Humeur de table

Par Gourmets&co

La noblesse d’un vin par Patrick Faus.#

 

Il y a la durée et il y a l’instant. La transmission et le partage. Le vigneron et le journaliste. L’homme de la terre et l’homme de plume. Le savoir et le commentaire. Ces deux mondes improbables se sont rencontrés l’espace d’un moment privilégié au restaurant L’Arpège, il y a quelques jours. L’occasion qui avait fait venir les larrons était les 400 ans (vous avez bien lu : 400 !) du Château La Gaffelière, domaine installé à Saint-Emilion depuis la nuit des temps, et plus précisément depuis 1611. Ils ont failli connaître Henri IV et ont connu Louis XIII comme roi de France. Onze générations que la famille Malet Roquefort s’est installée dans ce village viticole à l’histoire fort ancienne qui remonte au 4ème siècle et peut-être même avant. Noblesse de cette famille de la France éternelle qui a conquis ses titres sur les champs de bataille d’Hastings en 1066 où déjà se construisaient les prémices du futur grand royaume. Le travail, la volonté, le savoir faire, l’expérience, l’héritage qui se reçoit et se donne à nouveau pour arriver au classement de 1954 en Premier Grand Cru Classé. « In arduis fortior » est leur devise, gravée sur les pierres du domaine mais surtout dans les esprits des générations qui se succèdent. « Plus forts dans la difficulté », ils l’ont été, le sont, et le seront. Une pérennité qui fascine, une constance qui étonne, un ancrage qui surprend en ces périodes de volatilité futile dans les actes comme dans les sentiments. Cette vie au contact de la terre, des saisons, des climats, est presque incompréhensible pour un urbain d’aujourd’hui. Alain Passard comprend peut-être, dont la cuisine se rapproche si près de ces rythmes terriens. Il l’a encore prouvé ce jour-là en hommage aux Malet avec une finesse dans le rustique d’un topinambour, d’un butternut, d’un céleri que lui seul arrive à réaliser. Là encore, travail, savoir faire, talent. Rien ne vient tout seul.
Le Comte Léo de Malet était là. Étonnant de sagesse, de savoir, de naturel. À son niveau, on n’a plus rien à prouver dans les apparences et dans les attitudes. Il croule sous les récompenses et les bonnes notes. De qui ? Peu importe. Il parle de son vin, de sa terre, il est plein d’anecdotes de pluie et de vent, de soleil et de récoltes. Il est si vivant, si réel. Ses vins lui ressemblent, bien sûr. 400 ans qu’ils ne font qu’un, qu’ils se connaissent et se reconnaissent. Écoutons le raconter le 1928 encore fringant et heureux de s’offrir à nos palais assoiffés de connaissance, épousant à travers le temps un délicat Soufflé praliné de noix à l’ancienne et chocolat araguani. Le 1947 en magnum est inoubliable et le 1955 est une pure merveille de jeunesse, de finesse, de complexité et de velours. Tout Bordeaux dans un verre. Le 2005 est encore un peu fermé mais quand il va s’ouvrir…. parsembleu, il sera grand ! Que voulez-vous dire à un homme de cette stature ? Merci, peut-être. Mais alors un très grand et un très humble.

Château La Gaffelière
BP 65
33330 Saint-Emilion
Tél : 05 57 24 72 15
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