Le dernier procès, de Nicolas Bourcier

Par Litterature_et_chocolat @HeleneChoco

Quand l’Allemagne tente de racheter ses fautes…

Un des grands procès nazis s’est clôturé cette année dans une relative indifférence face à une actualité internationale mouvementée. Nicolas Bourcier fait le récit de 35 ans de traque et de procédures ayant abouti à ce qui sera certainement la dernière condamnation d’un criminel de la seconde guerre mondiale. Un grand merci aux Agents Littéraires pour cette belle découverte et à Gilles Paris pour m’avoir fait parvenir ce livre.

RÉSUMÉ :

Iwan Demjanjuk est soldat dans l’armée rouge lorsqu’il est capturé par les Allemands au cours de la seconde guerre mondiale. Etait-il un « trawniki », ces gardiens de camps recrutés par les Nazis parmi les prisonniers de guerre soviétiques ? Le 12 mai 2011, le tribunal de Munich a jugé John/Iwan Demjanjuk, 91 ans, coupable de complicité dans l’extermination des crimes de 28060 Juifs en tant que gardien du camp de Sobibor. Sans doute était-ce le dernier procès des crimes de guerre nazis.

MON AVIS : Un essai instructif et édifiant sur la notion de responsabilité

 « Pouvez-vous imaginer un instant des Allemands se dirigeant vers vous et vous donnant l’ordre de venir avec eux ? Qui pourrait refuser cela ? Des Allemands qui vous offrent de collaborer, qui était en mesure de refuser cela ? C’était la guerre. ». Assénées par Iwan Demjanjuk à ses détracteurs, ces questions taraudent le lecteur tout au long du Dernier procès.

A sa place, aurions-nous également été, à notre corps défendant, un maillon de la chaîne d’extermination ? Jusqu’à quel niveau d’implication doit-on endosser une responsabilité ? Quels faits peut-on encore juger après cinquante ans et la disparition de nombreux témoins ?

Sur le champ judiciaire, la justice israélienne puis la justice allemande ont tranché : chaque maillon de la chaîne porte la responsabilité des actes commis et contre lesquels il ne s’est pas rebellé, et Iwan Demjanjuk est déclaré coupable. Accusé de complicité de crimes contre l’humanité et crimes de guerre, il n’échappera à la peine de mort en Israël qu’à la faveur du bénéfice du doute accordé lors de son procès en appel. Un tribunal allemand s’empare à son tour du dossier pour briser une règle tacite qui empêche l’Allemagne de juger les étrangers qui auraient collaboré avec les Nazis, et le condamne à cinq ans de prison pour complicité d’assassinat.

Quant aux autres questionnements philosophiques ou moraux que suscite le livre… c’est au lecteur que revient le soin de trouver des éléments de réponse. Ayant pris le parti de proposer un récit très factuel, Nicolas Bourcier laisse à chacun la liberté de se forger ses opinions sur les évènements qu’il relate et la signification qu’ils revêtent. A contrario, on peut regretter un manque d’analyse et de prise de recul face à des problématiques d’une telle ampleur : l’auteur aurait ainsi pu insister sur les ressemblances et divergences entre ce procès et ceux des autres criminels de guerre, tenter d’expliquer pourquoi certains trawnikis ne sont pas dans le box des accusés mais simples témoins au procès de Demjanjuk.

Néanmoins l’essentiel est bien présent dans cet ouvrage : la traque interminable de tous les responsables, quels qu’ils soient, la volonté farouche de punir pour l’exemple à défaut de pouvoir juger tous les individus, la volonté de l’Allemagne de racheter ses fautes… Le dernier procès marque les esprits longtemps après sa lecture, tant les problématiques qu’il soulève imprègnent encore notre société.

JE VOUS LE CONSEILLE SI…

… vous n’aviez pas connaissance du fait que les Allemands ont recruté des prisonniers de guerre pour collaborer avec eux, notamment originaires des pays baltes, de Hongrie, de Roumanie ou d’Ukraine.
… vous vous êtes déjà posé ces questions : qui était responsable, qui était coupable ?

EXTRAITS :

La justice allemande vient de signifier aux générations futures que l’imprescriptibilité des crimes de masse était une réalité. Qu’une personne est responsable des ordres qu’elle exécute et que, tôt ou tard, même plusieurs dizaines d’années après, elle aura à en répondre. [...] Et peu importe si ce procès de Munich clôt l’histoire des châtiments d’après-guerre aux dépens d’un « exécutant médiocre ». Avec lui, les juges allemands ont montré que même au pays des bourreaux, le passé est en mesure de rattraper quiconque, où qu’il se trouve.

Livre reçu grâce aux Agents Littéraires et chroniqué dans le cadre de leur premier challenge : la rentrée littéraire 2011 des petits éditeurs!
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