France/Allemagne: le grand froid

Publié le 28 février 2008 par Danielriot - Www.relatio-Europe.com

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Avec une retenue tout apparente, la Süddeutsche Zeitung de Munich détaille les raisons de la mauvaise passe que traverse le couple franco-allemand. La responsabilité en revient pour l'essentiel au président français, qualifié de "vantard" et d'"égoïste".


Gerd Kröncke
Süddeutsche Zeitung

Au congrès de l'UMP le 30 janvier dernier
AFP

Le président français traverse une période difficile, il est donc peu enclin à penser à l'Allemagne. Les sondages sont pour lui plus catastrophiques qu'ils ne l'ont jamais été pour aucun de ses prédécesseurs au terme de leur première année d'exercice. Comme il veut s'occuper de tout, il commet des erreurs. Ne parvenant pas à maîtriser son caractère, il lui arrive de baisser la garde. Les municipales ont lieu en France le mois prochain, et le chef de l'Etat s'efforce de reconquérir ses électeurs déçus. C'est pourquoi les voyages en province sont, pour le moment, plus importants pour lui qu'une visite en Bavière : il ne rencontrera pas Angela Merkel à la mairie de Straubinger.
La chancelière et le président avaient prévu un rendez-vous le 3 mars prochain, mais Sarkozy s'est excusé, implorant à demi-mot la compréhension de Berlin. En revanche, il se rend en Afrique. L'Allemagne, pour l'heure, semble l'ennuyer. La vitalité sarkozienne lui permettra, il est vrai, de croiser la chancelière à l'occasion du CeBIT [salon des technologies de l'information et de la bureautique – du 4 au 9 mars 2008] de Hanovre.
Un moment, on a pu croire que la rencontre fanco-allemande [connue sous le nom de sommet de Blaesheim, car elle devait se tenir dans cette ville de Bavière] avait été rendue impossible par des difficultés d'emploi du temps. Mais Sarkozy est prêt à se libérer par tous les moyens quand il estime qu'un rendez-vous est important. C'est ce qui rend ce désistement bien étrange. Il entretient avec Angela Merkel en particulier et avec l'Allemagne en général une relation difficile.
L'Allemagne et la France se hérissent mutuellement. Si, en Allemagne, on exprime de la frustration face à ce président, les sentiments de Sarkozy vis-à-vis du partenaire d'outre-Rhin frisent une indifférence ostensible. Le président affiche son égoïsme, et un refus vient rarement seul : le fait qu'il ait ordonné à sa ministre de l'Economie Christine Lagarde de l'accompagner [ce 28 février] dans le village – certes charmant – de Saint-Bonnet-de-Rochefort et d'annuler ainsi une rencontre prévue de longue date avec [le ministre de l'Economie et des Finances allemand] Peer Steinbrück est un affront. Même les porte-parole, habituellement diserts, peinent à ne pas reconnaître la gravité de l'événement.
Tout semblait pourtant prometteur, quand Nicolas Sarkozy, immédiatement après sa prise de fonctions, s'était rendu à Berlin. Enthousiaste, il avait assuré que "pour la France, l'amitié franco-allemande est sacrée", et que "rien ne peut remettre cette amitié en question". Dix mois plus tard, on s'aperçoit qu'il ne s'agissait que d'une entente de façade.
Sarkozy a un penchant pour les grandes déclarations et se vante volontiers, ce qui suscite l'indignation d'une chancelière qui, en comparaison, pratique volontiers l'autocritique. Sarkozy se vante quand il brandit le sauvetage de l'Europe comme une décoration parce qu'il a fait adopter le minitraité de l'UE avec brutalité, aggravant une crise provoquée d'ailleurs à l'origine par la France. Récemment, il a réussi à exaspérer pour longtemps les Allemands avec son projet d'Union de la Méditerranée voué à l'échec.
Une entente entre Sarkozy et Merkel ne semble donc pas en vue sur le plan émotionnel, et encore moins sur le plan politique. Ce n'est pas en s'embrassant sur les deux joues que l'on compense l'absence de cordialité. La relation franco-allemande ne prospérera de nouveau que lorsque Sarkozy aura surmonté son malaise sur la scène intérieure.
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