La couleur de la haine

Publié le 25 septembre 2011 par Lael69
Malorie Blackman
Milan Jeunesse
Collection Macadam
Traduit de l'anglais pas Amélie Sarn
Paru en Mars 2006
390 pages
11,50 euros

Roman ados à partir de 14 ans
Thèmes : Haine, Racisme, Société


Quatrième de couverture : "J'ai compris que je ne savais rien de la manière dont je devais m'occuper de toi, Callie. Tu n'étais plus une chose sans nom, sans réalité. Tu n'étais plus un idéal romantique ou une simple manière de punir mon père. Tu étais une vraie personne. Et tu avais besoin de moi pour survivre. Callie Rose. Ma chair et mon sang. A moitié Callum, à moitié moi, et cent pour cent toi. Pas une poupée, pas un symbole, ni une idée, mais une vraie personne avec une vie toute neuve qui s'ouvrait à elle. Et sous mon entière responsabilité."
Imaginez un monde. Un monde où tout est noir ou blanc. Où ce qui est noir est riche puissant et dominant. Où ce qui est blanc est pauvre, opprimé et méprisé. Noirs et Blancs ne se mélangent pas. Jamais. Pourtant, Callie Rose est née. Enfant de l'amour pour Sephy et Callum, ses parents. Enfant de la honte pour le monde entier. Chacun doit alors choisir son camp et sa couleur. Mais pour certains, cette couleur prend une teinte dangereuse...celle de la haine.

ATTENTION : Ce billet contient des spoilers.

Ce que l'on ressent à la lecture de ce second tome est inexprimable. C'est une lecture éprouvante parce que le lecteur est saisi par la violence des évènements et la haine qui se dégage de certains personnages. C'est vrai qu'il faut avoir le coeur bien accroché pour entrer dans le monde de Malorie Blackman. Mais l'Histoire nous a prouvé à quel point son propos est juste, pertinent et réel... Après le coup de coeur pour Entre chiens et loups, La couleur de la haine ne m'a pas déçue. L'intrigue se poursuit, toujours aussi percutante, ne nous laissant aucun temps mort.
Sephy a choisi de garder son bébé et pour cela elle a sacrifié Callum. Pleurant la mort de son amour condamné, Sephy doit se battre contre les préjugés, les jugements portés sur Callie, sa petite fille. Enfant de l'amour et non né d'un viol, Callie représente le métissage de deux races : blanche et noire. Très vite, Sephy prendra conscience des difficultés qui s'imposent à elle : rejetée des deux côtés, elle a perdu sa place dans la société et communique très peu avec sa famille. Quel avenir peut espérer Callie ? Une enfant née d'un père blanc, exécuté, et d'une mère noire qui livre un combat perdu d'avance, seule contre tous. Dans un monde qui raisonne en termes d'appartenance raciale et ethnique, Sephy et Callie sont des étrangères et n'appartiennent ni aux uns, ni aux autres. Alors que le premier tome jouait sur l'alternance des voix de Callum et de Sephy, La couleur de la haine met en scène des voix multiples : celles de Sephy, de Jude (le frère de Callum), de Meggie. Le contraste des points de vue frappe par son intensité, par sa force : alors que Jude voue une haine indescriptible à Sephy et désire venger la mort de son frère, sa mère choisit la voie de l'amour et souhaite recueillir Sephy et son bébé.
Comme l'indique son titre, La couleur de la haine est le roman de la violence. On la trouvait dans le premier opus, mais ici elle prend une ampleur qui prend à la gorge et vous coupe le souffle. La haine, l'horreur, la cruauté gratuite ont trouvé écho en la personne de Jude. Finalement on arrive à le plaindre : toute humanité a disparu au profit de la vengeance aveugle, de la manipulation et de sa soif de violence. Il est obsédé et ne cesse de se référer à des principes dangereux, dont le but est de l'éloigner de toute émotion, de tout sentiment hormis celui de la colère.
La couleur de la haine ce n'est pas que la haine. Paradoxalement, en la présence de Callie, le roman porte en lui les couleurs de l'espoir, de l'amour et du courage. Le courage d'une mère qui devra trouver en elle la force et la volonté de protéger sa fille. L'amour d'une grand-mère qui a perdu ses fils, son mari et dont le seul lien restant est un bébé. L'amour et l'innocence d'une femme noire Cara qui voit au-delà de la couleur de peau, qui aime malgré les différences et se bat pour la tolérance et le respect.
Monde de souffrance, de larmes, d'injustice, La couleur de la haine est un second tome réussi, tout aussi bon que le premier. C'est un roman bouleversant et nombre de fois, j'ai retenu mes larmes tout en gardant la gorge nouée. C'est prenant, ça secoue le lecteur, ça le confronte à des choses intolérables. On ne peut rester indifférent parce qu'on reçoit tout de plein fouet. Pourtant on ne peut s'empêcher de penser que Le choix d'aimer renversera l'état des choses, ouvrant la voie de la compréhension et de la compassion...
COUP DE POING, COUP DE COEUR
Lecture commune réalisée avec ma partenaire Bladelor dont vous pourrez lire la chronique en suivant ce lien

Cet article rentre en compte pour le
Challenge Littérature Jeunesse/ Young Adult,
organisé par Mélo, Nodrey et Hélène.
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