Impasse des deux palais de Naguib Mahfouz

Par Sylvie

EGYPTE, 1956

 

PRIX NOBEL DE LITTERATURE 1988

 

Le "Zola arabe" est le premier écrivain de langue arabe à avoir reçu le Prix Nobel de Littérature en 1988. Son oeuvre la plus connue est la "trilogie du Caire" où il nous raconte l'histoire d'une  famille du Caire à travers plusieurs générations ; l'occasion de nous conter l'histoire égyptienne sur plus de vingt ans, entre les deux guerres mondiales.

 

Une occasion de revenir sur la création de ce pays, qui fait beaucoup parler de lui en ce moment...

 

une famille, une rue, un quartier, l'émergence du nationalisme en 1919 : ainsi pourrait-on résumer ce premier tome de la trilogie.

L'impasse des deux palais désigne une rue typique du Caire, étroite, avec ses maisons, ses marchands d'épices, son brouhaha, une circulation impossible. A l'intérieur d'une maison, vit la famille El Gawwad : le patriarche autoritaire Ahmed, marchand aisé, qui tient son petit monde à la baguette. Il passe son temps entre sa maison, sa boutique, et le cabaret le soir...

Amina, la mère courage, dévouée jusqu'à la soumission pour son mari et ses 5 enfants. Dans la plus pure tradition, elle ne sort jamais de chez elle (son mari lui interdit), et regarde le monde à travers le très symbolique moucharabieh.

 

Les cinq enfants : Yasine, l'aîné, né d'un premier mariage, le "dépravé" aimant l'alcool et les femmes, qui aimerait bien se révolter contre son mère surtout lorsqu'il découvre que son père va aussi au cabaret.

 

Fahmi, l'étudiant en droit, l'idéaliste, le romantique, qui va s'engager dans la révolte égyptienne contre les anglais.

Kamal, le petit dernier, l'espiègle, adorant ses frères et soeurs.

Et enfin, les deux soeurs, Khadiga, l'aînée au gros nez, cancanière mais au grand coeur, et la douce Aïcha.

 

Tout ce petit monde qui grandit, il va bien falloir les marier....Une grosse partie du roman est justement consacrée aux différentes tractations pour marier les quatre aînés : les marieuses, les amoureuses, les mariages arrangés, les refus du père...

 

Le roman est d'abord très intimiste (beaucoup de scènes dialoguées entre deux personnages ou dans une pièce de la maison, autour d'un café ou dans le bureau du père), on pense d'ailleurs à de petites saynètes théâtrales où tout le monde s'affaire, suite à de multiples rebondissements.

Derrière le moucharabieh, on observe, on se cache . On tombe amoureux d'une jeune voisine ou d'un bel officier. Tout tombe à l'eau à cause de l'autorité du père. On ruse, on ne sort pas de chez soi, mais on observe un monde qui bascule derrière le moucharabieh.

 

Puis, petit à petit, on sort dansla rue puis on découvre une société égyptienne en pleine effervescence, entre tradition et modernité, après la fin de la Première Guerre Mondiale. La jeunesse et la nation luttent contre l'établissement d'un protectorat anglais. Un épisode méconnu de l'Histoire de ce pays.

Cette lutte nous fera revenir à nouveau dans la maison de l'impasse des deux palais, maisonnée qui n'en sortira pas indemne....

 

Construction parfaite pour ce roman à la fois intimiste et historique, digne de l'oeuvre d'un Balzac ou d'un Tolstoï.

L'impasse des deux palais, symbole de cette transition entre une Egypte traditionnelle et une Egype moderne, est à l'image de la famille El Gawwad, traditionnaliste, au bord de l'implosion.

 

La figure centrale du patriarche Ahmed Abd El Gawwad est un chef d'oeuvre de psychologie. A la fois autoritaire et très bon vivant, il tyrannise sa famille, femme et enfants, mais  on découvre au fur et à mesure que cette attitude cache une véritable générosité et un amour profond pour sa famille...

 

Roman ardu, long, qui se lit tout de même très facilement, dans une pose très limpide, avec un vrai rythme du récit. Un roman, psychologique et social, comme on les aime.

Cela nous donne envie de découvrir les deux autres tomes : Le palais du désir et Le jardin du passé