Mémoire et transmission d'une histoire industrielle à St-Ouen

Publié le 24 octobre 2011 par Mainsdoeuvres

Ce projet a existé de 2002 à 2005.

Le projet « Mémoire et transmission d'une histoire industrielle à Saint-Ouen » est né de la rencontre entre des retraités de chez Ferodo/Valeo, équipementier automobile, et des responsables de l'association Mains d'Œuvres, dédiée à la création contemporaine. Il existait a priori entre ces personnes peu de points communs les unes étant familières des impératifs liés à la production industrielle et les autres fouillant davantage du côté du « hors catégorie ». Seul un bâtiment reliait les unes et les autres de façon évidente : le centre social et sportif de Ferodo/Valeo, construit en 1959 pour les employés de l'entreprise, cédé en 1991 à une société d'économie mixte, racheté par la Ville de Saint-Ouen en 1997 et ouvert au public officiellement par l'association Mains d'Œuvres en 2001.

C'est ainsi qu'en septembre 2001, sur l'invitation de Mains d'Œuvres, 80 anciens salariés de chez Ferodo/Valeo se sont retrouvés autour d'un repas et ont re-découvert, à la lumière de son actualité, le bâtiment qu'ils avaient fréquenté autrefois. Deux univers, deux époques, des façons différentes de voir, de penser et de faire ont été alors mis en présence très frontalement.

L'association Mains d'Œuvres a souhaité aller plus loin et interroger cette apparente étrangeté. Le projet Mémoire et transmission d'une histoire industrielle à Saint-Ouen est ainsi né en 2002.

Recueillir et transmettre
L'association Mains d'Œuvres s'est donnée comme objectifs à travers ce projet de :

reconstruire très précisément la mémoire du centre Social et Sportif Ferodo/Valeo et l'inscrire dans une histoire globale,
encourager la transmission de la mémoire industrielle vers les jeunes générations et ce à travers des personnes ayant été acteurs à part entière de cette mémoire et, de fait, libérer de la parole, susciter l'écoute, la curiosité… Travailler ainsi sur une notion de mémoire "vivante" et la faire entrer en résonance avec notre actualité (mutation du monde du travail...),
participer à la réflexion sur la reconversion du patrimoine urbain issu de l'industrialisation (musée, habitat social…),
dépasser le simple constat historique et s'appuyer sur une démarche artistique pour développer l'imaginaire et inviter chacun de nous à se "projeter".

Première étape en 2002-2003

De janvier 2002 à septembre 2003, le projet « Mémoire et transmission d'une histoire industrielle à Saint-Ouen » a résidé :
dans la collecte d'archives publiques et privées concernant l'histoire du bâtiment et plus largement de l'entreprise et du quartier auxquels il est lié,
dans le recueil de témoignages d'anciens salariés de l'entreprise Ferodo/Valeo par le vecteur de l'audiovisuel,
dans la transmission de cette mémoire à des enfants d'une classe de CM1 à travers un projet spécifique s'appuyant sur l'observation de leur quartier, sur la notion d'attention portée au passé et sur un travail lié à l'imaginaire.

L'exposition « Frictions, une histoire de travail à Saint-Ouen » en septembre 2003

En septembre 2003, l'exposition « Frictions, une histoire de travail à Saint-Ouen » a rendu compte publiquement du projet « Mémoire et transmission d'une histoire industrielle à Saint-Ouen » à travers la mise en valeur d'objets et de plans, la diffusion de deux documents audiovisuels et la présentation du processus de recherche dans lequel est investi Mains d'Œuvres… Cette exposition mêlait ainsi les voix de plusieurs générations – les anciens utilisateurs et les nouveaux occupants du « bâtiment Ferodo/Valeo », des enfants habitant le quartier où il est implanté – et revenait sur des thématiques traversant ces âges : le monde du travail, les luttes sociales, la reconversion de sites en déshérence…

Prolongements en 2004

De janvier à juin 2004, Mains d'Œuvres a coordonné sur le terrain une action pédagogique inscrite dans le programme « Résonances industrielles » du Conseil général de la Seine-Saint-Denis, en partenariat avec le collège Michelet de Saint-Ouen. Cette action a été menée en direction d'une classe de 3ème en collaboration avec le photographe Emmanuel Pierrot. Son but était d'explorer à travers la photographie l'histoire et l'actualité des réalités industrielles de Saint-Ouen.

Tout au long de l'année, une activité de transmission auprès de publics intéressés par les questions liées aux problématiques de la mémoire, de sa conservation, de sa valorisation s'est poursuivie (exemples : intervention dans le cadre de la Halle Roublot à Fontenay-Sous-Bois ; accompagnement de trois lycéennes dans le cadre de leur TPE sur « Renault-Billancourt » ; conseils auprès d'une chargée de mission du Muséon Arlaten…).

Les liens avec les anciens salariés Ferodo/Valeo continuent d'être entretenus. Le samedi 17 avril 2004, certains d'entre eux se sont réunis et ont débattu autour de la diffusion à Mains d'Œuvres du film « Mémoires mécaniques ».

En juillet 2004, Aneta Szylak, commissaire d'exposition polonaise, a sollicité Mains d'Œuvres pour participer à la manifestation « Health and Safety » sur les représentations du monde du travail et les questions de sécurité et d'hygiène qu'il soulève. Mains d'Œuvres a ainsi provoqué une collecte d'objets issus du travail masqué (dit « perruque ») dans les docks de Gdansk.

Par ailleurs, Mains d'Œuvres a été impliqué dans la conception et la réalisation du colloque « Transformation urbaine, mémoire des habitants » initié par le Conseil général de la Seine-Saint-Denis.

Projet 2005

Mains d'Œuvres compte se lancer dans une expérience artistique participative s'articulant autour d'une résidence du musicien et plasticien Frédéric Le Junter. Une première étape consisterait à sensibiliser Frédéric Le Junter à l'histoire et la mémoire industrielle de Ferodo/Valeo à Saint-Ouen. Une deuxième étape serait dédiée à un temps de création spécifique : fabrication de machines, de bruits, d'une ambiance sonore en résonance avec les témoignages des uns et des autres. Dans le même temps, un atelier de création mené par une chanteuse et un écrivain se mettrait en place. Il serait destiné à quelques anciens salariés de Ferodo/Valeo désireux de livrer leur regard à travers une expression artistique. Une institutrice participerait à ce travail pour qu'il puisse rencontrer l'imaginaire d'enfants d'une classe de maternelle, à Saint-Ouen… L'objectif à terme de ce projet est de réunir les trois artistes, les anciens, l'institutrice et les enfants pour la formation d'une chorale de bruits et de mots.

L'existant

Un document audiovisuel réalisé par Médiazones intitulé « Mémoires mécaniques » (durée 1h15) composé de témoignages d'anciens salariés de chez Ferodo/Valeo (conçu à partir de 50 heures de rush),
Un document audiovisuel réalisé par Médiazones faisant état de la rencontre entre un ancien salarié de chez Ferodo/Valeo et des enfants de la classe de CM1 de l'école Joliot-Curie (durée 25 minutes),
Une série de textes conçue pour l'exposition « Frictions, une histoire de travail à Saint-Ouen » (implantation de la Société Anonyme Française du Ferodo à Saint-Ouen, esprit de l'entreprise, nature de ses productions, relations avec son environnement, hygiène et sécurité, solidarités et luttes…),
Des archives privées appartenant aux anciens salariés de chez Ferodo/Valeo (dons et/ou prêts),
Des photographies du projet 2002-2003 (exploitables à titre de documentation)
Un livret rassemblant des textes sur le thème du travail masqué intitulé « des œuvres au quotidien »,
Une conférence filmée sur le thème du travail masqué en entreprise rassemblant d'anciens ouvriers, une réalisatrice, un sociologue, un économiste,
Des photographies des objets « perruqués » récoltés dans le cadre de l'exposition « Health and Safety » à Gdansk.


Ce projet a réuni depuis 2001 d'anciens salariés de Ferodo/Valeo, l'école Irène Joliot-Curie de Saint-Ouen, la compagnie Les Semeurs, les Archives de la Ville de Saint-Ouen, l'association Médiazones, le collège Michelet de Saint-Ouen, le photographe Emmanuel Pierrot, des passionnés de la « perruque » (dont Robert Kosmann).

Il a été soutenu financièrement par Valeo (2001), la Ville de Saint-Ouen (2003), la Préfecture de la Seine-Saint-Denis/Politique de la Ville (2003), le Conseil Régional d'Ile-de-France/Mission Ville (2003), la Direction Régionale des Affaires Culturelles d'Ile-de-France (2003-2004), le Conseil général de la Seine-Saint-Denis (2003-2004), le Ministère de la culture et de la communication (2004).

"Mémoire et transmission d'une histoire industrielle à Saint-Ouen" n'aurait pas existé sans Hélène Caubel (assistante de coordination et responsable des projets citoyens de 2001 à 2005) et Anne Lalaire (chargée de projet Artfactories de 2000 à 2005) qui l'ont porté et développé. Il a aussi pris fin avec leur départ de Mains d'Œuvres. Mais il fait parti de la mémoire vive du lieu et pourrait de nouveau voir le jour. Certains documents sont encore consultables et le film Mémoire mécaniques est régulièrement projeté à Mains d'Œuvres.