Critiques en vrac 46: Le Mystère Andromède – Grace – Green Lantern – Incidents de Parcours

Par Geouf

Le Mystère Andromède (The Andromeda Strain)

Résumé : Suite à la chute d’un satellite militaire sur Terre, les habitants d’un petit village sont retrouvés morts de façon mystérieuse, leur sang s’étant changé en poudre. Une équipe d’experts est rapidement mandatée pour découvrir l’origine de cette contamination et prévenir une possible épidémie mondiale…

Réalisé par le grand Robert Wise (Star Trek : le Film, La Maison des Damnés), Le Mystère Andromède est l’adaptation d’un des premiers romans de Michael Crichton (Jurassic Park, Sphère), La Variété Andromède. La particularité du film est de traiter son histoire de contamination extraterrestre de façon extrêmement méticuleuse et crédible scientifiquement. Pas de grosses scènes de panique ici ou de lutte pour la survie, seulement un groupe de scientifiques enfermés dans un bunker hightech (du moins pour l’époque) qui tente de comprendre l’origine de cette épidémie inconnue et un moyen de la combattre.

Le film peut paraître assez froid et peu spectaculaire (voire même lent) de prime abord, mais se révèle rapidement passionnant, dans sa description quasi documentaire de la lutte de ce groupe aux personnalités différentes contre un ennemi d’un genre nouveau. Robert Wise, en maître du suspense, plante lentement son histoire (excellente descente par paliers dans le cœur du centre de recherche) et réussit à maintenir une tension constante avec une économie de moyens qui force le respect (mis à part les décors aseptisés du centre d’étude, le film ne comporte quasi aucun effet spécial). Les acteurs sont aussi tous très bons, notamment Kate Reid, excellente en physicienne ne mâchant pas ses mots.

Malgré ses quarante ans au compteur et certains détails un peu vieillots (les ordinateurs, toujours un gros problème des films d’anticipation de l’époque), Le Mystère Andromède n’a pas perdu sa force d’évocation et fait toujours froid dans le dos quand on voit l’incapacité des dirigeants à prendre les bonnes décisions en cas de crise. Un excellent film à redécouvrir de toute urgence.

Note : 7/10

USA, 1971
Réalisation : Robert Wise
Scénario : Nelson Gidding
Avec: Arthur Hill, David Wayne, James Olson, Kate Reid, Paula Kelly

Grace

Résumé: Après des années d’essais infructueux, Madeline Matheson (Jordan Ladd) a enfin réussi à tomber enceinte. Malheureusement, trois semaines avant l’accouchement, son mari Michael (Stephen Park) et elle sont victimes d’un accident de voiture. Michael est tué sur le coup, et le bébé que Madeline porte ne survit pas non plus. Elle décide néanmoins de le porter à terme, et lors de l’accouchement, un miracle se produit : le bébé ressuscite dans les bras de Madeline. Seulement, Madeline va bientôt découvrir que la petite Grace a un grand appétit…

Récompensé par le prix du jury au festival de Gerardmer en 2009, Grace est un film très dérangeant sur l’amour maternel et les extrémités auxquelles celui-ci peut conduire. Car avant d’être un film d’horreur, Grace est un drame familial assez poignant. Avec une lenteur délibérée et sans donner trop de détails, Paul Solet développe une galerie de personnages étranges et torturés, auxquels le spectateur s’attache un peu malgré lui. Il y a d’abord cette belle-mère rigide et invasive, qui de toute évidence n’a pas réussi à digérer le départ du nid de son fils unique, et supporte encore moins la mort de celui-ci. Il y a ce gynécologue sûr de lui et vendu prêt à certaines bassesses pour régler ses petits soucis avec la justice, ou encore cette sage femme qui ne réussit pas à oublier son amour de jeunesse en la personne de Madeline. Une Madeline troublante, perdue suite à la mort de son mari et la perte supposée de son bébé, mais prête à tous les sacrifices pour conserver celui-ci auprès d’elle. Un personnage à la fois tragique et fort, dont le sort ne manque pas d’ironie (végétalienne convaincue, elle se retrouve obligée de nourrir son bébé avec du sang). La plus belle scène du film, mais aussi la plus triste et dure, reste certainement l’accouchement du bébé mort né et le moment où Madeline serre le petit corps sans vie contre elle. Paul Solet filme avec une infinie tendresse et avec pudeur ce moment de tristesse infinie, gagnant le spectateur à la cause de Madeline, et lui faisant presque cautionner l’horreur qui va suivre.

Les éléments fantastiques de Grace sont amenés lentement, de façon presque invisible, mais font basculer le film dans l’horreur par petites touches. Solet évite les effets grandiloquents (après sa « transformation », on ne verra plus jamais en entier le bébé de Madeline), préférant insister sur des éléments évocateurs : des mouches s’agglutinant autour du berceau, un cri de bébé étrange et glaçant, un sein qui saigne… Dommage cependant que cette retenue tombe dans un dernier acte un peu trop granguignolesque et surtout une fin ouverte un peu gratuite débarquant comme un cheveu sur la soupe.

Malgré ce léger bémol qui vient gâcher un peu l’impression laissé par le film, Grace reste un passionnant premier essai, à la fois très dérangeant et touchant, malsain et émouvant.

Note : 7/10

USA, 2009
Réalisation : Paul Solet
Scénario : Paul Solet
Avec: Jordan Ladd, Stephen Park, Gabrielle Rose, Serge Houde, Samantha Ferris

Green Lantern

Résumé: Hal Jordan (Ryan Reynolds) est un pilote de chasse queutard et irresponsable. Alors qu’il vient de crasher un jet neuf, il est capturé par une boule d’énergie qui le conduit au vaisseau écrasé d’un alien. Celui-ci lui confie une bague verte en lui expliquant qu’il a été choisi pour rejoindre le corps des Green Lantern, un groupe intergalactique de défense de l’univers. Moyennement motivé et surtout ne se sentant pas à la hauteur de la tâche, Hal Jordan va pourtant devoir rapidement faire ses preuves car un ennemi extrêmement puissant s’approche de la Terre…

Quatrième film de super héros à débarquer sur les écrans cette année, Green Lantern avait fort à faire pour ne pas se retrouver noyé dans la masse, surtout après une première bande-annonce assez désastreuse aux effets spéciaux inachevés. Et heureusement, même s’il ne révolutionne pas le genre super héroïque, Green Lantern est plutôt une bonne surprise.

L’intérêt du film ne vient pas tellement de la personnalité de son héros (des héros immatures et irresponsables qui grandissent et apprennent à se dépasser, on en a déjà vu des dizaines), mais plutôt de la façon dont il obtient ses pouvoirs. En effet, à la différence de nombreux super héros, Hal Jordan n’est pas un cas unique, puisqu’il fait partie d’une organisation comptant des milliers de membres. Une idée originale et passionnante, mais malheureusement un peu sous-exploitée par le film, malgré quelques scènes savoureuses dans lesquelles Jordan apprend à maîtriser ses pouvoirs auprès d’aliens aux personnalités bien affirmées. L’autre intérêt, c’est la nature des pouvoirs en question. Les Green Lantern sont en effet capable grâce à leur anneau de matérialiser n’importe quoi par la seule force de leur volonté. Un pouvoir intéressant, qui donnera lieu à quelques scènes d’action parfaitement emballées par un Martin Campbell toujours à l’aise dans ce registre. Un Martin Campbell qui est définitivement l’homme de la situation, et applique à Green Lantern le même traitement salvateur qu’il avait appliqué au Masque de Zorro : un savoureux mélange d’humour et de sérieux.

Conscient de ne pas être le premier film de super héros à sortir sur les écrans, Green Lantern a ainsi la bonne idée de saupoudrer son intrigue de pas mal d’humour et d’autodérision, sans pour autant tomber dans le cynisme ou les rires bas de gamme (remember Les 4 Fantastiques ?). Ryan Reynolds est excellent dans le rôle d’Hal Jordan et certaines scènes arrachent de francs rires (notamment lorsqu’il débarque chez sa dulcinée dans son costume, persuadé que celle-ci ne le reconnaîtra pas parce qu’il porte un petit loup vert). Les morceaux de bravoure sont peu nombreux mais relativement marquants (beaucoup plus que ceux du récent Thor en tout cas), et les deux bad guys sont pour une fois plutôt réussis, malgré un temps de présence un peu trop réduit (défaut récurrent des épisodes d’exposition dans les films de super héros). Les effets spéciaux tiennent correctement la route, notamment dans la mise en image des pouvoirs de Jordan, malgré un bad guy ultime qui pue un peu trop le numérique.

A vrai dire, le seul défaut de Green Lantern c’est de débarquer au milieu de la vague super héroïque, et juste après l’excellent X-Men Le Commencement de Matthew Vaughn. Le film de Martin Campbell manque juste un peu d’originalité et de profondeur (c’est assez manichéen il faut avouer, avec les gentils d’un côté et les méchants de l’autre) pour être totalement mémorable et sortir du lot, mais reste tout de même un divertissement très honnête qui fait passer un bon moment.

Note : 6.5/10

USA, 2011
Réalisation: Martin Campbell
Scénario: Greg Berlanti, Michael Green, Marc Guggenheim, Michael Goldenberg
Avec: Ryan Reynolds, Blake Lively, Peter Sarsgaard, Mark Strong

Incidents de Parcours (Monkey Shines)

Résumé : Allan (Jason Beghe), un jeune homme possédant derrière lui une impressionnante carrière d’athlète, est victime d’un accident qui le laisse tétraplégique. Cédant au désespoir, il tente de mettre fin à ses jours. Son meilleur ami Geoffrey tente de lui remonter le moral en lui offrant un singe capucin femelle, Ella, pour l’assister dans ses tâches quotidiennes. Mais ce que Geoffrey a omis de préciser, c’est qu’Ella est un des singes de son laboratoire, auquel il a injecté une drogue pour le rendre plus intelligent. Allan ne tarde pas à développer une relation fusionnelle avec Ella, qui devient rapidement très possessive et semble influer durablement sur son comportement…

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, George Romero n’a pas réalisé que des films de zombies dans sa carrière. En 1989, après avoir mit un point final à sa trilogie des morts-vivants avec Le Jour des Morts-Vivants quelques années auparavant, il enchaîne avec Incidents de Parcours, tiré d’un roman de Michael Stewart. Incidents de Parcours narre les mésaventures d’Allan, un tétraplégique dont le singe domestique développe petit à petit des tendances psychotiques.

Une idée assez originale, permettant à Romero de mettre en scène un « petit » film (la plus grosse partie de celui-ci se déroule dans la maison d’Allan, le nombre de personnages est limité) au suspense bien tendu. Le film démarre plutôt doucement, Romero prenant le temps d’introduire ses personnages, mais la tension monte petit à petit, à mesure qu’Ella devient plus intelligente et jalouse. Le message sur les dangers de la science est plutôt bateau, mais Romero se débrouille plutôt bien pour faire passer la pilule sur certains points un peu trop extravagants (le lien psychique entre Allan et Ella par exemple), parvenant même à instiller un malaise certain (la relation quasi amoureuse entre les deux héros). L’interprétation est correcte, même si Jason Beghe sombre parfois dans le cabotinage lorsqu’il pique ses crises de colères. Par contre, le singe interprétant Ella est tout simplement époustouflant, et arrive parfaitement à rendre les émotions de son personnage. Le film donne aussi l’occasion de découvrir dans un rôle secondaire un tout jeune Stanley Tucci (il s’agit de son premier rôle d’importance).

Malgré un léger ventre mou en milieu de film, la dernière demi-heure, tendue à souhait, vaut à elle seule le coup de visionner le film. Ce final en huis clos mettant aux prises le héros cloué sur son fauteuil roulant avec son singe devenu psychotique est un modèle d’efficacité et de suspense, dont l’issue parait assez incertaine.

Bref, Incidents de Parcours a beau ne pas être aussi connu que d’autres films de Romero, il n’en demeure pas moins un bon film de suspense à redécouvrir de toute urgence…

Note : 7/10

USA, 1989
Réalisation : George Romero
Scénario : George Romero
Avec: Jason Beghe, John Pankow, Kate McNeil, Joyce Van Patten, Christine Forrest, Stanley Tucci

Articles liés