Global

Publié le 03 avril 2012 par Egea

L'autre jour, en donnant le cours sur "Global NATO" et la sécurité coopérative, j'ai improvisé un développement sur le mot "global". C'est l'avantage de ces cours : non seulement, ça force à actualiser ses connaissances et à incorporer des débats contemporains, mais aussi à expliquer des choses face à un auditoire "challenging". Donc, ce global, qu'en dire ? Pas mal de choses, encore une fois en disséquant un mot. Il y a tellement de confusions dues à des quiproquos sémantiques, qu'il faut sans relâche s'obliger à examiner les mots qu'on utilise.

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1/ Tout d'abord que ce mot de "global" n'a pas le même sens en anglais et en français.

  • En français, il a le sens de "général", complet, englobant. En fait, on pourrait traduire par "comprehensive" pour bien le faire comprendre à des Anglo-saxons
  • En américain, il a conservé son sens géographique, lié au globe en tant que sphère terrestre. Alors, global signifie universel ou, plus exactement, mondial.
  • Ce qui explique d'ailleurs que le "globalization" américain soit traduit en français par "mondialisation". Mot différent pour un sens similaire. En revanche, ceux qui parlent de "globalisation" ajoutent, sans s'en rendre toujours compte, du sens à la seule dimension géographique.

2/ Dès lors, parler d'OTAN globale traduit bien les deux phénomènes à l’œuvre : le premier est géographique, et désigne l'expansion de l'Alliance qui s'intéresse non plus seulment au cadre européen, mais aussi à des zones limitrophes (Afrique, Asie centrale). Ce qui pose la question du débat en cours avec les partenariats individuels à destination des pays "amis" ("partners across the world", comme dit l'Alliance) : Australie, Nouvelle Zélande, Corée du sud, Japon. Comme par hasard, tous situés dans une zone Pacifique qui traduit bien les priorités actuelles de Washington. Dès lors, cette expansion géographique planétaire pose des questions aux tenants d'un Alliance strictement euro-atlantique.

  • (NB : on ajoutera une autre série de partenariats individuels : Afghanistan, Pakistan, Mongolie : bref, toute l'Asie centrale limitrophe de la Chine. Et n'appartenant pas à l'Organisation de Coopération de Shanghai ! ).

(Carte réalisé d'après fonds chargé ici. En rouge, OCS. En jaune, Partenariats individuels de l'OTAN)

3/ Le deuxième phénomène est fonctionnel, ou plus exactement missionnel : c'est la conséquence de la priorité donnée à l’approche globale (comprehensive approach) à la suite de l'expérience afghane. Mais cela va plus loin. Non seulement "global planning", mais action dans toutes les dimensions, non plus seulement militaires, non plus seulement sécuritaires, mais aussi civiles. Ainsi s'explique la décision, prise à Lisbonne, d'une "capacité appropriée mais modeste de gestion civile de crise" : on voit là une concurrence au spectre des missions de l'UE et de sa PSDC. Cette décision est la conséquence des difficultés relationnelles entre l'OTAN et la PSDC (même si la question chypriote sert de prétexte à beaucoup).

4/ Cette question du "global" constitue, dans sa double dimension (extension géographique hors d'Europe, extension missionnelle hors du militaro-sécuritaire traditionnel), un des débats sous-jacents préalables à Chicago.

O. Kempf

NB : Ces propos n'engagent que moi et aucune des organisations pour lesquelles je travaille.