américaine essentielle. Si seulement tous les présidents américains voyaient les choses comme ça.

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