Ciel sans horizon

Par Borokoff

A propos d‘Au revoir de Mohammad Rasoulof 3 out of 5 stars

Leyla Zareh

A Téhéran, Noura, une avocate enceinte vit cloîtrée chez elle depuis qu’elle s’est vue retirer un à un ses dossiers. Son mari, journaliste désavoué, vit dans la clandestinité dans le Sud du pays. Épuisée, à bout de nerfs, Noura décide de quitter seule l’Iran et de s’exiler à l’étranger…

Au revoir est le cinquième film de Mohammad Rasoulof. Les quatre précédents ont été interdits de sortie en Iran. Lors de son précédent tournage, Mohammad Rasoulof a été arrêté par le Ministère de la Sécurité en compagnie d’un autre cinéaste, Jafar Panahi, qui est lui toujours emprisonné. Rasoulof est actuellement en liberté conditionnelle.

De passage à Paris cette semaine, Mohammad Rasoulof est venu évoquer son dernier film pour lequel il a reçu au dernier festival de Cannes le prix de la mise en scène dans la sélection Un Certain Regard. Le gouvernement iranien a refusé qu’il aille chercher cette récompense.

Lundi dernier, lors d’une avant-première au cinéma UGC des Halles, on sentait l’émotion et l’angoisse palpables de Rasoulof lorsqu’il évoquait sa situation mais aussi son courage et un humour plein d’autodérision. A Téhéran, le juge qui s’occupe de son affaire a donné son verdict mais Rasoulof ne le connaitra que dans une semaine. Passera-t-il les six prochaines années de sa vie en prison (assorties de 20 ans d’interdiction d’exercer sa profession !) ou sera-t-il remis en liberté ?

Ce contexte, la situation personnelle dans laquelle se trouve Rasoulof sont indissociables de ce cinquième film pour lequel il a eu le plus grand mal à obtenir les autorisations de tournage. Pourtant, jamais Rasoulof n’a abdiqué. Au revoir est une charge réaliste contre le régime totalitaire d’Ahmadinejad. C’est un film porté par un courage exemplaire et qui dépasse les considérations de style ou de forme cinématographiques.

Portrait désespéré d’une femme qui voit les portes de son pays se fermer une à une, Au revoir est d’abord interprété par une actrice sublime, Leyla Zareh, de tous les plans.

Dans des tonalités grises, des pièces sombres, des lumières clair-obscur, Au revoir décrit le parcours chaotique d’une femme lassée de se battre et qui pense que puisqu’elle se sent « étrangère dans (son) propre pays, autant (qu’elle le soit) dans un pays étranger… ». Constat terrible et sans appel. On ne fuit pas l’Iran comme cela. Traquée par la police,  le Ministère de la sécurité, surveillée par ses propres voisins, Noura vit comme dans un film ou 1984 d’Orwell. Sauf que la situation décrite par Rasoulof n’a rien d’une fiction ni même d’un portrait exagéré de l’Iran d’aujourd’hui.

Lundi dernier, Rasoulof parlait à demi-mots pour ne pas « aggraver » sa situation. Mais ce qu’il laissait entendre sur la terreur exercée sur les artistes par le comité de censure et le régime iraniens en disait déjà long.

Au revoir a été filmé avec une caméra grande comme la main et produit avec des moyens financiers dérisoires. Cela n’empêche pas la photographie comme les portraits de son actrice principale d’être d’une rare beauté formelle. Le procédé filmique de Rasoulof est simple, qui oscille entre des portraits en gros plans de son actrice principale et des plans fixes assez longs, donnant au film toute sa langueur et ce rythme si particulier, lent voire monotone. Au milieu du film, des enquêteurs déguisés en civils débarquent chez Noura pour filmer son appartement. Le plan dure une dizaine de minutes pendant lesquels Rasoulof décrit minutieusement les méthodes indignes d’intimidation des policiers, entre autoritarisme et sans-gêne.

 Mais Au revoir l’annonce au début. Le destin de Noura est sans échappatoire malgré tous ses combats. Et si elle ne peut se résigner à vivre en Iran, elle n’aura pas non plus la possibilité ni le choix de partir. Gageons que le ciel, lui, s’éclaircisse davantage dans une semaine pour Rasoulof…

www.youtube.com/watch?v=hc4I-6A7RP8

Film iranien de Mohammad Rasoulof avec Leyla Zareh, Benhame Tashakor (01 h 44).

Scénario : 3 out of 5 stars

Mise en scène : 3 out of 5 stars

Acteurs : 4 out of 5 stars

Dialogues : 3 out of 5 stars