Paris Design Week @ Bastille-République

Par Niconico

Notre troisième jour. Le milieu du voyage et déjà, la nuit, les lignes, les formes, les couleurs et les matériaux ont créé un monde onirique qui nous plonge, tous, dans les rêves les plus doux. C’est donc avec de larges sourires que nous nous retrouvons au 111 de l’avenue Beaumarchais pour découvrir le Marais. Aujourd’hui, Bastille-République.

Une première enseigne au nom comme un cri du cœur : Merci. Et un rendez-vous avec l’invité privilégié de cette première PDW : le Japon. Avec l’exposition SUGAO, essential design in Japan. Le nom de l’expo porte son essence même. SU est le concept de l’esthétique japonais qui définit le simple, le sans ornement. GAO représente l’idée de l’essentiel, d’un design qui provient de l’essence même de la culture japonaise. Il faudrait ajouter l’ingéniosité comme cette table pliable. Une sobriété des lignes parfaites pour débuter la journée en douceur. Mais au vue du partenaire de l’expo, à découvrir lui-aussi, nous nous disons que la sobriété n’est peut-être pas le mot approprié. Pourtant le Whisky Suntory est certainement excellent.

Nous remontons l’avenue de quelques mètres et tombons sur Acabas. Là encore, tout est histoire d’étymologie. Acabas, en brésilien, désigne les contreforts qui assurent la stabilité de certains grands arbres d’Amazonie. Acabas se veut le contrefort des artistes les plus prometteurs et les plus atypiques. Ils ont tous en commun de mettre la matière au centre de leurs créations. On a parfois l’impression d’être en extérieur.

Par curiosité, d’un coup de métro jusqu’à l’arrêt Parmentier, nous nous rendons au studio Jean Nouvel Design qui présente les projets de rentrée de l’agence.
Nous redescendons à Bréguet-Sabin. Rue Amelot, le Studio des Collections. Une expo engagée et responsable. Il ne s’agit ici que de créations qui viennent répondre à un besoin précis, tout en respectant l’environnement. Des œuvres séculaires comme celle de Frederica Furniture, des plus récentes porteuses de valeurs artisanales (Naver, Giulio Marelli) ou même des toutes jeunes (Massproductions, Refer&Staer).

Nous restons dans le XIème, rue Bréguet. Pierre Bonnefille, dans son atelier, présente Infinite Screen, une pièce unique. Voici comment le programme présente cet œuvre : « Un paravent polychrome sans fin en séquence de couleurs et de matières aléatoires ». Et si cela vous semble un peu confus, c’est normal, c’est aussi ce que l’on ressent devant cette pièce unique. Pierre Bonnefille crée sur place, pour le lieu. L’œuvre s’inscrit dans un environnement unique. Les matériaux, les couleurs, tout est unique et tout est adapté au lieu. En l’occurrence, nous ressortons tous avec l’impression que l’œuvre avait été faite pour nous, unique pour chacun, nous touchant au plus profond.

Direction maintenant Hi Matic rue de Charonne. Un lieu incroyable en soit. A l’image de la PDW : coloré, innovant et totalement onirique. La façade vous pousse à vous demander si vous n’avez pas pris de psychotropes. Et pourtant, tous, nous voudrions vivre dans un monde qui ressemble à cet immeuble. Et encore plus à son intérieur. Mais nous venons pour une pièce en particulier. La chaise modulable Double Side. Une création de Matali Crasset en collaboration avec Philippe Chapelet et Patrick Elouarghi. A la fois chaise et bureau. Travail et loisir. Concentration et détente. Presqu’une vie résumée en un objet.

Nous nous rapprochons de la place de la Bastille. Rue du Faubourg Saint-Antoine. Au 74 très exactement, dans un lieu devenu incontournable : le Lieu du Design. Pour la Paris Design Week, le lieu est investi par l’association Particule 14. Une association ouverte, à but culturel, qui cherche à promouvoir le design auprès des amateurs comme des professionnels. L’expo, créée exprès pour la PDW, est mise en scène par Cédric Martineaud. La scénographie est pensée comme une carte où se trouvent les œuvres de 8 designers. 5 créations chacun. L’impression générale est extraordinaire puisque que chaque designer, mais aussi chaque objet est présenté comme un fabuleux mélange éclectique. C’est un voyage. Sans visa, sans jet-lag, sans plongée introspective, il nous semble avoir vécu plusieurs vies.

Nous restons dans le XIIème. A deux pas de la Bastille, Sentou ouvre un troisième lieu. Un ancien loft sous verrière, somptueux. Pierre Romanet, l’initiateur des lieux, met en scène un univers de Design et d’Art de Vivre tout en couleur et en coups de cœur cosmopolites : luminaires d’Isamu Noguchi, mobilier de Design By O, céramiques de Brigitte de Bazelaire, escalier M400 de Roger Tallon… et toutes les créations et éditions exclusives Sentou. L’escalier M400 nous fascine pendant de longues minutes. L’impression d’observer des pas de cosmonautes. De marcher sur la lune. De monter vers le futur en gravissant ces marches chromées.

La fringale nous rattrape, alors comme des athlètes de haut niveau, nous partons nous sustenter. Direction La Maison Rouge, tout près de la Seine. Rose Bakery Culture accueille le décor Jardin des Antipodes. Et c’est peu dire. Des plantes qui pendent tête en bas au plafond. Nous voilà chez Lewis Carroll. Presque de quoi en oublier son appétit. Presque.

Nous marchons un peu pour digérer. Et nous voilà chez Lago. Avec une œuvre, une seule, en vue. Le nouveau Packaging LAGO dessiné par Exyzt. Un lancement mondial, s’il vous plaît.

Nous continuons sur l’avenue Daumesnil à la Galerie Via et ses 60 pièces exceptionnelles. C’est déjà la deuxième édition de l’expo « Objets d’exception : design & métiers d’art ». Des duos de créatifs talentueux et de savoir-faire ancestraux, pour des finitions et des détails inégalables. Tout semble parfaitement pensé, comme s’il n’y avait pas de hasard dans ces objets. Aucune compromission entre confort et esthétique. La perfection, semblerait-il, existe bel et bien.

Notre journée touche à sa fin. Il nous reste deux lieux à voir. Très éloignés. Très différents. Deux groupes se forment. L’un, le plus gourmand, ira au Purgatoire – 54 Paradis dans le Xème. Un loft événementiel créé par Alain Cirelli. Un lieu particulièrement ludique pendant la PDW avec son expo de la designer Charlotte Brocard, On ne joue pas à table. Dégustation, au programme, mais aussi des jeux et l’utilisation des ustensiles de l’artiste. Une fin de journée légère, intelligente et drôle. Parfait pour les grands enfants, puisque, vous l’aurez compris, à l’injonction « on ne joue pas à table » il est expressément demandé de désobéir.

Notre second groupe, plus noctambule, ira au Mama Shelter près du Père Lachaise. Ce kibboutz urbain propose une programmation musicale inédite. Le cadre, imaginé par Philippe Starck, prolonge parfaitement la journée. Des sets d’artistes et de DJ célébreront le design de l’endroit. Parfaitement intimiste, mélangeant les genres. Parfois loundge, parfois café provincial. Pour finir, calmement (ou pas, d’ailleurs) autour d’un verre. L’occasion de parler encore et encore de design, d’esthétique, de ce que nous avons vu aujourd’hui.