Equipe de France : la drôle d’affaire Huget.

Publié le 05 août 2011 par Lben

Chronique du vendredi 5 août 2011.

C’est encore la panique en Equipe de France. Yohann Huget est obligé de quitter Marcoussis à cause d’un risque de suspension suite à ses 3 absences lors de contrôles inopinés et de manquements au système de localisation mis en place par la lutte anti-dopage. C’est, soit grave, soit pathétique, selon l’analyse que l’on en fait…

La FFR en dessous de tout :

A une époque où des sportifs comme Contador, en cyclisme, et Cielo, en natation, participent aux compétitions alors même qu’ils ont été contrôlés positif, le fait que Yohann Huget ne participe pas à la Coupe du Monde parait grotesque. En effet, non seulement le joueur ne semble pas être suspecté d’être positif, mais, en plus, il a fallu 3 avertissements avant que la sanction ne tombe. Mais que faisait la structure fédérale chargée de suivre les joueurs ? Je parle là de l’encadrement mis en place par Marc Lièvremont au niveau médical et aussi de la cellule en charge du médical et des problèmes de dopage à la fédération. Comment se fait-il que toutes ses personnes, averties par le risque que courrait Yohann Huget depuis son 2ème avertissement ( la FFR est en copie de ce type de courriers ), n’aient pas sensibilisé le joueur plus fortement ? Comment se fait-il ( confer les interviews des joueurs hier ) que la moitié, au moins, du squad de l’équipe de France découvre le principe de localisation et les risques associés ? La situation est grotesque et pitoyable.

En général, maintenant, quand un sportif est susceptible d’être suspendu suite à un problème lié à la lutte anti-dopage, il organisme une conférence de presse en présence de son avocat spécialisé et non pas d’une cellule psychologique composée de Pierre Camou, président de la FFR, et Mathieu Blin, président de Provale, qui n’ont pas grand chose à dire sauf à accabler le joueur pour l’un, Camou, et à le défendre pour l’autre, Blin. La manière dont le sport professionnel gère aujourd’hui toute problématique liée au dopage passe par une dimension juridique forte qui protège les sportifs même dans des cas de contrôle positif. Comment se fait-il que Yohann Huget se soit retrouvé seul et mal accompagné dans cette aventure. Le problème est connu depuis lundi et en 4 jours personne n’a pensé à demander l’avis d’un expert, dans le cas présent un avocat. Un tel manque de professionnalisme est dramatique et d’une légèreté incroyable.

Pourquoi paniquer autant ?

Quel est l’intérêt de faire partir Yohann Huget maintenant alors, qu’en plus, Marc Lièvremont annonce qu’il ne remplace pas son ailier ? La date limite de transmission de la liste des 30 joueurs n’est que le 22 août et, d’ici-là, Yohann Huget sera passé devant la commission anti-dopage de la FFR le 17 sachant que celle-ci, au vu de la situation et du fait qu’il n’y a pas de contre-expertise ou autre dimension technique longue, peut et se doit de statuer dans la foulée. Si, comme cela parait logique, elle condamne le joueur à un sursis salutaire, celui-ci serait en mesure de monter dans l’avion pour la Nouvelle-Zélande. Il resterait bien un dernier obstacle, qui peut être de taille, si l’AFLD, organisme français de lutte contre le dopage, décide que la sanction décidée par la FFR n’est pas satisfaisante et souhaite appliquer sa propre sanction. Mais, encore une fois, au vu de la situation, il est tout à fait possible de demander à l’AFLD de statuer, soit à la suite de la décision de la commission de la FFR ( cela commence à faire beaucoup de conditions ), ou d’attendre le retour du joueur de la Coupe du Monde, soit au plus tard à la fin octobre. Cette dernière possibilité ne parait pas trop difficile à mettre en place d’autant plus que tout les interlocuteurs sont français. D’un côté, la commission anti-dopage de la FFR peut obéir à une demande de son président d’accélérer sa prise de décision et de l’autre, l’AFLD, peut accepter que, comme elle n’a pas la capacité de statuer avant le démarrage d’une compétition, elle doit attendre la fin de l’événement de manière à ne pas risquer d’affaiblir l’équipe nationale en statuant au milieu.

La seule personne capable de gérer ce type de situation est un avocat spécialisé de ce type de procédure. Celui-ci aurait dû commencer à travailler dès que l’information a été connue, au début de cette semaine. Autant dire que Yohann Huget vient de perdre une semaine. D’autre part, même si je suis plutôt pour la transparence la plus totale, il aurait été plus judicieux de travailler sur les différentes hypothèses possibles ( voir plus haut ) et les possibilités de les réaliser avant de transmettre l’information aux journalistes. A partir de là, il aurait été possible de communiquer sur le sujet avec, surement, la possibilité d’avoir plusieurs solutions possibles et pas seulement celle d’obliger Yohann Huget à quitter Marcousis sine die alors que l’on ne sait même pas s’il subira une condamnation ferme. D’autre part, de manière à ne pas perturber la préparation de l’ensemble du groupe, il aurait été beaucoup plus simple de convoquer une conférence de presse après le départ de l’ensemble des joueurs, ce qui est prévu le 6 août, c’est à dire demain. Mais il semble, cette semaine, que la panique ait pris le pas sur le moindre raisonnement du côté de Marcoussis.

Est-il possible qu’il y ait fumée sans feu ?

La situation est tellement grotesque qu’il n’est pas possible de ne pas se poser la question de savoir si ce pantomime n’est pas une manière de cacher quelque chose de plus gros, c’est à dire un contrôle positif de ce même joueur. Si cela était le cas, ce serait encore pire que ce n’est déjà. Cacher un problème par un demi-problème n’est certainement pas une manière de le résoudre. Mais, à la FFR, il est déjà arrivé que l’on soit tenté par ce genre de situation. En effet, cette technique correspond complètement au scénario de l’affaire Bastareaud : faire croire à une agression extérieure pour cacher une agression à l’intérieur du groupe.

Au vu des éléments exposés tout au long de la journée de hier, il semble bien que le problème évoqué corresponde à la réalité et que le seul vrai coupable soit l’incapacité de la fédération à gérer la dimension professionnelle du rugby en mettant des procédures et des hommes capables d’éviter de telles catastrophes et de paniquer au premier problème rencontré. En effet, à ce jour, mis à part la décision unilatérale du président de la FFR imposée à Marc Lièvremont, rien ne prouve que Yohann Huget ne peut pas participer à sa première Coupe du Monde. C’est quand même grave…

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