Danielle MITTERRAND

Par Laporteplume
Madame Danielle Mitterrand est morte.
Au cours de deux rencontres inoubliables, j’ai eu le plaisir et l’honneur d’échanger avec cette Femme d’exception, courageuse, simple, déterminée, engagée dans des combats dont elle encaissait sans vaciller tous les coups souvent terribles. De la Résistance dès l’âge de dix-sept ans à la défense des minorités martyres de notre planète, de la volonté de faire éclore l’humanisme dans un monde atteint de folie criminelle à la lutte acharnée pour l’accès à l’eau par tous, de sa vie intime de femme à son rôle admirablement tenu de « Première Dame de France », Danielle Mitterrand a toujours fait front. Sa souffrance n’était rien pour elle. Son action généreuse était tout ! On la frappait. Elle restait debout ! Sans bruit, loin des scènes obscènes, des projecteurs menteurs, et des lambris dorés des palais nationaux, Danielle Mitterrand pansait ses blessures en silence, puis repartait, plus forte encore, plus résolue à faire tomber les murailles élevées par quelques-uns entre les peuples. Inspiratrice probable de cœur et de philosophie du Chef de l’Etat, son mari, elle a, de l’ombre, contribué à ouvrir des perspectives inaltérable dans l’esprit français. Son image est définitivement associée à la notion de respect de l’autre, de tous les autres, de notre planète, de la vie !
Danielle Mitterrand a écrit, dans « Mot à Mot » :
« L’altermondialisme n’est pas une philosophie. C’est la conception d’une autre « politique » dans sa signification originelle, celle de l’ « organisation de la cité ». Le sort du citoyen prime sur toutes les autres considérations. Maintenir l’équilibre entre l’importance de l’être et la répartition de l’avoir. Aujourd’hui, nous sommes loin du compte. Le pouvoir financier dont personne ne connaît l’ampleur (à voir les sommes colossales, sorties d’on ne sait où) se permet de renflouer banques et grosses entreprises sans vergogne, alors qu’un petit pourcentage de ces sommes permettrait d’apporter l’eau à ceux qui n’y ont pas accès.»
(p. 11)
« Les puissants d’aujourd’hui (…) devront entériner que l’eau ne peut pas être une marchandise, pas plus que les rayons du soleil nécessaires à la photosynthèse, ou que la gravitation universelle qui nous permet de garder les pieds sur terre, de même qu’ils sont des usagers de la terre qui ne leur appartient pas. J’ai fait mienne la formule qui prétend que nous l’empruntons à nos enfants pour leur rendre en bon état. C’est pourquoi le mouvement mondial des Porteurs d’eau a élaboré une charte qui stipule en trois principes fondamentaux que l’eau n’a pas de prix. Sa gestion doit être sous un contrôle public et son accès inscrit dans toutes les Constitutions comme un droit de l’homme. » (p. 54)
« L’homme se dit tout puissant à l’aune de son Dieu qui l’aurait fait à son image. Doté d’intelligence et doué de raison, il se présente comme un dominateur. Il invente, crée, décide de l’agencement des biens de ce monde. Il puise et exploite jusqu’à épuiser les ressources vitales et les capacités de rendement de ses frères. Il va au bout de ses possibilités au mépris des manifestations d’usure et de délabrement de son environnement. Il n’entend pas les cris d’alarme de ceux qui sont en contact avec la terre et qui écoutent ses gémissements. Le cerveau d’un poussin restera à l’échelle du cerveau d’un poussin, mais, quand il exprime sa souffrance, le gros cerveau de l’homme, s’il n’est pas sclérosé, se doit de l’entendre. Parce que la douleur est la même pour tout être vivant. » (p. 161)
Merci Madame Mitterrand.
Méditons.
Salut et Fraternité !
Danielle Mitterrand Mot à Mot Entretiens avec Yorgos Archimandritis éd. le cherche midi 2010
photo portrait D. Mitterrand droits réservés