"Ce qu'il faut expier" d'Olle Lönnaeus

Par Sijetaisdeboutsurmatete

Sélection du Grand prix des lectrices de ELLE 2012


Suffit-il de s’être juré de ne jamais revenir à un endroit pour le laisser définitivement derrière soi ? Olle Lönnaeus, auteur suédois, choisit la petite ville dont il est natif, Tomellila, comme lieu de ses romans ; son dernier polar, édité chez Lina Levi, ne fait pas exception. Mais davantage, qu’un décor, cette petite ville devient un laboratoire des tourments humains. Si la petitesse du bourg est davantage propice aux commérages et à la surveillance mutuelle qu’à la solidarité, la proximité d’une belle nature, le jour qui, durant les mois d’été n’en finit pas et la piété de ses habitants masquent parfaitement les haines et les rancœurs.

Ce calme apparent est brouillé par l’assassinat soudain d’un vieux couple austère détenteur d'une fortune gagnée à la loterie nationale. Leur fils adoptif, dont la mère était polonaise, est alors forcé de revenir sur le lieu du crime. Il avait tôt fait de fuir cette ville où on l’appelait « bâtard de Polack ». Konrad est alors, bien sûr, en tête de la liste des suspects. Mais, de quel crime parle-t-on ? N’y aurait-il pas une faute originelle que ce couple bigot aura tenté d’expier d’une manière ou d’une autre ? Au fur et à mesure des découvertes, Konrad entendra des phrases d’autrefois résonner différemment et des gestes prendre un autre sens.

Son retour n’est sûrement pas fortuit : l’enquête ne saura-t-elle pas mener Konrad plus loin, sur ses racines et surtout l'origine de la disparition de sa mère dont il a presque tout oublié. Davantage qu’une enquête policière, Olle Lönnaeus écrit la quête d’un homme forcé de se poser des questions. Il n’y aura donc pas de coup de théâtre final, car la finesse du roman de l’auteur suédois, est de retirer aussi progressivement que le cours de la vie nous l’impose souvent, le voile d’ignorance qui recouvre l’origine et la destinée d’un homme.

Finalement, Konrad attendait peut-être cette opportunité de revenir dans ce lieu hostile et violent, il ne savait que trop qu’il avait encore des choses à y découvrir.

"Ce qu'il faut expier" Olle Lönnaeus, éditions Liana Levi