Jean BOTQUIN (France).

Par Ananda

ÊTRE UN PORT DE HAUTE MER.

Même à mon âge

J’aimerais être un port de haute mer

D’où partiraient les navires de tous mes espoirs

Port ouvert sur le large et les tempêtes

Sur les embruns et les vagues

Sur les îles de mes révoltes apaisées

Port aux mugissements longs des cornes de brumes

Aux phares éclairant le bout du monde et l’éternité

Je quitterais ma petite maison

Et ma chambre ombragée par les feuillages du jardin

D’où j’entends des gens sur le trottoir qui chuchotent

Pour ne pas troubler ma quiétude

Comme s’ils suçotaient des bouts de silence

Ici les femmes ferment les tentures

Les persiennes glissent sur mes paupières

Je vois passer les convois funéraires des imaginations

Et  mes rêves sont peuplés des cris des pleureuses

Mes yeux se bouchent sous leurs baisers humides

Les femmes se meuvent lourdement

Dans mes songes éteints

Le long de couloirs étroits et interminables

Qui s’enfoncent derrière moi

Très loin dans la jungle des villes

Les nébuleuses se sont écartées de moi

J’ai du plomb dans l’aile

J’ai  les plumes hérissées

Autour d’anciennes blessures mal cicatrisées

Tous nous sommes marqués par le sceau d’incurables scléroses

De nos sentiments de chair

Les larmes d’acier du ciel se sont figées dans nos crânes

D’autres sont descendues jusqu’au cœur

Pour y rouiller au fond de l’âme

L’alchimie de nos vies est pesante

Elle nous plombe les pieds à la terre

Alors que la mer toujours nous appelle