Pourquoi Bourgi brûle sa case à fétiche

Publié le 23 septembre 2011 par 237online @237online
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Maître dans l'art du contre-pied, Robert Bourgi vient de provoquer un tsunami médiatique. Le 11 septembre, le Journal du dimanche a publié ses révélations sur l'existence de circuits financiers qui auraient notamment permis à Jacques Chirac et Dominique de Villepin de recevoir d'importantes sommes d'argent de chefs d'Etat africains. Si ces secrets dévoilés trois jours avant la sortie du livre de Pierre Péan (La République des mallettes, Fayard) étaient bien gardés, l'agenda personnel de l'avocat franco-libanais a largement précipité leur évocation. Analyse. Un coup non préparé muri de longue date. "On ne m'a jamais traité de cette façon. Ça va leur coûter cher. Moi, je n'ai jamais été inculpé dans une affaire, et mon casier judiciaire est vierge !". Tout est dit, ou presque, dans cette confession que Robert Bourgi a faîte, dans l'après-midi du 10 mai, à l'un de ses proches dans un café du boulevard Saint-Germain, à Paris. Le ministre français des affaires étrangères, Alain Juppé, venait tout juste de mettre son véto à la présence de l'avocat à l'investiture d'Alassane Ouattara, le 21 mai (LC nº611). Une première. Pour mieux se border, le super-ministre a téléphoné au chef de l'Etat ivoirien, forçant Nicolas Sarkozy à s'incliner face à son puissant chef de la diplomatie. Même Claude Guéant, alors secrétaire général de l'Elysée, s'est fendu d'un SMS pour demander à son ami "Bob" d'être "compréhensif". Autant dire une vraie déclaration de guerre. Le roi de la Françafrique est mort, vive le roi ! La Côte d'Ivoire n'a pas été le seul vecteur de l'irrépressible envie de Robert Bourgi de franchir le Rubicon pour montrer son pouvoir de nuisance. Ses entretiens avec Pierre Péan ont d'ailleurs été nombreux dès janvier. Sa perte d'influence auprès des présidences africaines a également joué. Au point que l'avocat confi ait de plus en plus vouloir se tourner vers les réseaux plus prometteurs du Proche-Orient. Voire couler une retraite paisible en Corse ! Les échecs se sont succédé ces derniers mois. Comme cette visite fin 2010 à Ouagadougou, au cours de laquelle Blaise Compaoré a refusé de le recevoir. En Guinée et au Bénin, ses "poulains" Cellou Dalein Diallo et Adrien Houngbédji ont perdu les élections. Même s'il s'est entretenu au téléphone avec Ali Bongo après ses révélations, Robert Bourgi n'a jamais pu établir avec lui le climat de confiance qu'il entretenait avec son père. Le président gabonais s'est rapproché d'autres personnalités telles que Stéphan Ravion ou Alexandre Djouhri. Jusqu'au clash final en juillet avec Karim Wade, fi ls du président sénégalais dont il était le mentor. Robert Bourgi est-il hors jeu pour autant ? De façon subliminale, de nombreux responsables français et africains ont compris que la boîte à secrets est encore bien remplie. Alors... Retour de flamme. En nettoyant les écuries d'Augias, Robert Bourgi a réalisé son printemps africain, tout en s'aff ranchissant d'un système à bout de souffl e dont il était l'un des ordonnateurs. Reste qu'il a, du même coup, pris le risque d'exposer ses propres pratiques. Sur ce point, l'ouvrage que s'apprête à publier Max Cahen est instructif. Dans la troisième partie de L'Homme qui murmurait aux oreilles des espions, attendu début 2012 aux éditions Jourdan, cet ancien conseiller du Maréchal Mobutu et de Denis Sassou Nguesso revient, avec luxe détails, sur la manière dont Robert Bourgi "a su utiliser la corne d'abondance africaine", en conjuguant son statut d'héritier de Jacques Foccart avec ses propres intérêts. Documents à l'appui, Max Cahen évoque notamment son "association" avec l'avocat, aux côtés d'Hermann Cohen et du Sénégalais Jean-Marie Coulbary, en vue de réhabiliter politiquement Mobutu à partir de 1994. Il explique également les conditions d'obtention, par Bourgi, d'un passeport "à titre humanitaire" pour que la femme de Mobutu, Mama Bobi Ladawa, puisse entrer en France. Deux exemples parmi d'autres. Assurément, le droit d'inventaire de la Françafrique ne fait que commencer.
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