Shimon Pérès en visite d'Etat : Jérusalem, mère d'Europe

Publié le 11 mars 2008 par Danielriot - Www.relatio-Europe.com

EDITORIAL RELATIO par DANIEL RIOT

Shimon Perez. J’ai eu l’occasuion de l’interwievé à plusieurs reprises, à Strasbourg et à Jérusalem,dans des circonstances différentes. Quandil était au pouvoir ou dans l’oppposition. Quand on le qualifiait de « colombe » ou quand on lui reprochait de « d’ëtre pire qu’un faucon » alors qu’il faitpartie de ceux qui méritent le Prix Nobel de la paix (ce qui n’est pas le cas de tous les titulaires de ce titre).Chaque fois, j’ai été frappé par les valeurs qui le portent. Des valeurs qui ont d’autant plus de sens et de force qu’il a dû et doit encore en permanence les confronter aux chocs de dures réalités, au tragique de la vie, à l’absurde des folles spirales de la violence cultivée et des haines attisées.

Il appartient à la génération des fondateurs. Belle longévité politique. Carrière hors du commun. Un rappel : il a dirigé le parti travailliste israélien et a été le huitième premier ministre d'Israël de 1984 à 1986 puis de 1995 à 1996, et 1er vice-premier ministre, ministre du Développement du Néguev et de la Galilée et du Développement économique régional de 2006 à 2007. Il est élu président de l'État d'Israël le 13 juin 2007. Il entre en fonction le 15 juillet 2007. Sa visite d’Etat aujourd'hui à Paris est pour lui chargée d’Histoire, de mémoire et de puissance symbolique.

Souvent tendues, depuis le général de Gaulle qui n’avait pas tort de prévoir « qu’un jour les Israéliens regretteront un Arafat », les relations israélo-françaises restent  chrgées de puissance affectives, de passion même.

 « Cette visite résume soixante années de l'histoire d'Israël, durant lesquelles la France a joué un rôle extrêmement important. Je suis venu lui dire merci », a-t-il dit dans une ITW au Figaro.  « . Je n'en avais jamais eu l'occasion auparavant. On ne peut pas oublier certaines choses. Dans l'histoire du peuple juif, Napoléon est venu à notre secours. Pendant l'Occupation, la France a sauvé beaucoup de Juifs. Et ensuite, lors de la naissance d'Israël, la France a joué un rôle majeur. Grâce à elle, nous avons pu acquérir des armes pour défendre nos vies »

C’est lui d’ailleurs quiest considéré comme le père du programme nucléaire israélien, programme qui a été mis au point grâce (ou à cause) de la coopération avec la France. Il le reconnaît, entre les lignes : « La suspicion que nous possédons l'arme atomique est une composante essentielle de notre dissuasion. C'est tout ce que je peux vous dire. Je ne connais aucun autre pays qui ait autant aidé Israël que la France. » Pas même les Etats-Unis, ce qui est tout dire.

Aujourd’hui, Pérès le travailliste s’entend bien avec Sarkozy :  « Les relations d'Israël avec la France ne pourraient pas être meilleures. Nicolas Sarkozy a renouvelé l'Alliance atlantique en renouant avec les États-Unis et a donné un nouvel élan aux relations avec Israël. L'idée initiale du président Sarkozy d'une Union méditerranéenne était fascinante à cet égard. La différence entre le Moyen-Orient et l'Union méditerranéenne, c'est qu'Israël est inclus dans l'Union. Au nord, il y a les pays européens ; au sud, le Maghreb et, au milieu, les pays arabes et nous. Cela crée une force économique avec un fort potentiel de rapprochement politique. »

Cela ne signifie pas que Paris « s’aligne » sur Jérusalem. Indépendamment des impératifs de la « politique arabe » de la France (et de l’Europe), Sarkozy fait bien de jouer la carte de la clarté, en demandant une Etat palestinien digne de ce nom dès l’an prochain et la fin des politiques de « colonisations ».  

« On ne peut pas fonder des relations sur une idolâtrie mutuelle. C'est fatiguant. La France et Israël partagent une curiosité intellectuelle mutuelle », souligne Pérès qui n’ jamais caché toutefois qu’en matière de sécurité, Israël n’avait «  de leçon .à recevoir de personne », ne serait-ce que par ce que les Israéliens se doivent de compte d’abord sur eux-mêmes. Ils en ont pris conscience pleinement en 1956, quand Washington et Moscou ont fait cesser l’offensive franco-anglo-israélienne contre Nasser.

Cette conscience reste vive depuis. Même si elle est parfois trop exacerbée et conduit à des excès de confiance (ou de méfiance). Il est sûr que la paix ne s’obtient pas que par les armes et que les outrances des uns et des autres alimentent les forces les plus extrémistes des deux  camps

Le grand test, aujourd’hui, ou plutôt l’épreuve  de vérité c’est bien sûr, et malheureusement, l’Iran. Israel mise sur les sanctions économiques, stratégiques et financières jugées, pour l’heure, insuffisantes « Si le développement de la bombe n'est pas stoppé économiquement, les options non militaires seront épuisées. »,  estime  Pérès.  « Les sanctions économiques ont déjà prouvé leur efficacité dans le passé : la Libye, l'Afrique du Sud, la Corée du Nord ont renoncé à leurs ambitions nucléaires sans guerre » Des précédents qui se veulent rassurants. Mais qui ne prouvent rien. Ni pour Israel ni pour l’ensemble de la « communauté internationale » ;.

«  Nous ne sommes pas assez imprudents pour concentrer le danger iranien sur Israël », dit justement Pérès  « C'est un problème que le reste du monde doit résoudre. Avec les missiles de longue portée développés par l'Iran, le problème n'est pas seulement israélien. »

Ce qui concerne directement les Israéliens, ce sont les retombées des la politiques iranienne et syrienne  en Terre sainte « L'Iran et la Syrie fournissent aussi des armes et de l'argent au Hamas. L'Iran veut avoir deux satellites : un au Liban et l'autre à Gaza. La troisième cible d'Ahmadinejad est la Syrie. Il est aussi allé tâter le terrain en Irak. Nous ne devons pas fermer les yeux sur cela. Si une minorité de terroristes parvient à s'équiper d'engins nucléaires, le monde pourrait devenir ingouvernable. »
 

Au-delà de ces questions stratégiques, de paix et de guerre, d’ordre et de désordres, cette visite d’Etat doit permettre de consolider les relations franco-isréliennes dans les domaines culturels et bi-latéraux. Un regret :l es polémiques stériles autour du salon du livre. L’écriture contre la bêtise : c’est un vrai combat. Un espoir : que les Européens n’oublient pas ou plutôt reprennent conscience que Jérusalem aussi est « mère d’Europe », au-delà des croyances, des religions, des différentes façons de croire ou de ne pas croire en Dieu.

Daniel RIOT