Anthologie permanente : Denise Desautels

Par Florence Trocmé

Denise Desautels a reçu récemment  le prix de littérature francophone Jean Arp et a publié L’angle noir de la joie, chez Arfuyen. 
 
 
une branche s’est abattue sur une autre 
 
la fin nous passera sous les yeux 
même si vêtue de trop de rose 
et faisant semblant de rien 
 
on savait que ça viendrait 
malgré l’épaisseur des vitres 
on avait été prévenus 
secoués, secoués 
par une accumulation d’armes et d’hécatombes 
 
les incendiaires une fois de plus 
se préparent à survivre 
on les suit, on les prend par l’épaule 
quelques décennies 
quelques ennemis de plus 
 
c’est généreux dans les villes 
ça s’entend la souffrance 
 

 
imaginons l’autoportrait 
un rideau qu’on rire, translucide 
pour atténuer – oh à peine 
nos fraudes  
de famille, d’état 
nos petits assassinats aussi 
machinalement 
en croix, massés 
sous une gaine où il fait chaud 
 
 
en attendant, on fabrique du néant doux 
 
un peu d’anthracite ou de blanc, s’il vous plait 
autour d’une improbable rédemption 
 

à la fin, on n’a plus peur 
on les regarde de près 
l’enfant endormi et 
plusieurs étoiles malades accolées à la terre 
 
sans bien comprendre pourquoi 
absolument nécessaire 
la souffrance flambe dans un fouillis de bras 
 
nous avançons, manière Marina Abramovic 
le corps tout charbon, penché 
son squelette posé sur son dos, son double 
grandeur nature 
fragile armature d’os 
châle d’été, on dirait 
 
Denise Desautels, « une improbable rédemption », L’Angle noir de la joie, prix de littérature francophone Jean Arp, 2011, pp. 75 à 77.  
 
 
ndlr, sur Marina Abramovic, lire ici 
 
Denise Desautels dans Poezibao : 
Bio-bibliographie, extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5, extrait 6, lecture à Paris nov. 07 (annonce), Le cœur et autres mélancolies (parution), L’œil au ralenti (parution), extrait 7, ext. 8