[Critique DVD] Pieds nus sur les limaces

Par Gicquel

C’est l’histoire d’une  jeune fille qui ne tourne pas rond. C’est du moins ce que disent les gens.Ils n’ont pas tout à fait tort, mais pas non plus raison. Lily est un personnage de roman qui sur les pages d’un bon écrivain, se découvre sans problème. Fabienne Berthaud en sait quelque chose. Elle a écrit le bouquin en 2004, et puis l’a adapté au cinéma. Le film dure 105 mn , Lily ne quitte jamais l’écran, et pourtant jamais l’envie ne vous prend  de l’abandonner.

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Elle est attachante et plus encore. Décalée, névrosée, fanfaronne, capricieuse ou bien fantasque et tout ce que l’on voudra mettre sous sa chevelure blonde qu’elle ne soigne pas, comme elle abandonne tout  ce qui traîne derrière elle. Sauf  la tombe de sa mère, qu’elle fleurit bizarrement. Ce qui fait dire au curé, bien mal à l’aise pour décrire le tableau funéraire « Lily  a l’esprit passionné et le cœur ardent ».

Lily est à la dérive et la caméra de Fabienne Berthaud, l’accompagne aussi tendrement que viscéralement dans sa quête d’absolu.

Mais , le cœur du film, sa relation avec sa sœur aînée qui vient lui tenir compagnie dans la maison familiale après le décès de leur mère, fausse le ton des premiers échanges ; on parle maintenant d’innocence bafouée, de famille endolorie, de responsabilité. Qui des deux à raison ? La «  mongolita » comme l’appellent ses copains qui en usent et en abusent ? Ou l’aînée, bien rangée, bien mariée,  du moins d’après l’image qu’elle donne d’elle-même, jusqu’ au point de non retour. Qui de sa sœur ou de son couple aura le dernier mot ?

Diane Kruger, tient sur ce double registre, un propos tout à fait conforme aux choix de la réalisatrice.Car dès les premières images, Fabienne Berthaud ordonne un ballet des cœurs et des sentiments qui nous accapare sans relâche. On est vraiment là dans du cinéma, avec un discours approprié, une caméra qui regarde plus qu’elle ne filme et des intentions de mise en scène qui donnent le tournis.

La cinéaste semble même  s’interdire des plans, majestueux, à peine esquissés .Des gros plans, également, comme on n’en voit plus, et des situations rapportées avec une telle simplicité que l’écran s’efface devant l’évidence.

Il est vrai que Ludivine Sagnier , rayonne sur cette histoire, lumineuse, indépendante et sauvage « le genre de rôle qui tient de la nécessité » comme elle le dit dans un court entretien. Comme on découvre le plaisir de la caméra, et ce que signifie l’écriture cinématographique (une grammaire, osons le mot, très personnelle) la comédienne se révèle totalement  à elle-même dans le corps de cet enfant à peine adulte, qui vit sa vie, au jour le jour, au gré de ses fantaisies que d’aucuns nomment  la folie. Quelle folie !

LES BONUS

Deux interviews, malheureusement trop courtes

Diane Kruger passe ainsi en deux petites minutes, tout autant pour Ludivine Sagnier qui me conforte dans mon point de vue quand elle dit que Fabienne Berthaud «  est toujours avec sa caméra, tout ce qu’elle voit, elle le prend, alors on doit être toujours sur le qui vive ».

Diane Kruger, la grande soeur qui va se laisser prendre au jeu de sa cadette...

Un bêtisier.

En fait deux scènes préparatives, dont celle de la pieuvre, où l’on voit les deux actrices s’amuser comme des copines.

Scènes coupées.

Au nombre de quatre, et effectivement elles n’apportent rien de plus à une histoire déjà parfaitement contée.