La déchirure

Publié le 16 novembre 2011 par Olivier Walmacq

Une équipe de reporters débarquent au Cambodge en plein conflit avec les Khmers rouges. Quand leur traducteur-journaliste ne peut avoir de visa pour partir aux Etats Unis, l'un des journalistes fera tout pour le retrouver...

La critique bouleversive de Borat

Roland Joffé est un réalisateur on-ne-peut-plus inégal et souvent cantonné à trois films ayant marqué les années 80 et le début des années 90: La déchirure, Mission et La cité de la joie. Il essayera de se renouveller avec l'adaptation invraissemblable de Super Mario Bros (tellement fier qu'il s'est discrédité de la réalisation tout en restant producteur!) ou le torture porn déjà oublié Captivity mais tous se solderont par un échec.
Avec son premier film, Joffé s'attaque au conflit des Khmers rouges et plus particulièrement sur l'amitié entre les journalistes Sydney Schanberg et Dith Pran. Pour incarner ces deux reporters, on retrouve Sam Waterston, célèbre pour être l'as du barreau de la série New York District, et Haing S Ngor, ancien médecin ayant lui-même subi les camps des Khmers et ayant été tué lors d'une agression.
Il a d'ailleurs reçu l'Oscar et le Golden Globe du meilleur second rôle et le Bafta du meilleur acteur.

John Malkovich, Julian Sands et Craig T Nelson sont également présents dans ce film couronné également du Bafta du meilleur film et des Oscars du meilleurs montage et photographie. Roland Joffé a le mérite de nous emmener en Enfer dès les premières minutes. On suit particulièrement Schanberg qui apparaît comme un mec assez tyrannique sur le terrain et fort en gueule.
Il n'hésitera pas par exemple à s'en prendre au chef militaire de l'armée ricaine présent au Cambodge. Il se montre également comme quelqu'un voulant avoir le scoop pour faire son papier. Autant dire qu'au fil des événements, l'ami va vite changé et surtout avec son collègue Dith Pran. Un cambodgien journaliste et intègre, voulant rendre service à son peuple par sa position.
C'est un homme voulant que les choses changent et malheureusement son pays part complètement en couilles. Pour prendre un exemple récent, cela ressemblerait au cas de la Syrie.

Je vous laisse imaginer le chaos ambiant avec un peuple décimé ou envoyé dans des camps car contre le régime en place.
Arrive alors la deuxième partie d'autant plus tragique. Pran est retenu en camp car il n'a pu avoir de visa pour les States comme sa famille.
Schanberg, quant à lui, essaye tant bien que mal de le trouver et d'en informer les pouvoirs publiques mais à vrai dire, ils s'en foutent pas mal d'un cambodgien. Un constat malheureux et révoltant.
Pran réussira à s'évader de cette prison où il sera torturé ou devant subir les ordres militaires de la milice. Mais après il faut survivre sans compter les tonnes de cadavres ruisselants. Séquence assez cauchemardesque par ailleurs.
Pas de doute que cette histoire vous restera graver en mémoire tant elle est forte et a un réel impact. Joffé signe un film tout simplement magnifique et percutant où la vision du reporter sur le front n'a jamais été aussi réaliste.

On se croirait réellement à l'époque de ce conflit aujourd'hui oublié et qui comptera des milliers de morts. Un film terriblement réel et important.
Malgré cela, La déchirure est assez oublié de nos jours et difficilement trouvable en DVD en dehors d'Internet. Pour tout vous dire, je l'ai vu sur Direct Star (qui n'est pas une des chaînes les plus connus du Paf) il y a quelques mois.
Ngor est tout simplement poignant dans ce rôle d'homme sacrifié pour sa liberté d'expression et essayant de retrouver les siens.
C'est son seul rôle majeur et l'acteur est complètement impliqué. Quant à Waterston, il trouve son plus grand rôle cinématographique, celui de ce journaliste pugnace et faisant tout pour retrouver celui qui est devenu son ami.
Jamais Imagine de John Lennon n'a eu autant de symbolisme que dans cette fin magnifique et touchante, véritable hymne de paix après tant de souffrance.

Un drame incontournable sur cette histoire d'amitié disloquée par la guerre.

Note: 19,5/20

 
La déchirure - BA - VF