Battlefield 3

Publié le 10 novembre 2011 par Gameinvaders

Suite à la sortie de Battlefield 2 il y a six ans, DICE avait marqué une pause dans les épisodes chiffrés de la série (même si celui-ci était le seul en fait). Depuis, le studio suédois a développé pour la franchise un épisode futuriste et une série dérivée intitulée Bad Company pour les consoles de la 7e génération. Mais aujourd’hui, le “dé” revient avec ce qu’ils clament être l’héritier du hit de 2005 : Battlefield 3. Armé d’un nouveau moteur graphique, le Frostbite 2.0, son objectif est clair : détrôner Call of Duty.

Ce test a été réalisé sur la version PC du jeu.

Votre protagoniste, actuellement en détention pour d'obscures raisons.

Juste un petit mot avant de commencer : malgré ce qui a été dit en introduction, je tâcherai de minimiser la comparaison avec son rival Modern Warfare 3, un article comparatif étant au programme (lorsqu’il sera publié, vous aurez un joli lien hypertexte). Maintenant, revenons à nos moutons. Jusqu’ici, Battlefield a toujours été question du mode multijoueur. Certes, on pouvait jouer contre des bots et les récents Bad Company proposaient les premières aventures solo mais rien de sérieux. Pourtant, pour tenir tête face aux autres blockbusters, on se doit aujourd’hui de comporter une campagne épique parmi ses Key Selling Points. Et c’est ainsi que Battlefield 3 est le premier de sa lignée à recevoir un mode solo à la Call of Duty, et là est le problème. Malgré ses promesses d’un rythme différent à celui des Modern Warfare hollywoodiens, le jeu a du mal à se démarquer de celui-ci par une linéarité extrême. Toute la campagne est une longue traversée d’un couloir plus ou moins large selon les moments.

"C'est un peu ce que je ressens quand j'apporte une solution performante à mon client Pro."

Le level design manque d’inspiration et les objectifs de jeu vous ont sûrement déjà été donnés dans une vie de soldat virtuel antérieure (couvrez vos alliés au sniper, désignez les cibles, phases de rail-shooting, etc.). La destruction des couvertures vous donnera néanmoins plus de fil à retordre que d’autres campagnes du genre même si cela ne vous empêchera pas de finir le jeu en seulement 5 heures (avec une difficulté normale). Si cette overdose de linéarité a quelque chose de bénéfique, c’est dans la mise en scène extrêmement détaillée qui vous plonge dans cette expérience militaire : en effet, Battlefield 3 a au moins le mérite de nous offrir un niveau d’immersion inégalé qui le restera sûrement pendant un certain temps. Mais mise en scène et spectacle ne sont pas incompatibles avec la non-linéarité comme l’a démontré ce mémorable niveau de Call of Duty 2 à la Pointe du Hoc. Pour Battlefield 3, le niveau à bord du jet, par exemple, comporte des moments mémorables comme le décollage, mais le reste n’est malheureusement que du rail-shooting. Ils auraient pu nous céder les commandes de l’appareil, au moins lors de la phase de dogfight, surtout si le mode solo sert d’entraînement au multijoueur (et je cite EA là-dessus).

Dites bonjour à votre nouveau copain russe. C'est la dernière fois que vous le cassez, après je vous en redonne plus ! (bluff)

En termes de scénario, DICE a fait du bon boulot pour une première campagne sérieuse. Certes, le sujet de l’histoire est peu original (des terroristes, des russes et du nucléaire), mais le point de vue avec plus de recul vis à vis de la politique américaine par rapport à d’autres jeux du genre (ex : Tom Clancy) rend le tout plutôt intéressant. On peut noter que Battlefield 3 a une approche plus thriller militaire à la Green Zone que grand foutoir à la Michael Bay, et comporte des éléments nous rapprochant des évènements et inquiétudes récents (Irak/Iran, séismes, nucléaire terroriste…). La narration en flashback sent le déjà-vu, mais c’est un moyen efficace pour nous laisser accroché au fil conducteur. Il est cependant dommage que certains points qui auraient nécessité plus de clartés dans l’explication passent vite à la trappe. Un autre excès dans cette campagne est le QTE : mécanique censée accentuer les moments forts, il ne fait que les noyer par sa surabondance (d’ailleurs, je ne me souviens même plus comment j’ai, ou plutôt mon personnage a tué le gros méchant). On aurait aussi aimé en savoir plus sur les motifs de cet antagoniste, plutôt charismatique, hormis le traditionnel “je suis communiste et j’aime pas les capitalistes”. En somme, malgré tous les points négatifs cités et malgré ce que vous auriez pu entendre ailleurs, la campagne de Battlefield 3 reste décente et cela ne vous fera pas de mal d’y faire un tour au moins une fois.

Une magnifique vue... sur des otages parisiens.

Néanmoins pour ce qui est du coop et du multijoueur, c’est une toute autre histoire. Si les niveaux solo très étroits étaient étouffants, on peut ici respirer avec le mode coopératif. Plus espacé que la campagne (encore heureux, on est deux quand même) et offrant plus de variété de gameplay, cela ne l’empêche pas d’être intéressant sur le plan narratif puisqu’il vient compléter l’histoire du solo (par contre, la mise en scène en pâtit mais honnêtement, on peut s’en passer). Malheureusement, nous avons seulement droit à 6 missions mais chacune d’elle est suffisamment longue (d’ailleurs, vous regretterez qu’il n’y ait pas de checkpoints). Les phases de jeu particulières sont bien plus mémorables que tous les QTE réunis de la campagne solo. On aurait bien aimé en avoir plus, ou en tout cas avoir davantage de niveaux de ce genre, même en solo. De plus, l’obtention de scores dans ce mode permet de débloquer des armes pour le mode multijoueur.

Ça, c'est ce que j'appelle être "massif" !

Et sans surprise, là où l’on prend le grand bol d’air frais, c’est en multijoueur : géant, épique, immersif, profond, varié, les mots ne suffisent plus. Le mode match à mort est cependant tout de suite à condamner. Celui-ci ne colle pas du tout à la structure de Battlefield, et aucune variation dans le level design n’a été faite pour le rendre plus dynamique. Ainsi, là où se trouve le vrai plaisir de Battlefield est dans les modes à objectifs. Chaque carte peut accueillir les deux modes de jeu “Conquête” et “Ruée”, et la plupart sont faites de manière à ce qu’elles s’adaptent aux deux, à quelques exceptions près : la carte Opération Métro, déjà vue dans la bêta, est par exemple une horreur pour le mode “Conquête”, trop couloir, n’offrant aucune possibilité de manœuvres sur les flancs. On ne peut pas dire que Battlefield 3 est une révolution en termes de gameplay, et celui-ci garde la même formule qui a été conservée tout au long de la série. Néanmoins, le tout a été revu dans l’optique de proposer une expérience plus authentique et réaliste. Que cela ne fasse pas peur aux nouveaux arrivants, Battlefield 3 n’est pas un simulateur, et il a, au contraire, le potentiel d’être plus accueillant que ses concurrents : les propriétés de son monde s’apparentant beaucoup au nôtre, cela permet une meilleure affordance et le joueur peut facilement deviner le fonctionnement des mécaniques de jeu sans que tout soit expliqué.

À bord d'un hélico : malheureusement, le pilote était bourré.

Là où il manque des explications, par contre, c’est dans les buts et enjeux du titre. Dans un Battlefield, les joueurs ont intérêt à coopérer pour affronter un ennemi commun, alors que la plupart des FPS vous lancent dans des combats beaucoup plus personnels et intimes. Et cette particularité aurait, encore une fois, eu le potentiel de rendre le soft très accessible : en effet, dans un jeu bourré de compétitivité, les échecs sont très punitifs puisqu’ils signifient la mort, alors que dans un travail d’équipe, l’échec d’une manœuvre coopérative est facilement rattrapable. Certes, on voit les jolis points apparaître à chaque action de soutien, mais il n’y a aucun tutoriel ou manuel qui explique correctement le fonctionnement du “team work”, laissant à la communauté déjà existante d’initier les newbies venus tirer sur tout ce qui bouge. La grosse lacune de Battlefield 3 est ainsi un mode d’entraînement comme on a pu le voir dans Black Ops ou même dans Battlefield 2 (qui constituait à l’époque son mode solo). Même Battlefield 1943, le titre dématérialisé de la série, avait un court tutoriel pour expliquer chaque facette du jeu. Ici, on vous balance directement dans le champ de bataille, et si vous voulez apprendre à piloter un appareil volant (mécanique la plus difficile à maîtriser du jeu), cela se passera littéralement “à la volée” durant les seules fois où vous y aurez accès.

Une bonne panoplie d'accessoires pour mon Kalashnikov.

Même si les 4 classes de Battlefield 3 vous limitent à des rôles précis, la dose de personnalisation est à son comble : chaque arme principale peut recevoir jusqu’à trois accessoires, et vous avez droit à deux gadgets ainsi qu’à une compétence (semblable à “l’atout” des Call of Duty). Il est également possible de changer le camouflage de sa tenue. Et tout cela ne brise pas l’équilibre du jeu, les gros joujous étant limités aux classes qu’ils définissent, gardant ainsi une interdépendance entre celles-ci. Ce qui est dommage en revanche, c’est la taille réduite des escouades à 4 (6 pour Battlefield 2) et la disparition du “Commandant”, ce qui donne des champs de bataille stratégiquement chaotiques. Certes, on a toujours les “Squad Leaders” mais ses avantages restent obscurs. Les classes, encore une fois, sont pensées pour que les joueurs travaillent en équipe, et s’il vous arrive de penser “mince, il me faudrait un lance-roquette”, c’est qu’il faudra vous faire des amis. Chaque joueur est en effet invité à penser de quelle manière il sera le plus efficace pour aider les autres, plutôt que de réfléchir comment être le plus dévastateur. Les classes peuvent être modifiées en cours de jeu, ce qui est pratique lorsque l’on vient de débloquer un petit quelque chose pendant la partie, mais on aurait tout de même aimé éditer ses classes hors des matchs.

La pire facette du jeu.

D’ailleurs, sur PC, l’ergonomie des menus est terrible (pour un jeu de son envergure). Tout se passe à travers le Battlelog, une page internet en guise de menu de jeu. S’il accomplit correctement son travail en tant que visualiseur de statistiques, son rôle en tant que menu est incompréhensible : Battlefield 3 est en soit un programme très lourd, pourquoi venir l’alourdir avec un navigateur et Origin (je ne vous parlerai même pas de cette inutilité totale) ? De plus, le soft est très peu portable, on n’y jouerait pas n’importe où donc l’intérêt d’une page web pour démarrer est d’autant plus ridicule. L’inverse, c’est à dire, inclure Battlelog dans Battlefield 3 aurait été plus bénéfique mais ce passage forcé laissera un goût amer dans la bouche de tous les joueurs PC. Bien entendu, le jeu est initialisé à chaque fois que l’on tente de rejoindre un serveur…

On sent la patte Mirror's Edge des développeurs. Un 2e épisode après ça ne ferait pas de mal !

Graphiquement, Battlefield 3 est incontestablement le summum du photoréalisme vidéoludique. Avec Crysis, c’est l’un des rares jeux à mettre les machines les plus puissantes à l’épreuve. Le tout est pourtant très bien optimisé, et là-dessus, DICE a fait un excellent travail. Sur le plan artistique, si les premiers niveaux en Irak paraissent pâles, on retrouve un Paris plus splendide que nature avec des décorations intérieures modernes à la Mirror’s Edge, ainsi qu’un Téhéran éclatant de mille feux sous les néons et les bombardements. D’ailleurs les développeurs ont utilisé à bon escient le middleware de Geomerics, Enlighten, incorporé dans le nouveau moteur Frostbite 2.0. Bon, il faut avouer que l’intensité est par moment abusée avec des éclairages parfois trop éblouissants mais vous ne les aurez jamais vu aussi étincelants de beauté. Au niveau du son, Battlefield reste indétrônable. En fermant les yeux, ses effets sonores suffisent à vous emmener au front. La musique en revanche se fait très discrète (en solo), mais le thème très familier de la série, remixé à la sauce moderne, revient de temps en temps et accentue les moments de pur “badassness”.

Malgré une campagne solo très peu originale et trop guidée, la grandeur de Battlefield 3 se retrouve dans son multijoueur avec un mode coopératif plutôt efficace à ses côtés. Plus profond que les FPS arcade, plus dynamique que les FPS tactiques, il aurait pu être l’expérience tout public parfaite s’il avait eu une meilleure accessibilité dans son apprentissage. De par ses graphismes et sa jouabilité réalistes, Battlefield 3 est l’expérience ultime qu’un jeu de guerre puisse offrir.

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