Marcel Azzola : Chauffe Marcel !

Publié le 13 août 2011 par Copeau @Contrepoints

Quatre-vingt ans bien entamées et toujours debout sur scène. La performance force notre admiration ! Contempler cette carrière, longue de plus d’un demi siècle, c’est parcourir l’histoire d’un subtile « je t’aime, moi non plus » que les années ne semblent pas altérer. Départ pour un chemin tortueux et passionné entre jazz et java…

Par Mathieu Beaufrère
Un article publié en collaboration avec Paixao Hall.

Les balbutiements de Marcel Azzola se font au rythme de l’occupation allemande. C’est la guerre et le jeune accordéoniste commence par se frotter aux grands standards à l’abri des brasseries parisiennes. Après « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris Libéré ! », le temps est aux bals musettes et aux orchestres de danses. C’est là que tout commence pour le célèbre accordéoniste, avec sa bande de copains dans le dernier métro d’un Paris en fête. Marcel Azzola a vingt ans et il se trouve à la croisée des chemins. Son ami le guitariste Didi Duprat lui ouvre les portes de la musique manouche tandis que le batteur Roger Paraboschi  lui fera découvrir le monde du jazz. Ce sont les nuits au club Saint-Germain avec Maurice Vander, Georges Arvanitas, Martial Sola et les belles années des accordéonistes Gus Viseur, Armand Lassagne, Joe Privat et du virtuose Tony Murena.

Dans ces folles années, deux rencontres vont bouleverser le jeune homme. La première a lieu un matin comme un autre dans une banale roulotte. Le caractère exceptionnel de la rencontre tient de l’occupant de cette roulotte, un certain Django. Devant le guitariste manouche encore paré de sa mousse à raser, Marcel Azzola interprète la Toccata et fugue de Bach, apprise quelques années plus tôt au contact du grand Médard Ferrero. Le guitariste manouche fini sa toilette, il est séduit par le jeune accordéoniste. La seconde se déroule à Pleyel en 1948 où Paraboschi et son groupe assurent la première partie de Dizzy Gillespie. Marcel, qui avait envisagé brièvement de voler les partitions du trompettiste américain, est subjugué par son talent d’improvisation. Il en est convaincu, le jazz sera sa «vraie musique».

Et pourtant, le fils de maçon émigré italien, fuyant la dictature mussoliniste, ne se sent pas à l’aise au coeur des clubs de jazz parisiens. Les gosses de riches qui s’y retrouvent ne sont pas de son monde. Lorsqu’il ose jouer avec eux, il privilégie la concertina à son grand accordéon. Une manière comme une autre de rester discret, de rester à sa place sans doute. L’accordéoniste des bals musettes a su garder son âme populaire. Charlie Parker & Dizzy le font vibrer, Bill Evans et sa musique sophistiquée, très peu pour lui.

Dès lors ses producteurs jouent sur la corde sensible et dirige l’accordéoniste vers un répertoire plus populaire. Dans les années 1960, Marcel Azzola travaille avec tous les grands noms de la chanson française. Yves Montand, Barbara, Georges Brassens, Edith Piaf, Juliette Gréco… Le très fameux « Chauffe Marcel ! » lancé par Jacques Brel lors de l’enregistrement de Vesoul, c’est encore lui !

Marcel Azzola revient sans cesse au jazz comme à un amour toujours passionné. Il persiste et signe avec Richard Galliano (Vignola Reunion 1991) et Didier Lockwood (Waltz Club 2005) de merveilleux albums de jazz. À l’aube d’une retraite repoussée sans cesse, très nombreux sont les jazzmen en herbes qui viennent consulter le maître. Lui qui avoue avoir beaucoup de mal avec leur répertoire se plie au jeu. C’est l’accordéoniste populaire qui forme les héritiers du club Saint-Germain. La boucle est bouclée !


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