Photographie 4 : Illustration intitulée « La lorette » du chapitre LXIV
« Les grisettes et les lorettes » de Tableau de Paris d'Edmond Texier de 1853 (tome second). © Photographie LM.
Photographies 5 et 6 : Illustration intitulée « Vue intérieure du Ranelagh » de
Tableau de Paris d'Edmond Texier de 1853 (tome second). © Photographies
LM.
Photographie 7 : Illustration intitulée « Vue générale du Château-Rouge, près la
grande salle de bal » de Tableau de Paris d'Edmond Texier de 1853 (tome second). © Photographie LM.
La lorette possède généralement un arthur : « un protecteur riche et généreux, doublé de
quelques-uns de ces messieurs qu’on nomme les Arthurs, et sur lesquels elle ne perçoit que des contributions indirectes. » c'est-à-dire des entrées de théâtre s’il est feuilletoniste, des
portraits et des toiles s’il est peintre. « plus souvent il appartient à la race estimable des commis dans les maisons de modes, et partage ses loisirs entre le canotage et l’adoration de la
lorette. » Mais toutes les lorettes ne sont pas vénales. Il y en a de nombreuses sortes comme l’explique Maurice Alhoy (1802-1856) qui publie en 1841 une Physiologie de la lorette
avec des dessins de Gavarni. L’arthur est plus un amant de cœur des petites dames comme l’est le greluchon pour une femme entretenue par un autre homme. Le Dictionnaire de l’Académie
française datant de 1762 définit ainsi le greluchon : « Nom qu'on donne à l'amant aimé & favorisé secrètement par une femme qui se fait payer par d'autres amants. Il est
familier & libre ».
Les noms qualifiant la lorette sont nombreux, comme la CASCADEUSE qui d’après Alfred Delvau
(Dictionnaire de la langue verte, 1867) est une « Fille ou femme qui, - dans l’argot des faubouriens, - laisse continuellement la clé sur la porte de son cœur, où peuvent entrer
indifféremment le coiffeur et l’artiste, le caprice et le protecteur. » ou la MAQUILLÉE : « Lorette, casinette, boule-rouge, petite dame, - dans l’argot des faubouriens. ». Ce
même dictionnaire donne une définition de la BOULE ROUGE : « Fille ou femme galante qui habite le quartier de la Boule-Rouge, dans le faubourg Montmartre.
PÊCHE À QUINZE SOUS est une « Lorette de premier choix, - dans l’argot des gens de lettres, qui
consacrent ainsi le souvenir du Demi-Monde d’Alexandre Dumas fils. »
Parmi tout cela, il y a la TRAVIATA : la « Fille perdue, dans l’argot des élégants qui n’osent
pas dire cocotte. Introduit pour la première fois en littérature par l’Evénement (numéro du 1er octobre 1866). » Alfred Delvau donne aussi les définitions de la GIGOLETTE et du
gigolo : « Gigolette, s. f. Jeune fille qui a jeté sa pudeur et son bonnet par-dessus les moulins, et qui fait consister son bonheur à aller jouer des gigues dans les bals publics, -
surtout les bals de barrière. Je crois avoir été un des premiers, sinon le premier, à employer ce mot, fort en usage dans le peuple depuis une quinzaine d’années. J’en ai dit ailleurs (Les
Cythères parisiennes) : « La gigolette est une adolescente, une muliéricule. Elle tient le milieu entre la grisette et la gandine, - moitié ouvrière et moitié fille. Ignorante
comme une carpe, elle n’est pas fâchée de pouvoir babiller tout à son aise avec le gigolo, tout aussi ignorant qu’elle, sans redouter ses sourires et ses leçons. » « Gigolo, s. m. Mâle
de la gigolette. C’est un adolescent, un petit homme. Il tient le milieu entre Chérubin et don Juan, - moitié nigaud et moitié greluchon. Type tout à fait moderne que je laisse à d’autres
observateurs le soin d’observer plus en détail. » Puis le mot de gigolo désigne un jeune homme assez élégant d’apparence dont les manières et les moyens d'existence sont douteux, avant
d’être associé dès le début du XXe siècle à un homme galant qu’on utilise pour danser et que les femmes mûres entretiennent afin de se montrer et coucher avec. Ces mots viendraient de 'gigue' qui
désigne soit un instrument de musique, soit une danse, soit une grande femme maigre. On dit « danser la gigue ». Les définitions de gigolos et gigolettes sont donc originellement
associées à la danse ; et dans la première moitié du XXe siècle, c’est surtout dans les dancings (comme certains de Montparnasse) que l’on rencontre les gigolos. 'Gigolo' désigne aussi un
souteneur, et les gigolettes sont ses prostituées.
Cette comédie parisienne du XIXe siècle est assez amusante avec aux extrêmes d’un côté ses grisettes,
cousettes, lorettes, et de l’autre ses lionnes, lions, dandys, gants jaunes, gommeux, copurchics … et puis toute la panoplie des demi-mondaines et femmes frivoles, sans compter les beaux,
cocodès, cols cassés, petits crevés, bas bleus, gandins, jeune-France, mirliflors, pommadins, gommeux et tant d'autres . Évidement la basse-cour qui est le sujet de cet article (la haute
cour est associée aux demi-mondaines) ne sont pas ce qu'il y a de plus intéressant pour la mode : contrairement aux grisettes qui bien qu'assez pauvres sont très actives dans leur travail
souvent associé à la mode, dans leur passion pour celle-ci, et dans leur façon de la divulguer et l'imaginer avec des 'riens' qui font tout le charme des parisiennes. Il est certain que la France
du XIXe siècle, devenue de plus en plus bourgeoise, garde cependant un style créatif et une liberté de ton qui contribue à son charme.
On peut lire ici une Physiologie de la lorette par M. Maurice Alhoy avec des vignettes de Gavarni datant de 1841.
© Article LM