Delphine de VIGAN : INTERVIEW EXCLUSIVE !!!

Par Geybuss

Delphine de Vigan, une auteure qui n'a pas son pareil pour aller au coeur du non dit, du silence, de la solitude avec des mots et une émotion qui frappent le lecteur de plein fouet et l'accroche au livre puis à l'oeuvre tout entière. En quelques romans, Delphine de Vigan s'est déjà fait une jolie place dans le paysage littéraire Français. Et,comme pour de nombreux jeunes auteurs, fort est à parier que le meilleur reste à venir... D'ailleurs, la prochaine rentrée littéraire de septembre... mais shut....

  

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La rentrée littéraire de septembre approche. Vous en ferez partie. Vos lecteurs vous attendent avec impatience... Une petite confidence pour patienter ? Un titre ? Ou le sujet général ? Ou le nom du personnage principal ? Ou mystère jusqu’à fin août ?

D.d.V : Le livre s’appelle « Rien ne s’oppose à la nuit » et c’est, de loin, mon livre le plus personnel. Je ne préfère pas en dire davantage pour l’instant. Le titre, vous l’aurez deviné, est directement inspiré d’une chanson d’Alain Bashung, chanteur j’adore et dont je continue d’écouter les albums en boucle.

 

Est-ce rassurant d’être attendue, de pouvoir se dire que quoiqu’il en soit, votre roman ne passera pas  “inaperçu” comme c’est le lot de certains ouvrages paraissant parmi ces 800 livres environ publiés à la rentrée ?

D.d.V : Bien-sûr que c’est rassurant. J’ai la chance de bénéficier d’une certaine attention. Ce livre est mon sixième roman, les choses se sont construites peu à peu.

  

En effet, les médias et journalistes vous solliciteront beaucoup, vous allez entrer dans un tourbillon. Prenez vous cela avec un certain recul, une décontraction ou est-ce une partie du métier d’auteur qui reste éprouvante pour vous ?  Considérez vous la Rentrée littéraire comme une véritable fête du livre, un passage obligé, un phénomène médiatique ? Quel est le roman que vous attendez avec impatience cette année ?

D.d.V : Il faut relativiser. La rentrée littéraire est un moment particulier où les livres occupent, plus qu’à d’autres moments de l’année, une large place médiatique. Je serai sans doute sollicitée, comme le sont d’autres auteurs, pour parler de mon livre. Mais personne ne nous oblige à quoi que ce soit ! Encore une fois, nous avons la chance d’être lus, attendus, on ne va quand-même pas s’en plaindre ! En tant qu’auteur, c’est à moi de décider ce que j’ai envie de faire ou de ne pas faire, ce sera sans doute encore plus vrai cette année, pour un livre dont il ne m’est pas si facile de parler.

Il y a plusieurs livres que je suis impatiente de lire, notamment ceux de Véronique Ovaldé, David Foenkinos, Philippe Lançon, qui sont, ou ont été, d’excellents compagnons de route !

 

 

 Si je reprenais mes pinceaux pour vous peindre alors que vous travaillez, à quoi ressemblerait ma toile ? Quels en seraient les détails qui pourraient attirer l’oeil de l’observateur ?

D.d.V : Je parle de Pierre Soulages dans mon roman, de ce noir intense dont les reflets produisent une forme de lumière et désignent un ailleurs. J’aime bien cette idée. Si vous deviez me peindre au travail, je pense qu’il vous faudrait pas mal de couleurs, à la fois sombres et claires.

 

 

 L’un des fils rouges de vos romans, outre la solitude, est la désillusion. Parlez-vous de la vôtre ou de celle que vous observez autour de vous. Sans verser dans l’indiscret, qu’est-ce qui vous a tant déçu Delphine ?

D.d.V : En effet, la solitude urbaine est l’un des thèmes que j’ai souvent abordés, de même que la désillusion. Jene pense pas parler de ma solitude, mais plutôt de la solitude essentielle que nous expérimentons tous, qui parfois nous submerge, même lorsque nous sommes entourés. Il me semble que l’époque et le monde dans lesquels nous vivons rendent cette solitude de plus en plus prégnante, et qu’il est de plus en plus difficile d’aller contre. Comme tout le monde, il m’est arrivé d’être déçue, de perdre en route quelques illusions, mais cela fait partie de ma construction et j’ai parfaitement conscience d’avoir, d’une manière générale, plutôt pas mal de chance.

 

 L’automne dernier Zabou Breitman a magnifiquement adapté votre roman No et moi à l’écran. Qu’avez vous ressenti lorsque vous avez vu cette mise en images de votre imagination ?

D.d.V :  J’ai beaucoup pleuré !

Depuis quelques années, vous avez abandonné votre premier métier pour vous consacrer à l’écriture. Quand l’écriture est un métier, le plaisir est il toujours le même ? Ne se laisse-t-il pas entacher par des notions de délais, de rentabilité, de succès ? L’inspiration personnelle comme matière première du travail et du revenu... n’est-ce pas une sacrée pression ? Un risque ? ... et après quelques années ainsi, ne regrettez vous pas le monde de l’entreprise, les collègues, les horaires ?!!! Travaillez vous à d’autres choses, peut-être moins médiatisées, qu’à vos romans ?

D.d.V : Pour moi l’écriture n’est pas un métier. C’est un état, une manière de vivre et d’être au monde. J’ai la chance de pouvoir vivre de l’écriture, et cela ne durera probablement pas. J’en profite pleinement. C’est pour moi un grand confort de vie, une immense liberté, et il ne se passe pas une journée sans que je mesure le privilège que cela représente. Le jour où j’écrirai parce que j’ai besoin d’argent, je m’empresserai de retrouver un travail. Pour l’instant, j’écris sans aucune pression, à mon rythme, ce qui me permet d’aborder des projets plus ambitieux que ceux que je pouvais mener quand j’écrivais la nuit après une journée de travail. Je ne regrette pas le monde de l’entreprise que je trouve de plus en plus violent, ni les horaires (j’ai une autodiscipline en bêton armé !), et je revois avec plaisir mes anciens collègues autour d’un verre de vin !

 Lorsque vous vous attelez pour écrire un nouveau roman, est-ce après une longue préparation ou de manière plutôt instinctive ? Ecartez vous plusieurs idées de livre pour n’en retenir et n’en développer qu’une ou le début du processus est il déclenché par l’évidence d’une idée, d’une unique histoire ?

D.d.V : Contrairement à d’autres auteurs, je n’enchaine jamais deux livre sans un temps de latence, de jachère, qui me permet de préparer, ou plutôt d’incuber, le livre suivant. En général, l’idée d’un livre vient au moment où je termine le précédent. S’ensuit ce long temps d’incubation où je prends des notes sur la construction, les personnages, mais sans entrer dans l’écriture à proprement parler. Ce temps m’est indispensable.

En ce qui concerne le livre à paraître en septembre, l’histoire est un peu différente. C’est un projet que je ne voulais pas écrire et dont j’ai longtemps refusé l’idée. Et puis un jour j’ai compris que si je n’écrivais pas ce livre je n’en écrirai pas d’autre, dans le sens où il ne laissait la place à aucun autre élan.

 

 

Y-a-t-il des sujets que vous pourriez vous interdire de traiter, où qui juste de vous inspireraient pas plus que cela ?

D.d.V : J’aime beaucoup la contrainte en écriture, par exemple j’accepte souvent les nouvelles qu’on me propose d’écrire sur un thème en particulier  pour des ouvrages collectifs ou pour la presse. Mais certains sujets ne m’inspirent pas plus que ça.

Pour mon propre travail, les choses sont différentes. Je ne raisonne pas en termes de sujets. Le livre s’envisage d’une manière à la fois beaucoup plus intime et plus confuse, et il faut parfois l’écrire pour savoir de quoi il parle !

 

 

Publiez vous tous les romans ce que vous écrivez ou, comme Amélie Nothomb, avez vous des tiroirs remplis d’inédits ? Dans ce cas, qui choisit le “prochain de Vigan”. Vous, ou votre éditeur ?

D.d.V : Un seul inédit dans mes tiroirs : un premier roman raté et trop ambitieux, ce qui lui donne déjà deux bonnes raisons d’y rester !

Vous êtes membre du jury du prix Françoise Sagan, qui récompense un auteur jamais récompensé ni sélectionné. Dans ce cadre, que doit avoir de plus que les autres le livre qui remporterait votre voix ?

D.d.V :  Ce n’est pas une question de critère (à part ceux énoncés par le règlement du prix). Un livre m’impressionne, me charme, m’émeut, me bouleverse, m’emporte, me hante… ou pas…

 

 

Je reprends un extrait d’une interview publiée sur site evene.fr http://www.evene.fr/livres/actualite/interview-delphine-de-vigan-no-et-moi-988.php :

“Vous dites ne pas vous considérer comme un écrivain, mais comme un auteur. Votre sélection au Goncourt et les critiques unanimes changent-ils votre point de vue ?
D.d.V Non, ça ne change pas. J'ai vraiment le sentiment d'être quelqu'un qui cherche et je n'ai pas envie de trouver tout de suite. Je n'ai pas envie de me dire : ça y est, je suis un écrivain, reconnu...”

Je crois comprendre que pour vous un écrivain serait quelqu’un qui aurait trouvé ? J’ai du mal à percevoir la nuance entre auteur et écrivain ?...

D.d.V : Non, ce n’est pas tout à fait ça. Pour moi un auteur est quelqu’un qui publie des livres et perçoit, éventuellement, des droits d’auteur. C’est objectif et c’est irréfutable !

Un écrivain invente une langue, écrit une œuvre, creuse un sillon, explore un univers. On peut publier des livres sans être un écrivain.

Bien-sûr, j’aimerais me dire un jour que je suis un écrivain, que mon travail est cohérent, qu’il constitue quelque chose qui se tient, qui fait écho. C’est sans doute trop tôt pour y penser !

 

Quels sont vos 3 derniers coups de coeur littéraires ? Quel livre emporteriez-vous sur la plage cet été ?

D.d.V :  « Le chagrin » de Lionel Duroy

« Olivier » de Jérôme Garcin

« Lambeaux » de Charles Julliet

Cet été, j’emporte Laura Kashischke, dont j’ai lu un seul roman (« Un oiseau dans le blizzard ») et que j’ai l’intention de découvrir dans sa totalité !