La « Piétà islamique » du Yemen primée par le World Press Photo

Publié le 12 février 2012 par Medzaher

Une nouvelle fois, une photo de détresse qui évoque les peintures religieuses chrétiennes reçoit un grand prix de photographie : cette « Madone » yéménite en niqab a reçu jeudi le World Press Photo, la principale récompense du photojournalisme. Elle est signée Samuel Aranda, et a été réalisée en octobre 2011 au Yemen pour le New York Times.
Le site du quotidien américain lui-même souligne en titre que cette photo a des allures de « peinture » et, sur Facebook, le photographe de l'AFP au Proche-Orient, Patrick Baz, la qualifie de « Piétà islamique »
Difficile, en effet, de ne pas penser à ces évocations religieuses de la Vierge Marie tenant dans ses bras le Christ mort descendu de la croix.

De très nombreuses églises chrétiennes ont des sculptures évoquant cette scène, tout comme de grandes œuvres de la peinture d'inspiration religieuse.

Ce n'est pas la première fois qu'un photographe capture une scène qui frappe les esprits occidentaux avec cette évocation de la chrétienté. On se souvient en particulier celle que la presse a baptisé « La Madonne de Bentalha », en Algérie, pendant les années de plomb de massacres attribués aux islamistes, les années 90.
La « Madonne de Bentalha » est une photo prise par Hocine Zaourar, un photographe algérien de l'Agence France-Presse.

Cette photo, publiée à la une de journaux dans le monde entier, avait suscité des tonnes de polémiques, notamment sur l'emploi du mot « madone » dans un contexte islamique, et même un procès en Algérie, lorsque le photographe de l'AFP a été accusé – à tort – d'avoir organisé une mise en scène.
Un artiste, Pascal Convert, avait réalisé un documentaire et une sculpture pour raconter l'histoire de cette photo.
Cette fois, peut-être un signe des temps, la « madone » est en niqab et tient dans ses bras une victime de la répression lors des manifestations contre le pouvoir yéménite. Membre du jury du World Press, Nina Berman, citée par le New York Times, souligne, pour expliquer son choix :
« On voit rarement, dans la presse occidentale, de femme voilée dans un tel moment d'intimité. C'est comme si tous les événements des révolutions arabes se résumaient en un seul instant, un moment comme celui-ci. »

Peut-être que, tout simplement, la souffrance humaine a la même forme sous toutes les latitudes, et dans toutes les religions.
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