Heureux comme des Verts au Sénat

Publié le 07 octobre 2011 par Jean-Robert Bos

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Surpris mais heureux. En apprenant l'élection, dimanche, de dix sénateurs Europe Ecologie-Les Verts, l'entourage de Cécile Duflot n'en est d'abord pas revenu: «A cinq on aurait été déçus, à huit on trinquait déjà au champagne, mais alors dix on ne s'y attendait pas du tout !». Ce nouveau résultat très positif pour EE-LV après ceux des européennes et des régionales inscrit un peu plus la formation écologiste, n'en déplaise à Jean-Luc Mélenchon, comme le principal partenaire électoral du PS. «Et pourtant ce n'était pas une élection facile pour nous car nous ne sommes pas très représentés chez les "grands électeurs"», souligne l'eurodéputé Yannick Jadot, bras droit d'Eva Joly. C'est notamment en Ile-de-France que les écologistes ont fait le plein avec désormais six sénateurs franciliens.

Bien décidée à profiter de ce contexte favorable pour pousser son avantage dans ses négociations avec le PS en perspective des législatives de 2012, Cécile Duflot a d'abord vu dans ce résultat inédit pour la gauche dans son ensemble «la preuve qu'un accord électoral exigeant est porteur pour tout le monde». Saluant également une victoire«historique» de la gauche, la candidate à la présidentielle Eva Joly a elle pointé «aussi un avertissement» dans ce résultat très positif des écologistes: «Ca veut dire que nous sommes une force avec laquelle il faut compter», notamment dans les discussions avec le PS sur le nucléaire. Le message est clair.

En passant de quatre à dix sénateurs (cinq femmes et cinq hommes), EE-LV peut espérer avoir désormais son propre groupe parlementaire. Car si pour l'instant la limite est fixée à 15 sénateurs, la nouvelle majorité peut décider d'abaisser ce seuil, comme l'y a invitée ce matin Eva Joly. Une revendication «naturelle» selon Jean-Vincent Placé, nouveau sénateur de l'Essonne et bras droit de Cécile Duflot. Et Placé de proposer par ailleurs «que la présidence de la commission des Finances revienne à l’opposition», c'est-à-dire à la droite. Où comment transposer au Sénat le même principe que celui existant à l'Assemblée, où la présidence de cette commission a été confiée, à l'initiative de Nicolas Sarkozy, à Didier Migaud (PS) puis à Jérôme Cahuzac (PS).

Disposer d'un groupe parlementaire, ce serait une grande première pour le parti de Duflot, où on assurait dès dimanche soir avoir reçu l'assurance du PS sur la modification nécessaire du règlement intérieur de la Haute chambre. «C'est en bonne voie», a déclaré ce matin la patronne d'EE-LV, ce que confirme Jadot pour qui «ça a l'air d'être acquis». Les sénateurs Verts se réunissaient ce matin, notamment pour évoquer cette question. Quant à l'idée de présenter un candidat EE-LV à la présidence du Sénat, Eva Joly «laisse ça à Cécile [Duflot]» mais trouve que «ça aurait de l'allure».

D'ores et déjà, Jean-Vincent Placé se verrait bien devenir le premier président d'un groupe parlementaire écologiste en France. Quitte à abandonner pour se faire son mandat de vice président en charge des transports à la région Ile-de-France. «Je rappelle qu'il y a deux candidats potentiels, on verra bien qui l'emportera», tient à préciser Jadot en pensant à la sénatrice sortante Marie Blandin, soutien d'Eva Joly et qui fut la première écologiste à la tête d'un exécutif régional: «Elle a pour elle l'expérience du Sénat et des collectivités locales, tandis que Jean-Vincent a, lui, toujours fait très sénateur. Il faut dire qu'il est plus à l'aise avec les grands électeurs qu'avec les électeurs. Il n'a pas choisi ce scrutin par hasard».

Quelqu'en soit le (ou la) président(e), disposer d'un groupe au Sénat permettrait à EE-LV d'avoir davantage de moyens et de temps de parole pour mener à bien son travail parlementaire. «Nous serons un groupe charnière, il n'y aura pas de majorité sans nous», se réjouit déjà Julien Bayou, conseiller régional EE-LV et membre de l'équipe de campagne de Joly. Et Jadot de lui faire écho: «Ca va nous permettre de peser car avec la victoire de la gauche, pas question de se contenter de faire ronronner un Sénat rosi».

Parmi les sujets que Jadot et Bayou espèrent voir à l'ordre du jour d'ici l'élection présidentielle, il y a évidemment une vieille revendication des Verts: «Le droit de vote et d'éligibilité des résidents étrangers non communautaires aux élections locales que Lionel Jospin avait à l'époque, comme le rappelle Jadot, refusé de présenter au Sénat». Et Bayou de conclure: «Le temps où la gauche pouvait s'abriter derrière le conservatisme du Sénat pour éviter d'aborder certains questions est maintenant révolu.» A bon entendeur.

Ce dimanche 25 septembre était bel et bien un jour historique : pour la première fois depuis 53 ans, la gauche devient majoritaire au Sénat, mais surtout Europe Ecologie Les Verts obtient une dizaine de sièges, passant ainsi de quatre à dix sénateurs.

EELV pourra de ce fait revendiquer pour la première fois un groupe parlementaire à part entière à la Haute assemblée!

Cerise sur le gâteau, avec cinq femmes et cinq hommes, la parité est parfaitement respectée : Jean Desessard et Leila Aichi ont été élus à Paris, Marie-Christine Blandin dans le Nord, Aline Archimbaud (qui remplace Dominique Voynet) en Seine-Saint-Denis, André Gattolin, dans les Hauts-de-Seine, Esther Benbassa dans le Val-de-Marne, Ronan Dantec en Loire-Atlantique, Corinne Bouchoux dans le Maine-et-Loire, Joël Labbé dans le Morbihan et enfin Jean-Vincent Placé dans l’Essonne.

Il s’agit donc d’une double victoire pour la gauche et, espérons-le, un avant goût de ce qui nous attend en 2012. 

Les dix éluEs Europe Ecologie Les Verts auront à cœur de porter à la Haute assemblée les couleurs de l’écologie politique, pour un Sénat moderne, féminisé, rajeuni et plus transparent, tourné vers les citoyens et leurs préoccupations.
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