Alors que la calligraphie arabe est renouvelée par la typographie contemporaine avec toutes les ressources du graphisme contemporain assisté par ordinateur, elle accomplit également depuis la seconde moitié du XXe siècle une autre révolution, mais sous la main des artistes plasticiens.
Dans l’un et l’autre cas, on retrouve à l’évidence une même impatience vis-à-vis des formes artistiques anciennes. Et tout aussi fortement, dans un monde arabe qui croit alors en son destin, le désir d’affirmer la présence d’un art à la fois "authentiquement arabe et moderne".
Ecole ou mouvement, un ou multiple, le "lettrisme" ne se laisse pas saisir facilement. A la suite de cet article (en arabe, par Muhammad Monif), on peut tenter de le définir comme "un travail plastique sur la lettre arabe pour la dégager de sa signification et de sa lecture et la transformer en quelque chose d’autre" (الحروفية هي تشكيل الحرف العربي وتجريده من العبارة والجملة المقروءة إلى حال أخرى).
Même si on leur a reproché de ne proposer qu’une pâle imitation de la démarche des artistes occidentaux transposée aux caractéristiques de l’alphabet arabe, les tenants du lettrisme ont clairement affiché une volonté diamétralement opposée : affirmer une identité esthétique arabe, par l'élaboration d'une abstraction à la fois moderne et enracinée dans sa tradition graphique et esthétique.
Toutefois, durant ces années, qui sont aussi celles de l’arabisme politique triomphant, le mouvement est loin de se limiter à ce seul pays. Il essaime par exemple au Soudan où se développe, au sein de la Faculty of Fine and Applied Art of Sudan University of Technology, toute une génération d’artistes encore très présents sur la scène arabe. Parmi eux se distingue la très grande figure de Osman Waqialla (عثمان وقيع الله) décédé il y a juste un an : un beau et intéressant site - en anglais et en arabe - lui est dédié.
Ali Omar Ermes, The Third Ode
(source : www.hermitagemuseum.org)
Bien entendu, on trouve à leur côté l’Algérien Rachid Koraïchi assez bien connu en France grâce à ses illustrations pour de très nombreux ouvrages, travail qui s'inscrit pleinement dans la lignée du lettrisme. Depuis ses débuts, celui-ci est en effet intimement associé à une démarche autour des grands textes de la littérature arabe, classique et actuelle, religieuse et profane.
(Rachid Koraïchi avec des brodeurs cairotes, lors de la préparation à l'exposition "Mejlis al-qamar".
Source : www.ambafrance-eg.org)Culture & Politique arabes