Je suis moi ...

Publié le 21 juin 2011 par Gentlemanw

"Je suis moi"

"Je suis cette femme"

"Je suis une femme"

Ce matin encore, quand elle passait, comme depuis des mois, des années devant ce miroir, elle n'avait pas tourné les yeux, encore moins arrêté son regard sur elle, juste un peu sur sa chevelure, sur une forme floue d'elle-même. 

Pourquoi le faire ? depuis des années, elle a décidé de divorcer, puis vécu et subi ces moments

 impossibles de rupture, de doute sur l'autre, sur la confiance rompue avec l'autre, puis la phase la plus dure sur elle-même. Elle a digéré et ployé sous la charge nouvelle, la solitude fictive d'une mère nouvellement célibataire avec ses enfants. Garçons ou filles, petits, moyens ou grands, adolescents ou bébé, toutes les composantes de l'instabilité étaient là. Quand elle ne craquait, elle supportait, elle dormait parfois, non pas de plaisir, non pas de fatigue mais d'un poids si énorme, si complexe, qu'elle s'écroulait plutôt que de sommeiller. Elle a tout donné pour faire face à ce patron, ce macho limité, profitant de ce statut fragile pour appuyer là où elle avait déjà mal. Le divorce a avançé vers les conditions contractuelles, elle a encore résisté, comme une contre-nature, sans y croire, pour protéger sa famille. Elle s'est usée à les protéger, à vivre tout cela, et elle a oublié d'être une femme.

Jusqu'à ce qu'une amie, que des amis, des collègues, et même ce regard dans un train, lors d'une exposition lui donne une étincelle. Elle existait. 

Elle a nettoyé le miroir, regardé son corps habillé, jamais nue.

Pourquoi être nue, quand on est seule, si ce n'est pour une douche salvatrice. Là enfin, elle a compris le sens de faire glisser sa robe, puis sa lingerie, puis son regard sur son buste, sur ses jambes, sur tout son être.

Elle a aperçu un reflet, un voile de vieillesse depuis ses premiers amours, elle a oublié ses enfants, elle s'est vue. Belle encore, en plein doute, mais belle comme lui disait si souvent sa meilleure amie "Mais tu vas la montrer à qui cette poitrine, juste à ton médecin ?".

Maintenant elle sourit, elle se sourit. Elle a compris ce premier pas, vers un prochain départ.

Pour elle, pour peut-être un autre "lui".


Elle a le droit d'être de nouveau FEMME, dans son corps, pour séduire, pour exister en tant que tel, pour marcher avec des talons hauts, pour ouvrir un peu plus ce décolleté, pour raccourcir sa jupe avant un nouveau premier rendez-vous.

"Promis, demain, je m'achète de la nouvelle lingerie, une seconde peau pour ma féminité."