Manuel Valls sur l’affaire DSK : « Je n’ai plus envie de commenter ce torrent de merde »

Publié le 06 juillet 2011 par Labasoche



Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Manuel Valls.

Manuel Valls : Bonjour/

Le journal « Le Monde » daté d’aujourd’hui, écrit ceci, je cite : « Martine Aubry a fait discrètement savoir qu’elle s’était entretenue par téléphone avec Dominique Strauss Kahn, vendredi dernier, après l’audience du tribunal de New York qui a décidé de sa libération sur parole » ; et le journal « Le Monde » poursuit : « L’ancien patron du FMI lui aurait confié qu’il ne concourerait pas à la primaire socialiste ». Le strauss-kahnien Jean-Marie Le Guen, a aussitôt riposté : « Je nie formellement que DSK ait pu tenir de tels propos ! » Qui a raison, Manuel Valls ?

Je n’en sais rien. Je sais qu’il y a un temps judiciaire qui n’est pas terminé pour Dominique Strauss-Kahn et qu’il doit, aujourd’hui, je crois qu’il est sur la bonne voie, prouver son innocence et retrouver son honnneur. Je sais qu’il y a un temps personnel, humain pour Dominique Strauss-Kahn pour reconstruire ; et puis, il y aura un temps politique qui n’est pas dans les jours qui viennent. Sortons du temps Twitter où il faut répondre en permanence à des questions qui, aujourd’hui, ne se posent pas. Donc, il y aura un temps politique où je ne doute pas un seul instant : Dominique Strauss Kahn retrouvera une parole forte.

Vous le pensez vraiment ?

Il retrouvera une parole forte.

On peut en douter tout de même !

Je pense qu’il retrouvera une parole forte pour faire gagner, demain, la Gauche. Voilà aujourd’hui ce qu’on peut répondre ; et j’ai eu personnellement Dominique Strauss-Kahn au téléphone…

… Après la libération ?

… Absolument. Et la seule chose qu’il m’ait dite, c’est que ce n’était pas fini et qu’il voulait retrouver son honneur et qu’il attendait que l’affaire se termine.

Et il vous a dit qu’il souhaitait retrouver une parole politique ?

Nous n’avons pas parlé de ces choses-là.

Retrouver une parole politique ; ne pas être candidat aux primaires ; mais retrouver une parole politique…

Il n’a parlé que de la nécessité pour lui de sortir du temps judiciaire.

Que pensez-vous de la plainte déposée par Tristane Banon contre Dominique Strauss-Kahn pour tentative de viol ?

Je n’en pense rien parce que je ne connais pas le fond de cette affaire et que je n’ai plus envie de commenter ce torrent de boue ; et permettez-moi de le dire, ce torrent de merde qui envahit aujourd’hui les ondes et la vie politique française.

La faute à qui, le « torrent de merde » ?

Peu importe. A ceux qui pensent qu’en faisant cela, ils font ou vendre des journaux, ou peuvent en tirer des bénéfices personnels.

Vous pensez que la presse parle trop de Dominique Strauss-Kahn ?

Je pense que la presse devrait s’intéresser davantage – mais ça n’est qu’un avis personnel – aux problèmes des Français et, en tout cas, à celui qui est candidat aux primaires. Il veut s’intéresser aux problèmes des Français et parler de l’avenir de ce pays : comment le redresser ? Comment soutenir la compétitivité de nos entreprises ? Comment faire en sorte que la compétitivité de notre pays soit conciliable avec la Justice ?

L’expression « torrent de merde » risque d’être beaucoup commentée, Manuel Valls !

Mais c’est, je crois, le sentiment que subissent beaucoup de Français.

Donc, vous pensez qu’il faut parler d’autre chose ?

Je pense qu’il faut parler du fond parce que si on ne parle pas du fond, si on continue ainsi, c’est l’abstention, la montée du Front National, la rupture brutale, profonde avec les responsables publics, politiques, économiques, médiatiques de ce pays qui est en train de se préparer.

Le Parti socialiste ne prendrait-il pas une bonne initiative en coupant politiquement les ponts avec Dominique Strauss-Kahn ?

Mais pourquoi couper les ponts avec quelqu’un qui est innocent ?!

Pour éviter les désagréments que vous avez cités avec votre formule !

Qui subit un enfer. Encore une fois, je ne doute pas, un seul instant, que Dominique Strauss-Kahn sera à la hauteur de ses responsabilités pour, demain, faire gagner la Gauche ; mais ça lui appartient. Laissons-lui ce temps judiciaire personnel et politique.

Disposez-vous, Manuel Valls, des parrainages qui vous permettront d’être candidat aux primaires du Parti socialiste ?

Oui, et aujourd’hui en fin de matinée, mon directeur de campagne, Luc Cavournas, déposera auprès de la Haute Autorité qui supervise les primaires les seize signatures de maires de plus de 10.000 habitants qui me permettent d’être candidat à la primaire.

Donc, vous irez jusqu’au bout ?

Donc, je vais tranquillement, fermement pour présenter une Gauche moderne et populaire et qui est décidée à dire la vérité. La Gauche ne peut gagner l’élection présidentielle que si elle dit la vérité sur l’état des comptes publics, sur les marges de manœuvre, sur les réformes qu’il faut faire : retraite, école ; si elle est capable d’entrainer, de susciter de nouveau de l’enthousiasme.

Ce devoir de vérité, je veux le porter, je veux l’imposer comme un débat essentiel au moment des primaires ; et puisqu’il y a aura plusieurs candidats, chaque candidat doit dire sur quelle vérité il s’engage, quels sont les différences entre nous, pas uniquement de style, de génération ou de nuances. Non, il y a des différences entre les différents candidats…

 Il y a des différences entre vous et François Hollande et Martine Aubry !

Mais qui peut croire qu’il n’y a pas de différence entre…

Vous avez le même projet !

Mais nous avons les mêmes valeurs…

Le même projet ?

Nous avons la même plateforme, le même projet ; et en même temps…

Les mêmes propositions ?

Et en même temps, nous savons qu’au vu de l’état des Finances publiques, il faudra dire quelles sont les priorités, tout ne sera pas finançable, tout ne sera pas possible.

Qu’est-ce qu’il ne l’est pas et qui figure dans le projet socialiste ? Qu’est-ce qui n’est pas finançable et qui figure dans le projet socialiste ?

Mais par exemple, les 300.000 emplois-jeunes.

Vous n’y croyez pas ?

Je n’y crois pas, bien évidemment. En revanche, je crois à une réforme profonde de l’école… Regardez, il y a un débat qui est en train de s’instaurer sur les rythmes scolaires. Moi je l’ai déjà dit, les socialistes d’ailleurs aussi l’ont proposé. Réaffirmons-le ! Portons ces débats ! Ne soyons pas à la traîne. Passons et proposons de passer de 140 à 180 jours avec une réforme du statut des enseignants pour mieux les valoriser, une réforme de la pédagogie, des rythmes scolaires. Là aussi, la Gauche doit s’identifier pleinement à l’école, à condition de la réformer parce que l’échec scolaire est devenu quelque chose d’insupportable dans notre pays.

L’école, vous en parlerez donc beaucoup, Manuel Valls, mais lse 300.000 emplois-jeunes, Martine Aubry dit : « C’est formidable, ça redonnera du travail et de l’espoir aux gens ». Martine Aubry parle de quelque chose qu’elle ne sera pas en mesure de mettre en oeuvre ou que le Parti socialiste ne sera pas en mesure de mettre en oeuvre, si l’un des siens est à l’Elysée ?

Je pense qu’il faut sortir de la logique de la dépense publique ; et aujourd’hui, nous devons nous dire comment on redresse ce pays, comment on soutient les entreprises, comment on fait en sorte qu’à travers la réforme de l’Etat, la décentralisation et de nouvelles recettes, c’est-à-dire de nouveaux impôts, on permet à l’Etat de sortir de la nace dans laquelle il est.

Pourquoi avez-vous voté le projet socialiste qui contient cette mesure de 300.000 emplois-jeunes ?

Mais parce que je crois qu’il y avait une volonté de rassemblement et qu’il y a beaucoup de choses dans le Parti socialiste ; mais parce que je crois que les primaires doivent servir précisément à clarifier un certain nombre de points.

L’espérance de vie augmente. C’est une bonne nouvelle. Le Conseil d’Orientation des retraites recommande pour cette raison d’augmenter la durée de cotisations des salariés nés à partir de 1955 qui devraient donc cotiser 41 ans et demi. Le gouvernement va suivre cette recommandation. Le gouvernement a-t-il raison, Manuel Valls ?

Je crois que le rôle de la Gauche n’est pas de refuser l’augmentation des annuités ; mais de la rendre possible, acceptable et équitable alors qu’effectivement, l’espérance de vie augmente. Et donc, nous devons nous engager non pas dans un débat sur la norme : 60 ans ou annuités ; mais il nous faut nous engager devant les Français pour une réforme profonde, systémique de notre système de retraite.

Et je propose un système de retraite par points qui tienne compte de l’espérance de vie, de la formation des salariés, de leur temps de travail, des inégalités. Quand un ouvrier vit sept à neuf ans de moins qu’un cadre, c’est une vraie inégalité. Quand une femme voit sa retraite très faible à la fin de ses années de travail, c’est une inégalité. La Gauche, c’est s’attaquer d’abord aux vraies inégalités.

Vous ne croyez pas au retour à la retraite à 60 ans ?

Il n’y aura pas de retour à la retraite à 60 ans ; le dire, c’est mentir aux Français.