Le polar au Québec : Les Correspondances d'Eastman

Par Venise19 @VeniseLandry
« Un livre sur quatre qui se vend est un polar » , entrée en matière retentissante de l’animatrice Anne Lagacé-Dowson, qui enchaine d’une question nécessaire pour mieux comprendre ses trois invités : « Comment êtes-vous arrivés au polar ? »

Johanne Seymour s’empare du micro la première. Un genre qu’elle affectionne depuis l’enfance mais c’est un accident la clouant à un fauteuil roulant qui devient l’occasion de se confronter à sa capacité à en écrire. L’écriture et la sortie du premier, Le Cri du cerf, ont été une lune de miel. Le deuxième roman fut une toute autre histoire (cette autre histoire intitulée Le cercle des pénitents !). Elle a peiné, devenue plus consciente de certaines règles à suivre. André Jacques y va d'une réponse semblable, c’était son genre de prédilection en tant que lecteur. Louise Penny, quant à elle, avait une histoire à régler avec la page blanche. C’est à partir de son installation dans un lieu paisible et inspirant, l'Estrie, qu’elle s’attelle à écrire le livre qu’elle aimerait lire.

L’animatrice lance les auteurs sur la place du polar au Québec. On s’entend pour dire que le polar y est de plus en plus populaire. Johanne Seymour avance que Chrystine Brouillet en est une ambassadrice avec sa populaire Maud Graham. Elle en profite pour rajouter qu’à St-Pacôme se tient un festival du roman policier qui en est déjà à sa 9e édition. André Jacques nous apporte des chiffres, sur 150 polars publiés, environ 8 sont traduits en français. On choisit nécessairement les meilleurs pour les publier. L’auteur québécois est inévitablement comparé à la crème des auteurs étrangers. Aux détracteurs qui classent la catégorie dans le trop sombre, André Jacques apporte à notre attention que La Bête humaine de Zola s’appellerait un polar s’il était de notre siècle.

Bonne nouvelle, les auteurs de polar sont de bons vivants ! De fouiller les côtés sombres de l’être humain éliminerait une partie de leurs psychoses. L’évacuation m’apparait assez efficace puisque j’ai devant moi des auteurs resplendissants, au rire facile.

Louise Penny affirme que pour elle le crime est accessoire dans son histoire, un outil pour soulever le voile sur les pourquoi de la nature humaine. Soulever le voile de l'apparence. L’intérêt est de voir une personne dite normale vaciller et franchir la limite sociale pour devenir une criminelle. Comment a-t-elle trouvé son enquêteur ? Elle s’est demandé avec qui elle aimerait vivre longtemps, qui ne l’énerverait pas, dont elle ne se lasserait de ses qualités, ni de ses défauts. Un homme bon à marier ! ajoute-t-elle dans un grand éclat de rire. Ainsi est né son Armand Gamache qui, elle le réalisa plus tard, était calqué sur son mari (qui était dans l'assistance et que nous avons eu le plaisir d'applaudir !)

Johanne S. désirait mettre de l’avant une femme qui l’émeut et à qui elle veut donner sa part de bonheur, elle prend soin de sa Kate McDougall. Elle ne néglige pas l’aspect jeu de s’exercer à trouver le coupable. La soif de justice du lecteur s’en trouve étanchée, le coupable est démasqué et paye pour ses actes, ce qui n’est pas toujours le cas dans la vie, rajoute-t-elle.

André Jacques a choisi un antiquaire comme enquêteur pour son amour personnel de l’histoire des objets, un agent secret à la retraite pour lui fournir les qualités propres à un enquêteur assez expérimenté pour mener une enquête.

Quel est la part de recherche avant d’écrire un polar ? Une fois les règles incontournables à une enquête assimilées, comme dans n’importe quel roman, des recherches s’imposent pour savoir de quoi l’on parle. Particulièrement dans ce genre, le lecteur attend les invraisemblances au détour des pages.

C'est sur cette dernière assertion que la rencontre se termina : la vraisemblance est capitale, pas la vérité, puisqu’on s’entend qu’il y en a plusieurs.

Mes impressions
Un des Cafés littéraires les plus vivants parce que habités par de bons vivants. La causerie où j’ai senti le plus d’affinités entre les participants. Ça sentait bon la solidarité. On était loin de l’image du créateur torturé et leur bonheur d’être là était tangible. Je suis certaine que l’assistance s’en est nourri, avec la surprise de voir que des personnes habituées à jongler avec le pire, peuvent nous offrir le meilleur de l’être humain.