Crimes et châtiments (les damnés)

Par Borokoff

A propos de Brighton Rock de Rowan Joffe 2.5 out of 5 stars

Sam Riley, Andrea Riseborough

Pinkie Brown, 17 ans, est une petite frappe sans vergogne, le membre sadique d’un gang de Brighton, la célèbre station balnéaire anglaise. Lorsque son chef, à qui il vouait une admiration sans bornes, est tué, Pinkie décide de tuer le journaliste Peter Hale, à qui il impute le crime. Mais Rose, une jeune femme qui travaille dans un salon de thé, est un témoin gênant qui possède une photographie de Pinkie en présence de Hale juste avant sa mort. Pinkie décide alors de séduire Rose pour récupérer la photographie…

L’incarnation du mal. C’est ainsi que l’on pourrait qualifier Pinkie Brown (Sam Riley), sorte de démon au visage d’ange, créature diabolique prêt à toutes les compromissions, toutes les trahisons pour étancher sa haine et son besoin de détruire les autres. Pinkie ne connait que le couteau qu’il manie habilement et plante dans tous les obstacles humains qui se dressent sur sa route. Aux antipodes de Pinkie, Rose (très bonne Andrea Riseborough) est une jeune fervente catholique et naïve mais bientôt folle amoureuse de lui.

Andrea Riseborough

Adaptation d’un roman éponyme de Graham Greene (1904-1991), Brighton Rock est aussi un remake de Le gang des tueurs (1947). Rowan Joffe, dont c’est le premier long métrage a pourtant transposé le roman (sorti en 1939) en 1964, époque tumultueuse qui voit s’affronter des bandes de jeunes aux mœurs et à l’état d’esprit opposés : les Mods contre les Rockers. Les jeunes branchés en costumes roulant en Vespa contre les vieux loups rockers en blouson en cuir. La bataille entre ces deux communautés donnera lieu à des combats violents.

Pinkie, lui, est entre deux eaux et un être plein de contradictions. C’est un Mods, mais aussi quelqu’un qui se dit de la vieille école (« old fashion ») et d’une autre époque, celle à laquelle appartient Ida (Helen Mirren), la patronne du salon de thé. Pinkie a été lui aussi élevé dans une éducation catholique comme Rose qu’il déteste en même temps qu’il semble éprouver pour la serveuse une sorte d’affection, de proximité qui seraient celles d’un frère.

Sam Riley

Le début du film est très lent et le souci de reconstruire fidèlement le décor, la jetée de Brighton et les costumes anglais des années 1960 laisse présager d’un certain académisme que confirme une mise en scène un brin ampoulée, marquée par ses tics télévisuels.

Il y a une certaine désuétude (qui fait aussi son charme) dans l’ambiance du film que l’on retrouve dans le roman de Greene. La suite démentira cette impression, grâce notamment à un scénario haletant et une dernière demi-heure époustouflante. On pense à Crimes et châtiment de Dostoïevski.

Il y a des succès dont peut s’enorgueillir Brighton Rock (du nom d’un bonbon en forme de rocher) comme des manques dans sa mise en scène ou la description des rapports psychologiques entre Pinkie et Rose. Dans l’ensemble, les sentiments de Pinkie sont assez bien décrits dans leur côté paradoxal. Pinkie ressent pour Rose une affinité qu’il réprouve en même temps. Mais dans le livre de Greene, Pinkie est un être frustré sexuellement, tellement inhibé qu’il en devient malade, haineux et violent. Son instinct meurtrier voire psychopathe tient ses origines dans cette frustration sexuelle, cette « virginité aigrie ». Mais la tension érotique, l’attirance sexuelle que Pinkie ressent pour Rose mais qu’il s’interdit ne ressortent absolument pas dans le film.

Dans la dernière demi-heure, Brighton Rock épouse la destinée du livre. Malgré certains côtés surannés, la puissance de caractère des personnages ressort qui permet au film (comme au livre) de se hisser au dessus d’un simple thriller. Rose, dans son souci de « sauver » coûte que coûte Pinkie commet les pires maladresses, ce qui rend Pinkie hystérique et de plus en plus mutique. Et le pouvoir d’évocation du livre de Greene jaillit enfin, comme sa puissante étude de caractère…

www.youtube.com/watch?v=WPoKWyzjtQ4

Film anglais de Rowan Joffe avec Sam Riley, Andrea Riseborough, Helen Mirren, John Hurt. (1 h 51.)

Scénario : 4 out of 5 stars

Mise en scène : 2 out of 5 stars

Acteurs : 4 out of 5 stars

Dialogues : 2 out of 5 stars