Cameroun-Maurice, score fleuve pour un drôle de match

Publié le 03 septembre 2011 par Atango

A l'heure de la mondialisation, le Cameroun demeure une sorte de trou noir médiatique, à l'instar de la Corée du Nord. Difficile donc de regarder le match de ce 3 septembre 2011. D'abord parce qu'on n'était pas à Youndé, et ensuite parce que le signal de la CRTV est difficilement trouvable, et lorsqu'on finit par y arriver, de très mauvaise qualité.

Grâce au bouquet africain de mon FAI préféré, le match fut tout de même disponible. Honte devant le plateau offert par notre chaîne publique : une journaliste que la caméra surprend à croupeton, tentant de rejoindre sa place sans être vue. Son collègue se fera aussi prendre en flagrant délit de retour intempestif quelques minutes plus tard.

Le fond vert et la surimpression électronique demeurent inconnus à Mballa II. Les décors sont toujours faits de panneaux de contre-plaqué peints par l'artiste du coin de la rue. La poussière et les chiures de mouches sont d'ailleurs visibles sur les bandes qui furent blanches jadis.

Lumière insuffisante, maquillage sommaire, sonorisation aléatoire, sponsor envahissant, voilà le décor. Quant à la technique, elle a évolué à reculon depuis l'époque de Jean-Lambert Nang. Au bout de 20 minutes de jeu, la liaison entre le stade et le centre de production est coupée. En 1969, la NASA faisait déjà communiquer la lune et la terre (384 400 kilomètres). En 2011, le Cameroun se montre toujours incapable d'assurer une liaison stable entre deux quartiers de Yaoundé distants de trois kilomètres au maximum.

Et le match ? Dès l'entame, on voit bien que les Mauriciens sont venus offrir les trois points aux Camerounais. Reste à savoir si les Lions seront capables d'aller récupérer ces précieux points, et quel sera le score à la fin du match. Durant les 20 minutes diffusées en première mi-temps, les visiteurs sont à dix derrière, et les locaux se prennent pour le Barça : dédoublements, jeu court, trajectoires transversales, le tout à ras de terre. Oublié le kick and rush qui fut naguère l'ADN du football camerounais. On est bien à l'heure espagnole.

Néanmoins, cette stratégie demeure stérile parce que nous n'exploitons pas les côtés, seule solution face à un bloc aussi serré. En outre, Clemente conserve deux milieux récupérateurs (Song et Djemba), alors que les Mauriciens ne font même pas semblant d'envisager une éventuelle velléité offensive. Le score sera donc de 0 partout à la mi-temps. Seuls les spectateurs de Mfandena auront le bonheur d'assister à la totalité de ce stérile sens unique.

Quant aux téléspectateurs, ils auront droit aux commentaires du "plateau", les journalistes essayant de remplacer l'absence d'images par de laborieuses analyses. Le sponsor quant à lui profite de l'aubaine et vend son produit ad nauseam. Bref, l'occasion ou jamais d'aller se promener sur ce fameux bouquet africain qu'on paie surtout pour ces matches là et pour la CAN.

Les Congolais diffusent une sorte de causerie en sabir lingalo-français. Les Gabonais montrent une sorte de téléréalité maison mettant en scène un groupe de jeunes footballeurs. Les Ivoiriens sont schizoprènes : la vidéo est un film produit localement, dans lequel un mari jaloux pourquit un monsieur qui semble l'avoir encorné, alors que le son est celui de la radio (diffusion de la déculottée que les Eléphants sont en train d'infliger aux Rwandais à Kigali.)

On zappe rapidement sur le Mali et sur le Bénin, et on revient à la CRTV. Toujours pas d'image. A l'heure virtuelle de la mi-temps, on a pourtant droit à toutes les pubs, car business is business. Là aussi, la qualité semble avoir régressé. Le Scorcese et le Quincy Jones camerounais ne sont pas encore nés, ou alors ils sont partis à l'étranger. On sait que le score est toujours de 0-0, mais nul ne s'inquiète outre-mesure, car de toute manière personne n'attend plus rien de ce match. Et pourtant...

Lorsque la deuxième mi-temps commence, l'image n'est toujours pas revenue. On apprend grâce aux journalistes sur le plateau que le Cameroun a marqué à la 63e minute, sans aucun autre détail. C'est à la 70e minute que l'image réapparaît, sans le son (mais on ne perd pas grand'chose). Le temps d'observer les équipes afin de repérer d'éventuels changements, et Adongtcho Mbuta marque à la 72e minute.

Le jeu des Camerounais est plus tranchant, mais il demeure Eto'o-dépendant. On cherche systématiquement le capitaine, et celui-ci se croit obligé à chaque touche de balle de réaliser quelque chose, ce qui gêne considérablement la fuidité du jeu. Choupo-Moting fait admirer ses gris-gris, pour la grande joie du public. Bedimo n'arrive pas à déborder, c'est pourtant le seul geste qu'il tente invariablement. Alexandre Song a compris qu'il ne servait à rien d'avoir deux milieux récupérateurs, et il se porte de plus en plus vers l'avant.

Trois autres buts suivront rapidement, et le match s'achèvera sur le score fleuve de 5-0 (6-0 en réalité, mais le dernier est refusé par l'arbitre, sous prétexte d'un hors-jeu qu'il est le seul à avoir vu).


Au-delà de la joie que procure la victoire, cette rencontre laisse à l'observateur un drôle de goût, pour plusieurs raisons : l'apathie des Mauriciens, les buts marqués sur le mode mitraillette (6 buts valables en 30 minutes), les 10 minutes d'arrêts de jeu, etc.

Au final, le Cameroun revient d'outre-tombe et se met sérieusement à postuler pour un place de meilleur deuxième. Le Sénégal s'étant qualifié en battant la RDC 2-0, les chances camerounaises renaissent, même si elles demeurent infimes.

En effet, si le Cameroun est deuxième de son groupe avec 8 points et un goal average +6, les autres candidats sont le Soudan (10 pts, GA + 6), la Zambie (9 pts, GA + 8), et la Sierra Leone (8 pts, GA 0).

Sachant que les deux meilleurs deuxièmes seront qualifiés, à vos calculettes !