English as a second fucking language*

Publié le 12 mars 2008 par Chondre

Lorsque j’ai débarqué à l’INSERM en DEA, je pratiquais très peu l’Anglais. J’’ai eu la chance d’être accepté dans un laboratoire ou le français n’’était finalement qu’’une langue secondaire (excepté pour deux ou trois vieilles peaux qui tentaient de régner sans partage sur certaines équipes). La personne qui dirigeait mon équipe était originaire de Bangalore en Inde. Srini avait eu la bonne idée de réunir autour de lui des étudiants qui venaient des quatre coins du globe. Des indiens, mais également des bulgares, des allemands ou des israéliens. François revenait d’un long séjour à Atlanta. J’’ai ainsi appris à parler anglais avec Prasad, Sooryanarayana, Yaron, Yosepha, Vladimira ou Dorothea. Côtoyer différentes nationalités ne m’’a pas seulement aidé à lire, écrire ou parler un anglais scientifique, mais également un anglais un peu plus international et familier.

Dès le matin, nous commutions naturellement en mode universel et commencions à raconter tout et n’’importe quoi dans une langue de Shakespeare souvent charcutée et prononcée pour ma part avec un très fort accent franchouillard. Je n’’ai jamais fait le moindre effort de prononciation. Qu’’importe. Tout le monde se comprenait, et c’’était bien l’essentiel. Lorsque j’’avais des interlocutrices anglophones, elles trouvaient cela « cheerful ». C’’était sans doute le deuxième effet axe. J’’ai toujours considéré que le secret pour progresser dans l’’apprentissage d’’une langue non maternelle était de mettre de côté sa timidité. L’’important est de se lancer. Le débit suit progressivement, le vocabulaire s’enrichit et les erreurs grammaticales sont petit à petit corrigées. Il suffit ensuite d’entretenir la machine. C’’est ce que j’’ai fait avec mes amis chercheurs. Nous ne parlions bien évidement pas exclusivement science mais également de notre vie de tous les jours, de nos sorties, de nos rencontres, ou même du nid de connasses avec lequel nous étions forcés d’’interagir au sein même du laboratoire. Le langage devenait fleuri pour notre plus grand plaisir.

C’’est en fouinant dans une librairie à Washington que j’ai trouvé un petit livre magique. Mon laboratoire m’’avait donné la possibilité de participer à la grand messe annuelle des biologistes. Je partageais alors une chambre du côté de Dupont Circle avec un Egyptien logorrhéique, qui digérait très mal la nourriture nord-américaine, et toutes les occasions étaient bonnes pour me rendre dans la librairie café qui jouxtait mon hôtel (question de survie). Le petit livre en question s’intitule “English as a second fucking language (how to swear effectively, explained in detail with numerous examples taken from everyday life)”.

Alléluia! J’avais enfin trouvé la bible qui allait me permettre de progresser à pas de géants en anglais.

Le livre balaye toutes les expressions les plus vulgaires. Le chapitre “Question de goût” est notamment consacré à la turlutte et au cunnilungus. D’après l’auteur, les français sont généralement considérés par les anglo-saxons comme les dieux de la gâteries oro-génitale. D’après le poème:

The French they are a funny race
Les français sont amusants
They fight with their feet and fuck with their face
Ils combattent avec leurs pieds (allusion à la savate) et baisent avec leur visage

C’est ainsi que tout utilisation de la bouche pendant la relation sexuelle est appelée un “french” (valable aussi bien pour le glougloutage de sipholo que pour la pipe). Le livre classe également les expressions en “indispensable”, “bon à savoir” et “à oublier”. Ainsi au chapitre pipe trouve-t-on:

Indispensable:

Blow
Eat
Give a blow job
Give head
Go down on
French
Suck
Suck-off

Bon à savoir:

Give a blow job
gobble the goose (avaler l’oie)
lick dick
Polish the helmet (polir le casque)
Suck dick
Take a lip lock on a fuck stick

A oublier:

Eat a weenie
Lick the lollipop

Même chose pour le cunnilungus (Muff-diving)

Indispensable:

Eat
Eat out
Eat cunt
Eat pussy

French (encore)
Go down on
Muff dive

Bon à savoir:

Eat a box lunch at the Y
Eat hair pie
Eat the bearded clam
(Manger la palourde poilue, j’aime bien)
Go lickety split
Munch a fur Burger (Mâcher un burger de fourrure)
Suck cunt
Suck pussy

A oublier:

Slurp the slit
Cannibalize the cunt

J’ai ensuite quitté le monde magique de la science fondamentale au bout de quatre années pour rejoindre mon employeur actuel. L’’anglais était toujours la langue de travail. Je devais interagir avec mes nombreux collègues européens. Je retrouvais le charme de la mixité culturelle. Chacun avait son propre accent. Cependant, le langage employé était différent. Il était plus réglementaire et surtout plus diplomatique. L’impératif était proscrit (oublier “should”, utiliser “could”) et nous avions comme consigne officieuse de ne pas employer certaines expressions qui risquaient de choquer nos collègues. Bien heureusement, nous commençons tous à nous connaître et le naturel prend le plus souvent le dessus. J’évite cependant de parler de “muff diving” ou de “blow job” trop souvent au téléphone.

Pour le reste, c’’est vraiment open.

Prochaine leçon d’anglais: Blasphèmes, sodomie et pets.

*Billet dédié à Thanos.