Equipe de France : Difficile d’y voir clair.

Publié le 14 août 2011 par Lben

Chronique du lundi 15 août 2011.

La France a battu l’Irlande 19 à 12 pour son premier match de préparation. La victoire était importante pour une équipe qui doit se construire très vite des certitudes. Elle permet de valider un certain nombre de choix du sélectionneur et de travailler dans la sérénité. Mais ce match est-il pour autant une garantie pour l’avenir ? Essayons d’y voir plus clair…

25 minutes intéressantes et une conquête au rendez-vous :

Le début de match de l’équipe de France constitue, bien sûr, l’élément positif sur lequel le manager va pouvoir capitaliser. En plus de l’envie, qui parait normale mais qui a permis de prendre le dessus sur des Irlandais d’abord timorés, l’animation offensive de l’équipe a laissé percevoir des choses intéressantes, notamment dans l’utilisation des ailiers au coeur de la ligne d’attaque ( exemple de l’essai où Palisson se retrouve en position de centre et retrouve Clerc à son intérieur ). François Trinh-Duc s’est montré plutôt à son avantage dans ce jeu fait d’alternance et la paire Catalane Mermoz – Marty s’est bien mise au service du jeu et de la vitesse de transmission.

Devant, le pack français a su assurer des sorties rapides en prenant physiquement le dessus sur son adversaire, ce qui a permis aux vagues d’attaque de toujours garder un temps d’avance sur le replacement défensif Irlandais qui, en plus, présentait l’avantage d’attendre et de reculer, pris à la gorge, facilitant la mise en place de l’animation offensive des tricolores. Le pilonnage de la ligne adverse a aussi été intéressant en montrant la capacité de réorganisation des avants français, ce qui a permis de donner ensuite la base de lancement idéale pour l’essai de Vincent Clerc.

Du côté des avants la satisfaction a même durée tout le match grâce à la conquête, avec une touche souveraine tout au long de la rencontre grâce, notamment, aux performances de Millo-Chluski, Pierre et Harinordoquy. Côté mêlée, cela a été correct, pas beaucoup plus, en première mi-temps, et excellent en deuxième, où Jean-Baptiste Poux a fait une rentrée admirable qui pourrait changer bien des choses. En effet, avant le match Marc Lièvremont a annoncé qu’il avait choisi son groupe de 30. Or, sachant qu’il semble parti sur une hypothèse à 3 talonneurs, il ne lui resterait plus qu’à choisir entre Domingo, Poux et Marconnet pour 1 place à condition que Barcella soit capable de jouer la semaine prochaine. Au vu de la composition de Bordeaux, Sylvain Marconnet semblait avoir de l’avance sur Jean-Baptiste Poux alors que Thomas Domingo parait malheureusement trop loin si le sélectionneur se montre réaliste. Après ce match, Jean-Baptiste Poux a marqué des points qui peuvent lui permettre de monter dans l’avion, ne serais-ce que pour le remercier, au moins sur 2 mêlées, d’avoir sauvé une victoire qui va faciliter bien des choses jusqu’au 9 septembre.

Une baisse de tension difficile à expliquer :

25 minutes de haut niveau sur 80, cela reste néanmoins un peu faible. C’est là où il est difficile d’y voir clair. Un premier match sans enjeu au milieu d’une préparation physique importante, une moiteur Bordelaise lourde pour les organismes, un relâchement psychologique naturel après avoir basculé à 13 à 0, voilà autant d’explications pour nous rassurer. Mais pas pour nous donner des certitudes, car la baisse a été brutale et définitive. En effet, le sentiment de mieux en fin de match est surtout venu de l’entrée des remplaçants, qui ont bien joué leur rôle : Poux pour la mêlée, Skréla, Guirado et Médard puis Nallet pour les 2 actions tranchantes des bleus en 2ème mi-temps. Ce mieux n’était pas spécialement la preuve d’un retour de fraîcheur physique dû au foncier de la préparation.

Il est difficile d’avoir des garanties sur le bienfait de la préparation physique telle qu’elle a été mise en place. Bonne ou ratée, il est normal que les joueurs ne soient pas au mieux actuellement. Ils doivent normalement avoir du foncier mais manquer de fraîcheur. Ils devraient être capable de reproduire une certaine dose d’efforts mais tout en manquant d’explosivité et de tranchant pour prendre de vitesse leurs adversaires. Or, ce que l’on a vu pendant les 25 premières minutes montre beaucoup d’explosivité et de force, il semblerait qu’ils aient beaucoup travaillé dans ce sens là, mais avec la difficulté de pouvoir garder cette intensité au-delà de la demi-heure. Est-ce que les matchs et les semaines à venir vont permettre d’augmenter cette performance au-delà de 30 minutes et, idéalement, autour de 80 minutes au moment d’attaquer le quart de finale ? C’est toute la question sachant que, généralement, il est plus facile de commencer par travailler le foncier avant d’aller sur la recherche de vitesse et d’explosivité à l’approche et pendant la compétition. A suivre donc…

Une équipe coupée en 2 tactiquement :

Ce qui pose encore question sur ce match, mais le questionnement existe au moins depuis le Grand Chelem 2010, c’est l’absence d’un fil directeur cohérent avec les hommes en place. Si le sélectionneur français s’appelait Martin Johnson, les choses auraient l’avantage d’être beaucoup plus simple ( mais serait peut être un peu trop basique !!!). Avec un pack fort en conquête et puissant dans le jeu autour ( avec le choix qui va dans ce sens d’un 8 pénétrant ), avec un 9 organisateur et stratège et un 15 du profil de Damien Traille, une excellente organisation défensive, le sélectionneur Anglais aurait composé une équipe monolithique basée sur la puissance de son pack, l’occupation du terrain par le jeu au pied et la capacité de prendre le score et d’obliger ses adversaires à faire des fautes. Avec une telle stratégie, il aurait sûrement pris David Skréla dans le rôle de Johnny Wilkinson et il aurait bâti une équipe à la recherche de la simple performance, la victoire.

Avec Marc Lièvremont, les choses sont beaucoup plus compliquées. Il veut un pack puissant et il a raison. Il veut une animation offensive performante et il a raison même si le temps lui est compté pour y arriver. Là où le bât blesse c’est qu’il fait des choix de joueurs qui ne sont pas totalement en cohérence avec cette stratégie. S’il met en place une animation offensive où le triangle arrière – ailiers doit permettre de battre la défense grâce à sa vitesse d’intervention, pourquoi choisir Damien Traille, qui a plutôt le profil d’un arrière classique, au détriment d’un Médard ou d’un Palisson ? S’il veut accélérer le jeu et prendre de vitesse les défenses, pourquoi choisir Dimitri Yachvili qui est plus organisateur, structurateur que Morgan Parra qui, lui, est plus un éjecteur ? Et je ne reviens pas sur les choix des sélectionnés au centre qui excluent, notamment, un Florian Fritz ou un Clément Poitrenaud qui auraient pu amener de la variété et de la créativité.

L’équipe de France a montré des choses intéressantes sur ce premier match mais on sent bien que le temps lui est compté. En terme d’homogénéité et d’automatismes au service de l’efficacité, elle part loin derrière ses adversaires directs du fait qu’elle n’a toujours pas un quinze type sur lequel capitaliser. Même physiquement, face aux nations du sud au moins, par le décalage des saison, il existe un retard à rattraper. Le challenge est donc difficile mais, bien sûr, pas impossible. Chaque jour qui passe doit servir efficacement à la montée en puissance de l’équipe. C’est pour cela que la blessure de Maxime Mermoz, même minime, est une très mauvaise nouvelle. C’est un handicap de plus pour une ligne de trois-quarts qui n’en a vraiment pas besoin…

JOUEURS QUI ONT MARQUE DES POINTS : Yachvili, Harinordoquy, Millo-Chluski, Pierre, Dusautoir, Szarzewski, Palisson, Clerc, Poux.

JOUEURS QUI ONT PERDU DES POINTS : Marconnet, Ducalcon, Traille.

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