Bataille d'écritures manuscrites

Publié le 08 août 2011 par Fmariet


Une bataille de l'écriture manuelle (Handschrift, calligraphie) se déroule en Allemagne. Que faut-il enseigner, selon le niveau scolaire. Le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung (FaZ) rend compte à la une d'un conflit politique qui se déroule actuellement à Hambourg et de sa longue histoire dans la culture allemande.
Pour simplifier, les partisans d'une écriture scripte (unverbundenDruckschrift) s'opposent aux partisans d'une écriture en lettres attachées, cursive (verbundenAusgangschrift), plus rapide. Question diablement politique : en 1941, Hitler avait imposé le passage à une écriture scripte avec un alphabet dit latin (Normalschft) ; l'écriture alors usuelle, héritée du gothique, dite Sütterlin (du nom de son auteur), étant déclarée "juive" (circulaire du 3 janvier, signée Martin Bormann !).
L'issue du débat actuel concerne l'économie de l'éducation (manuels à réimprimer, éventuellement), la réussite scolaire des élèves amenés à passer d'une écriture à l'autre, et la difficulté globale de lecture des écritures cursives (aux examens, par exemple).
Le besoin d'une écriture commune est évident : il faut non seulement que tous les élèves puissent lire ce qui est écrit au tableau mais, mais aussi et surtout, dans l'intérêt de la société et de l'économie, que tout ce qui est écrit à la main puisse être lu par tous.
Cette bataille scolaire peut paraître anachronique alors que les élèves utilisent de plus en plus des outils d'écriture non manuscrite (ordinateurs, téléphones, etc.). Il n'en est rien. Quel statut prend le manuscrit dans une société à typographie numérique ? Il ne disparaît pas, la fameuse victoire de Gutenberg est loin d'être totale ! Un paradigme ne se substitue pas à un autre, il l'englobe, en redéfinit la place.
Le marketing continue, par exemple, de recourir pour des enquêtes à des journaux d'écoute ou de pratiques média manuscrits (diary). Le manuscrit, rigoureusement analysé et exploité, n'est-il pas au numérique "dactylographié", comme le quali au quanti ?
Des applis sont développées permettant d'écrire avec un doigt ou avec un stylet sur un téléphone ou une tablette, qu'il s'agisse de l'écriture de langues alphabétiques ou du chinois, etc.
Comme toujours, l'histoire des médias, jamais éteinte ni oubliée, resurgit à cette occasion et l'histoire culturelle et commerciale de l'Europe est reparcourue par le débat des écritures manuscrites. Le débat réveillé aujourd'hui à Hambourg s'étendra assurément à toute l'Europe.