La règle d'or, mauvais slogan électoral pour Sarkozy

Publié le 10 août 2011 par Juan
Nicolas Sarkozy est confronté à une sacrée équation : la France est restée dans le cercle privilégié des Etats si bien notés d'un Triple AAA par un triumvirat d'agences hors contrôle que d'autres Etats, des banques privées, de grosses multinationales de l'assurance ou des traders irrationnels sont prêts à lui prêter à bon taux la centaine de milliards d'euros qu'elle empruntera encore cette année.
Pour maintenir cette jolie note, notre Monarque doit convaincre avec tous les arguments en sa possession. Or ceux-ci sont peu nombreux.
Sarkozy est d'abord l'un des présidents les moins crédibles en matière de rigueur des comptes. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Dans de nombreux rapports, la Cour des Comptes a noté combien le gouvernement Sarkozy avait aggravé nos déficits, hors effet de la crise économique. Ses propres soutiens parlementaires ont dénoncé depuis 2010, avec deux ans de retard, combien le funeste paquet fiscal ou la réduction de TVA sur la restauration étaient des mesures au mieux inefficaces, au pire anachroniques.
Ensuite, les constats sur la situation actuelle ne sont pas partagés. La crise boursière du moment est bien différente de la crise de l'automne 2008.  A l'époque, tout le monde avait (trop) facilement pointé du doigt les excès du crédit (dont la crise des subprimes aux Etats-Unis). Aujourd'hui, les constats ne sont pas partagés jusqu'au bout. Les Bourses ont chuté parce que les prêteurs manquent de confiance dans les emprunteurs publics. Ces derniers sont tous surendettés. Ils sont contraints, directement ou indirectement, à la rigueur par leurs créanciers. Mais ces prêteurs n'ont-ils pas contribué à placer les Etats dans une telle situation ? En prêtant à peu cher, ils ont drogué leur clientèle. La dérégulation de l'espace financier, la mondialisation de la finance, et l'assouplissement des règles prudentielles se sont accompagnées d'une défiscalisation du capital contre le travail, des hauts revenus contre les classes modestes puis moyennes. Les Etats sont aussi en déficit parce qu'ils ont eux-même dégradé la rentabilité de leur fiscalité. 


Nicolas Sarkozy manque enfin d'options. Comme les Républicains contre Obama, il se refuse à augmenter les impôts. C'est le sujet principal de débat avec l'opposition. Sarkozy veut épargner son coeur de cible électoral. Il ne lui reste qu'à économiser sur les dépenses, une démarche hautement impopulaire. Donc il fallait effrayer l'électeur pour faire passer la pilule. Il fallait clamer qu'il n'y avait pas d'autres alternatives que de réduire la dette et le déficit en réduisant les dépenses. C'est la fameuse TINA des Reagan et Bush réunis (« There Is No Alternative »), cette « vieille pute libérale », comme l'expliquait efficacement notre confrère Intox2007 il y a quelques jours.
Mais le jeu de la peur s'est brutalement grippé cet été: quand il pouvait comparer la France à l'Irlande sous-fiscalisée ou à la Grèce qui mentait sur ses comptes publics, l'argument était facile. Quand l'orage s'approche des Pyrénées (Espagne) ou des Alpes (l'Italie), quand notre monnaie commune, l'euro, menace de disparaître, on frise le sauve-qui-peut. Sans bilan à défendre puisque ses bientôt 5 années à l'Elysée furent exécrables, même pour la droite, Sarkozy en est réduit à s'accrocher à quelques symboles. La suppression de 100.000 postes de fonctionnaires sur les 5 années de mandat fut le premier : elle n'économise qu'une centaine de millions d'euros par an (dixit la Cour des Comptes); et quelques 100.000 CDD supplémentaires sont venus grossir les rangs de la fonction publique depuis 2007. La réforme des retraites fut le second symbole pour les marchés. Cette réforme, adopté le 9 novembre 2010, était non seulement injuste dans la répartition des efforts, mais inefficace car ses hypothèses économiques sont déjà obsolètes.
L'adoption de la règle d'or d'équilibre budgétaire dans la Constitution de notre Vème République vieillissante est le troisième symbole, plus inefficace encore que les précédents. Mais puisque les marchés sont irrationnels (dixit Alain Minc)... pourquoi ne pas le tenter ? On nous a donc expliqué que l'Elysée espérait convaincre la gauche de voter la mesure en septembre ou octobre prochain, grâce aux récents évènements. Au passage, notons que la loi adopté par l'UMP au Sénat et à l'Assemblée en juillet dernier et que Sarkozy pourrait soumettre au Congrès à l'automne ne s'appliquerait ... qu'en 2013... Quel cachotier, ce Sarkozy !
« Les lois-cadres d'équilibre des finances publiques déterminent, pour au moins trois années, les orientations pluriannuelles, les normes d'évolution et les règles de gestion des finances publiques, en vue d'assurer l'équilibre des comptes des administrations publiques. Ces lois-cadres fixent, pour chaque année, un objectif constitué d'un maximum de dépenses et d'un minimum de recettes qui s'impose aux lois de finances et aux lois de financement de la sécurité sociale. Les écarts constatés lors de l'exécution des lois de finances et de l'application des lois de financement de la sécurité sociale sont compensés dans les conditions prévues par une loi organique. Les lois-cadres d'équilibre des finances publiques peuvent être modifiées en cours d'exécution dans les conditions et sous les réserves prévues par une loi organique. Une loi organique précise le contenu des lois-cadres d'équilibre des finances publiques et peut fixer celles de leurs dispositions, autres que celles prévues à la deuxième phrase du présent alinéa, qui s'imposent aux lois de finances et aux lois de financement de la sécurité sociale. »
Source : Liior, blog chez Mediapart.

Ami sarkozyste, es-tu motivé ?