Exposition BD : l’Île aux Pirates au CIBDI à Angoulême

Par Manuel Picaud
Chaque année, la cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême (CIBDI) accueille pendant l’été une grande exposition culturelle et ludique à destination de toute la famille. Pour cet été 2011, le principal musée au monde sur la bande dessinée propose de partir au grand large avec pirates et corsaires. Une exposition que j’ai eu le privilège de découvrir en avant-première. En voici donc un avant-goût en images.
La grande ouverture est prévue samedi 25 juin 2011 avec un vernissage plein d’animations durant tout le week-end. Le ton sera ainsi donné pour cette exposition l’Île aux Pirates destinée à un très large public familial. Une surface de 300 m2 lui est consacrée et permet de découvrir l’univers des flibustiers, corsaires, boucaniers et pirates dans la bande dessinée. Si la piraterie est déjà connue sous l’Antiquité et connaît une recrudescence depuis les années 1980 au large des côtes africaines, l’exposition se concentre sur la piraterie des mers des Caraïbes. Elle est en effet la plus emblématique. Elle apparaît dans la littérature du XVIIIe siècle par Robert Stevenson ou Daniel Defoe, ou encore Paul d’Ivoi et John Meade Falkner, qui ont fait rêver des générations. Elle est reprise dès les années 20 par le cinéma notamment dans les films avec Errol Flyn, et se poursuit sans relâche depuis jusqu’à la tétralogie des Pirates des Caraïbes avec Johnny Depp en passant par Pirates de Roman Polanski. Plus de 200 films traitent de ce thème !
Alors pourquoi pas la BD ? Très vite – dès les années 30 – les auteurs de bande dessinée se sont bien sûr emparés de ce thème de la grande aventure. Je vous invite à découvrir le livre didactique Pirates et Corsaires dans la Bande Dessinée, écrit par Philippe Tomblaine. Ce professeur documentaliste et pédagogue de la bande dessinée dans l’Académie de Poitiers, fréquente pour ses travaux assidument le CIBDI. Son ouvrage sort opportunément à la mi juin chez Làpart Éditions. Il sert de guide non officiel pour cette exposition. Il y décrit par le menu comment la BD s’est emparé du sujet, comment elle évolue et élargit les thématiques, dans des genres à la fois réalistes et humoristiques. Il inclut également une trentaine d’interviews d’auteurs sur ce thème, et une iconographie variée. Il annonce enfin quelques nouveautés en préparation.

Clairement, la BD comme les autres médias aiment ce mythe de la piraterie qui incarne des clichés de liberté et d’héroïsme, et la mode ne semble jamais passer. Pour preuve les nombreux albums chez tous les éditeurs comme Les Pirates de Barataria de Marc Bourgne et Franck Bonnet ou Black Crow de Jean-Yves Delitte chez Glénat, Les Gitans des Mers de Stéphane Duval et Philippe Bonifay ou le Diable des sept mers d’Hermann et Yves H. chez Dupuis, Long John Silver de Mathieu Lauffray et Xavier Dorison ou Barracuda de Jérémy et Jean Dufaux chez Dargaud, Histoire des plus fameux pirates de Frédéric Brrémaud et Lematou ou Île Bourbon 1730 de Lewis Trondheim et Appolo chez Delcourt, l’Île au poulailler de Laureline Mattiussi chez Treize étrange, … La liste est longue et se renouvelle en permanence. Frédéric Brrémaud et Lematou préparent ainsi Rackham le rouge. Cette fascination remonte aux Etats-Unis à Will Eisner et son fameux Hawks of the seas en 1938 et en Europe à Paul Gillon avec le Capitaine Cormoran et puis le classique par excellence Barbe-Rouge créé par Jean-Michel Charlier et Victor Hubinon… A voir sur le site de la cité http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?article120 un article datant de 2003 sur le genre des pirates dans le neuvième art.

La visite de l’exposition réalisée par l’agence TMC de Nantes suit un parcours proposé en 3 étapes successives. Le visiteur entre d’abord sur l’entrepont d’un navire du XVIIIe siècle, où le décor est fait de bois, de canons, de cordages et de tonneaux, sans oublier l’indispensable perroquet. Il traverse ensuite les océans avant d’apercevoir une île aux trésors avec son coffre à BD, son unique palmier et son pirate assis sur le sable fin. Il pourra enfin s’aventurer dans les profondeurs de l’île sauvage avec sa faune de serpents. A chaque étape, il découvre des objets d’une collection privée, des documents et surtout des planches majoritairement originales ou des albums et fascicules très anciens.
Les organisateurs ont fait des choix. Outre la période (le 18e siècle) et le lieu (les Caraïbes), ils ont forcément privilégié de manière arbitraire certaines œuvres, mais au total l’exposition propose une très belle diversité de talents et de traitements dans des styles, des modes et des narrations très différents. On regrettera évidemment qu’un tel musée ne puisse bénéficier au moins le temps de l’exposition d’originaux d’Uderzo, d’Hergé ou d’Hugo Pratt. Mais les découvertes sont patentes pour tout amateur de BD. On y voit un peu de manga comme la série One Piece et quelques figurines. On y découvre même une nouveauté Le Naufragé de Delaware par Jean-Philippe, Olivier et Pierre Bramanti à paraître chez Scutella. Les styles modernes de Christophe Blain (Isaac le Pirate), ou Emmanuel Guibert (Capitaine écarlate) voire Jean-Luc Masbou (De Caps et de Crocs) ou encore les cahiers et planches de Lewis Trondheim (Île Bourbon 1730) et bien sûr Laureline Mattiussi (l’Île au poulailler) côtoient des originaux classiques de Paul Gillon ou André Juillard dont Cœur de Gris va enfin sortir en intégrale au mois d’août prochain. On y retrouve des adaptations réussies de romans comme l’Ile au Trésor par David Chauvel ou Hugo Prat ou moins connu comme Le Maitre de Ballantrae par Hippolyte. On s’amusera avec Wafwaf et Captain Miaou dont les deux mini albums sont d’un rare divertissement pour tous les âges. Des vidéos d’auteurs approfondissent leurs approches tandis que le film Les Pirates des Caraïbes est projeté à côté de Long John Silver. Alors d’aucuns regretteront telle ou telle absence, mais l’exhaustivité aurait été indigeste. Déjà comme cela, la participation à une visite guidée les après-midis sera hautement appréciable et recommandée.

Le lancement de cette grande exposition populaire se déroule les samedi 25 et dimanche 26 juin 2011 de 14h00 à 19h00. Le public espéré nombreux se verra proposer de très nombreuses attractions et animations. Il découvrira en avant-première tout le contenu ludique et festif de ce rendez-vous bédéphile. Il partira ainsi à la chasse au trésor en recherchant les différentes têtes de mort dessinées par Benoît Hamet (rouflaquett.blogspot.com), se déguisera en pirate, apprendra à déchiffrer des codes secrets, s’initiera à la navigation, imprimera son drapeau pirate en sérigraphie, s’exercera au maniement du sabre, fabriquera une marionnette pirate… Tous sont conviés avec leur pique-nique le dimanche à partir de midi.
Tout au long de l’été, une série de visites, de jeux et d’ateliers complètera la découverte de cette originale Île des Pirates. Le site www.citebd.orgdonne envie de venir et revenir profiter de toutes ces activités pour tous, mais plus particulièrement tournées vers les plus jeunes. Ainsi il est possible d’apprendre à cuisiner, de devenir le héros d’une BD, de participer à des ateliers de photomontage, de livres animés, au manga, de construction d’un bateau de corsaire en carton et papier, ou encore de dessiner sur une grande fresque, en plus des animations de l’inauguration. Signalons encore que le cinéma de la Cité propose un cycle « pirates » avec 12 films datant de 1934 à 2004. Alors résidant à Angoulême, passant par Angoulême ou en villégiature dans la région d’Angoulême un arrêt à la CIBDI s’impose pour passer de bons moments à la fois ludiques et culturels.

Pour réaliser cette très belle exposition et cet ambitieux programme, un budget d’une centaine de milliers d’euros est nécessaire. Il faudrait donc une vingtaine de milliers de visiteurs pour amortir l’investissement, soit davantage que les 12000 visiteurs habituels. Mais l’exposition offre à la ville d’Angoulême une attraction particulière à une époque où les vacanciers s’agglutinent sur les plages. Le public serait bien inspiré d’aller se promener sur l’Île des Pirates ! L’an prochain, il est prévu une exposition sur le manga à cette même période.
Voici un panorama plus complet de l'exposition en images :

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Exposition L’Île aux Pirates du 25 juin au 2 octobre 2011 : Cité internationale de la bande dessinée et de l’image - 121 rue de Bordeaux et 60 avenue de Cognac -16023 Angoulême cedex - www.citebd.org – ouvert du mardi au vendredi de 10h00 à 18h00 et les week-ends et jours fériés de 14h00 à 18h00, et même jusqu’à 19h00 en juillet et août – fermé le lundi – plein tarif 6,50 € - tarif réduit 4 € (18-25 ans, apprentis, handicapés, demandeurs d’emploi, groupes de plus de 10 personnes) - gratuit pour les moins de 18 ans, les accompagnateurs de groupe de de personnes handicapées
Pirates et Corsaires dans la Bande Dessinée – de Philippe Tomblaine – Làpart Editions – 15 juin 2011 – 25,00 €
Affiche de l'exposition l'île aux pirates © la Cité - Camille Moulin-Dupré
Photos © Manuel F. Picaud / Auracan.com (en particulier dessin de Paul Gillon ; le commissaire de l'exposition : Jean Pierre Mercier