Perdre la tête, trouver le coeur

Publié le 09 janvier 2012 par Joseleroy

Un lecteur du blog me demande :

"J'ai encore un questionnement important.
J'ai lu dans un article sur la vision sans tête, que le véritable éveil c'est la vision accompagnée de la compassion qui descend dans le coeur, et que cela est important.
Cette compassion vient t-elle toute seule avec la pratique de la vacuité?
Le coeur s'ouvre t-il davantage avec la pratique?
Est-ce que la compassion est en partie un processus mental (le  bien, le mal) ?
Car il est vrai parfois je peux être irrité par les propos ou l'attitude de certaines personnes même en voyant la vacuité. Si tout est moi, comme cela évolue t-il?
Malgré que la vision soit toujours la même, y a t-il un processus naturel?
Ce n'est pas très clair pour moi.
Pouvez-vous m'éclairer, et peut-être d'autres personnes par la même occasion, en publiant la réponse sur votre site?
Merci beaucoup"

Douglas Harding insistait beaucoup sur ce point. Perdre sa tête, c'est trouver son coeur. C'est essentiel car la compassion est la vacuité vécue.

La compassion surgit toute seule comme un fruit de la vacuité, parce qu'en sortant des liens de l'ego et de la dualité, je découvre que tout est moi. Je ne peux cultiver la compassion à volonté; je n'ai pas de pouvoir sur mes sentiments. Ce que je peux faire en revanche, c'est voir la vacuité, vivre à partir de l'espace. Et alors, naturellement, l'amour grandira.

Le coeur s'ouvre de plus en plus oui, toujours plus, et cette ouverture n'a pas de limites. Il n'y a pas de limites à l'amour. La vision ne change jamais ; ce qui change, c'est le coeur.

Voir sa vraie nature ne signifie pas devenir un saint ; nous n'allons pas imméditament incarner l'amour absolu. En effet, des irritations, des jalousies, bref l'égoïsme continue parfois d'apparaitre. Mais nous voyons désormais ces mécanismes, et nous n'en sommes plus dupes.

Nous avons trouvé le terrain à partir duquel l'amour inconditionnel peut fleurir.

Mais il ne faut pas chercher ces fruits; il ne faut pas les attendre.

Voir est parfait ici et maintenant. Et d'ailleurs, disparaitre dans l'instant est la compassion ultime. Quand je vois que je n'ai pas de visage ici, j'accueille complètement celui de l'autre. Douglas disait que la vision était un amour courtois. Quelle grande courtoisie, en effet, que celle de disparaitre en faveur de l'autre? Car alors il n'y a plus d'autre mais l'accueil.

jlr

Voir ici l'article de Gérard Nannini sur l'amour : http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2011/12/18/22991824.html

et voici quelques textes bouddhistes sur la compassin et la vacuité.

Celui qui cherche la vacuité sans la compassion
Ne découvrira pas la voie sublime.
Celui qui médite seulement sur la compassion
Ne se libérera pas du samsara.
Celui qui parvient à les unir
Ne restera ni dans le samsara ni dans le nirvana.

Saraha

"La source de tous phénomènes du samsara et du nirvana.
C'est la nature de l'esprit, vide et lumineuse,
Omniprésente et vaste comme le ciel.

Quand tu es dans cet état vaste comme le ciel,
Détends-toi dans cette dimension ouverte ; tiens-toi dans cette ouverture même,
Fonds-toi dans cet état semblable au ciel :
Tu t'y détendras de plus en plus, naturellement
-Excellent !

Si tu deviens accompli
Dans cette manière d'intégrer l'esprit à la vue,
Ta réalisation deviendra de plus en plus vaste.
Et, comme le soleil qui brille librement à travers l'espace,
Ta compassion ne manquera pas de rayonner sur tous les êtres. "

Khyentsé Rinpoché (L'esprit du Tibet, Mathieu Ricard)