[Critique Bluray] Le Masque de fer

Par Gicquel

L’intrigue, l’une des plus romanesques de l’histoire de France demeure à ce jour une énigme : celle d’un prisonnier masqué, caché, à laquelle il fut interdit de révéler son identité, sous peine de mort. Depuis trois siècles, toutes les hypothèses ont été formulées sur le compte de cet homme qui décède  le 19 novembre 1703, à la Bastille. Sur son acte de décès on lit : « le prisonnier inconnu, toujours masqué d’un loup de velours noir« .

« Un prisonnier dont nul ne sait le nom, dont nul n’a vu le front, un mystère vivant, ombre, énigme, problème. » écrira plus tard Victor Hugo

Cliquer ici pour voir la vidéo.


Pendant  34 ans il sera surveillé jour et nuit avec l’obligation pour ses geôliers de « le tenir strictement isolé du reste de la prison afin de l’empêcher de révéler son nom », mais aussi « de prendre grand soin de lui ». Cette histoire maintes fois contée au cinéma, Henri Decoin la reprend à son compte, tenant le pari d’un récit historique sur le mode de la légèreté. J’ai en effet été particulièrement surpris par l’ambiance très badine de la mise en scène qui voit en Jean Marais, un D’Artagnan vieillissant, certes, mais tout aussi taquin, et guilleret quand il s’agit de compter fleurette .

 Le ton est donné dès la première bataille contre les espagnols que le réalisateur nous fait entendre à travers la préparation des mousquetaires empêtrés dans leur nouveau costume. Quasiment du grand guignol. Après quoi les quiproquos s’enchaînent sur un sujet qui s’y prête bien il est vrai.

" Le masque de fer" selon Decoin

Le roi couche-t-il avec sa favorite ou bien son frère est-il en train de diriger le royaume ? Le genre de situation qui tient le film en haleine, mais sans réel suspense, le détachement humoristique de l’ensemble prenant le pas sur la vérité historique, même si celle-ci, est très présente dans la version Decoin.

Comme à l’époque on sur joue cette dramaturgie, avec une réalisation très théâtrale, le film prend aujourd’hui les allures d’un gentil divertissement, dont on retiendra quelques bribes d’une épopée royale assez extraordinaire.
A ce titre  les préparatifs de l’enlèvement du roi  projeté par un quarteron de seigneurs méritent une attention particulière me semble-t-il. On y débat en effet des vertus d’une hypothétique République. La petite assemblée se gausse alors, n’imaginant pas qu’un jour la France puisse se séparer de son roi : «  les français ont besoin de quelqu’un à aimer ou à détester » argumente l’un des comploteurs. Parce qu’en République ce n’est pas la même chose ?

LES SUPPLEMENTS

Jean Marais, évidemment

  • -« D’Artagnan amoureux ! » (41 min)

Documentaire de Dominique Maillet, avec les témoignages de Didier Decoin, Yvan Chiffre, Jean-Christian Petitfils et Jean-Claude Missiaen.

Didier Decoin, l’écrivain, mais aussi le fils du réalisateur donne un éclairage intéressant sur les conditions de tournage de ce film, «  de fin de carrière. Mon père était malade, et il y a une grande part d’autobiographie dans le profil qu’il donne à D’Artagnan, qui n’a plus la fougue de ses vingt ans
Jean Marais ,lui ,se porte comme un charme, laissant peu de liberté aux cascadeurs. «  Il regardait comment ils faisaient et puis après exécutait seul les cascades. »
«  Il était doué pour l’action » précise l’un d’eux «  très sûr dans ces geste, et quand on l’affrontait, on ne craignait rien ».
Le réalisateur Jean-Claude Missiaen aborde le thème de l’humour dans ce film «  précédé par d’autres exemples de film de cape et d’épée, où l’humour est omniprésent ». Et l’amour aussi, ce qui laisse quelques commentateurs éberlués : «  tout le monde connaissait l’homosexualité de Jean Marais, qui pourtant a serré dans ses bras et embrassé les plus belles femmes du monde ».

  • - « La véritable histoire du Masque de fer » (23 min)

Par l’historien Jean-Christian Petitfils.

Ce monsieur est passionnant à écouter.De nombreuses hypothèses ont marqué cette page d’histoire dont  la version des frères jumeaux mis au monde par la Reine de France, Anne d’Autriche. Ce que nous raconte Petitfils a peut-être moins de panache pour la légende, mais semble plus certain pour l’Histoire de France.

  • - « Mon père, ce héros » (24 min).

Didier Decoin dresse le portrait d’un autodidacte, complètement absorbé, dès son plus jeune âge, par le cinéma. «  Il l’aimait sans arrière pensée, et si quelqu’un parlait de lui, il ne voulais rien savoir, se contentant de dire que cette personne était un réalisateur formidable ». Une discussion au sujet d’un article de Claude Chabrol.
Tout le cursus du réalisateur est passé en revue, à travers ses méthodes de travail, la façon d’écrire des scénarios (hallucinant !) ou bien son refus d’utiliser les zooms. «  Il aimait le cinéma qui bouge ».

Prix public conseillé : 19,99 € ttc