Hugo et le génie au cinéma

Publié le 05 décembre 2011 par Espritvagabond
- Il y a maintenant un film à ton nom.
- Haha, très drôle.
- Sérieusement, Hugo, ça t'intéresse?
- Un Scorsese? certainement.
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Je suis ce genre de cinéphile que lorsqu'il voit le nom d'un réalisateur qu'il aime et dont il respecte l'oeuvre depuis longtemps, il ne se pose même pas de question avant d'aller voir son prochain film. Martin Scorses n'a peut-être pas réalisé que des chefs d'oeuvres, mais il n'a pas réalisé non plus de films plates. Plus encore, les plus récents films du réalisateurs sont toujours parmi les meilleurs films que j'ai vu à leur année de sortie (pensez The Aviator, The Departed, Shutter Island). C'est donc un réalisateur qui vieillit particulièrement bien.
J'étais donc d'abord intéressé par le film Hugo parce que c'était Scorsese qui était derrière la caméra. J'avais donc relativement peu lu sur le film, et la seule véritable information que j'avais vu passé dans un magazine de cinéma (le genre gratuit dans les grands cinéplex) mentionnait qu'Hugo était le premier film d'animation réalisé par Scorsese, et qu'il l'avait fait en 3D. J'avais trouvé la coïncidence amusante, puisque c'était la même année où Spielberg réalisait son premier film d'animation, et en 3D.
Ceci dit, je me pointe donc au cinéma pour voir Hugo avec mon ami Daniel (qui lui, pourra écrire qu'il a vu Hugo avec Hugo, waha). Comme nous avions choisi une séance qui nous convenait à tous les deux, le hasard a voulu que nous tombions sur une représentation 2D. Puis, alors que le film débute, j'ai du me rendre à l'évidence: Hugo n'est pas un film d'animation. Ben coup donc (j'aurais du conserver le magazine pour citer ces incompétents).
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Cette longue introduction pour vous parler du splendide film Hugo de Martin Scorsese.
Le film raconte l'histoire d'Hugo Cabret, un jeune orphelin qui vit dans les murs et les couloirs d'entretien d'une gare de Paris, en 1930. Il a appris d'un oncle ivrogne et absent à faire l'entretien des nombreuses horloges de la gare et s'en charge donc en habitant ces lieux de manière clandestine. Il s'occupe en réparant des babioles et en chapardant ici et là des pièces et outils pour remettre en état un automaton découvert par son père dans un musée avant de décéder. Hugo est persuadé qu'une fois réparé, la créature mécanique pourra lui livrer un message de son père. Parallèlement à ses activités, Hugo fait la rencontre d'Isabelle, une jeune orpheline qui habite avec une famille d'adoption dont le père, un homme âgé, oeuvre dans une petite boutique de jouets mécaniques dans la gare.
Hugo ne ressemble à aucun autre film de Martin Scorsese, à part le fait qu'ici et là, on reconnaît la main du maître derrière certains plans de caméra, caméra qui est toujours d'une fluidité exemplaire et qui nous présente les scènes sous des angles aussi merveilleux que subtils. C'est donc un film léger, fantaisiste, émouvant, parfois même burlesque voire naïf par moments, mais jamais violent ou tordu. Une surprise totale.
On se rend vite compte que ce qui a du séduire Scorsese dans cette histoire (qui est adaptée d'un roman de Brian Selznick), c'est que quand l'automaton livre enfin son message, c'est pour plonger Hugo et Isabelle dans l'histoire du cinéma, remontant à ses tout débuts.
Cette tournure permet au réalisateur - qui a toujours été un grand amoureux du cinéma - de se livrer à un film-hommage au génie du 7e art particulièrement réussi, et ce à partir de ses tous débuts avec les frères Lumière (dont L'arrivée d'un train à La Ciotat est présentée dans Hugo). Le film est surtout un vibrant hommage à George Méliès, premier réalisateur à utiliser le stop-motion et considéré comme le père des effets spéciaux. Dans les scènes couvrant la carrière de Méliès, Scorsese s'offre (et nous offre) une série de séquences sur le génie au cinéma qui frôle le sublime, et où son amour pour cet art qu'il pratique depuis longtemps transpire à chaque image. C'est donc en traitant d'une histoire se déroulant dans les années 30, et en rappelant le tournant du 19e au 20e siècle, que le film trouve tout son sens et ses moments les plus forts. Une grandiose démonstration de cinéma.

Le voyage dans la lune, G. Méliès, 1902.

Que le réalisateur ait décidé de tâter du 3D pour la première fois avec ce film n'est certainement pas un hasard, vu le sujet du film et son traitement souvent fantaisiste (on notera qu'en 2D, on détecte que certaines scènes ont spécifiquement été conçues pour le 3D)..
Supporté par un casting de luxe (de Ben Kingsley à Christopher Lee) mais surtout par des jeunes acteurs convaincants, au final, Hugo s'avère un très beau conte semi-réaliste sur les rapports de l'imagination et des rêves à la vie. Et évidemment, sur les rapports des créateurs de fantaisie à la vie.
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