La lettre du Kremlin

Par Gicquel

Le mur est tombé, la guerre froide s’est réchauffée, et le Kremlin en tremble encore . A cause de cette fameuse lettre, à laquelle  je n’ai pas compris grand chose .Plus exactement, j’ai saisi me semble-t-il l’essentiel, mais noyé dans un tel fatras que j’y ai souvent perdu  la trace de l’espion.

Celui que l’on voit, et encore plus celui dont on parle, mais que l’on ne voit jamais.C’est du Keyser Söze avant l’heure sauf que « Usual suspect » de Bryan Singer , avait quand même une toute autre allure, malgré tout le talent et le respect que l’on peut porter à Mr Huston, le grand réalisateur.

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A mon avis ici, il fait un gentil flop, et sa lettre aussi mystérieuse que dangereuse (là non plus, on ne la voit jamais), va demeurer lettre morte. Son contenu est pourtant édifiant : il  prouve une collusion américano-soviétique à l’encontre de la Chine.

Des espions US sont donc dépêchés sur le sol moscovite, afin de la récupérer, à l’aide d’un stratagème digne des meilleures «  Missions impossibles » version TV. Entre l’opération de diversion fumeuse (elle a servi à quoi ?)  , jusqu’à l’atterrissage de nos cow-boys en terrain ennemi, l’ensemble m’a paru alambiqué, pour ne pas dire très compliqué. Mais où est l’homme de « African Queen » tourné en 1952 avec Bogart et Katharine Hepburn ?

L’écriture s’en ressent, à moins qu’elle ne soit responsable de ce ton qui rabâche et devient didactique, empêtrant les acteurs dans des poses appuyées. Quarante ans plus tard, il est drôle de revoir Max vont Sydney, dans la peau d’un salaud, qui lui va plutôt pas mal, à l’image de l’ensemble de la distribution qui arrive à faire passer la pilule, sinon le message du cinéaste qui à la fin des années soixante semble avoir quand même bien  perdu le fil de l’actualité.

On lui sera gré de nous gratifier de la présence de Orson Welles, en patron d’un service d’espionnage soviétique. Même dans sa tombe, il en rigole encore

LES BONUS

LE FILM D’ESPIONNAGE

Christophe Champclaux, historien du cinéma

Il parcourt tous les continents et les décennies pour faire un condensé passionnant de l’espionnage à travers le septième art, sur grand ou petit écran (Missions Impossibles, Le Saint …) avec de nombreux extraits de films qui nous donnent bien souvent envie de les revoir comme «  L’affaire Cicéron »

Les connotations négatives du genre, à ses débuts,  (l’espion est assimilé au traître) jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, où l’on évoque enfin sans trop de fantaisie, l’espionnage, et nous voici chez Hitchock, très longuement évoqué  » L’Homme qui en savait trop », « Les 39 marches », « il porte le genre à son point de perfection.En moins de dix ans il aura couvert tout l’aspect du spectre ». « La mort aux trousses » qui préfigure James Bond et « Dr No » a d’ailleurs failli être tourné par Hitchcock avec Cary Grant ( attention, OSS 117  a été créé en France , cinq ans avec James Bond)….

Les trois jours du condor, avec Robert Redford

De la parodie, de la distraction, le genre revient ensuite  au sérieux documenté .Dans les années 70, les scandales politiques tels que le Watergate (« Trois jours du Condor » de Sydney Pollack) et les nombreux conflits qui se livrent dans le monde inspirent le cinéma d’espionnage. Avec aussi «  L’espion qui venait du froid » qui  anticipe sur la révolution des années 2000. Les USA mettront dix ans avant de digérer la chute du mur de Berlin.

Avec les années 90, les films d’espionnage ne sont plus le reflet précis des évènements politiques ou militaires et s’apparentent plus à des films d’action ou des comédies.

ANALYSE DU FILM

Trois spécialistes se penchent sur l’œuvre de John Huston, à travers un film qui disent-ils sera un échec, « et malgré la présence d’un joli casting, un petit film dans la carrière de Huston ».

Une analyse qui personnellement me conforte dans mon point de vue, Jean-Baptiste Thoret, allant jusqu’à parler d’une « facture complètement anachronique (..) les nouveaux acteurs de la fin des années 60 sont absents, et du point de vue du discours, la guerre froide c’est un vieux problème »

Pierre Murat évoque plus les personnages (leur double jeu, la bisexualité, une société où ils sont tous prisonniers de leur rôle…) « et ce qui est assez inhabituel chez Huston, leur manque d’humanité, ce sont des marionnettes. »