Blaise CENDRARS : Les Pâques à New York

Publié le 07 avril 2012 par Unpeudetao

(Fragments).

Je descends à grands pas vers le bas de la ville,
Le dos voûté, le coeur ridé, l’esprit fébrile.

Votre flanc grand ouvert est comme un grand soleil
Et vos mains tout autour palpitent d’étincelles.

.. C’est à cette heure-ci, c’est vers la neuvième heure,
Que votre Tête, Seigneur, tomba sur votre coeur.

Je suis assis au bord de l’océan
et je me remémore un cantique allemand,

Où il dit, avec des mots très doux, très simples, très purs
La beauté de votre Face dans la torture.

.. Peut-être que la foi me manque, Seigneur, et ta bonté
pour voir ce rayonnement de votre Beauté.

Pourtant, Seigneur, j’ai fait un périlleux voyage
Pour contempler dans un béryl l’intaille de votre image.

Faites, Seigneur, que mon visage appuyé dans mes mains
Y laisse tomber le masque d’angoisse qui m’étreint;

Faites, Seigneur, que mes deux mains appuyées sur ma bouche
N’y laissent pas l’écume d’un désespoir farouche.

Je suis triste et malade, Peut-être à cause de Vous
Peut-être à cause d’un autre, Peut-être à cause de Vous.

Seigneur, la foule des pauvres pour qui Vous fîtes le Sacrifice
Est ici tassée, parquée, comme du bétail, dans les hospices.

D’immenses bateaux noirs viennent des horizons
Et les débarquent pêle-mêle sur les pontons.

Il y a des Italiens, des Grecs, des Espagnols,
Des Russes, des Bulgares, des Persans, des Mongols.
Ce sont des bêtes de cirque qui sautent les méridiens
On leur jette un morceau de viande comme à des chiens.

C’est leur bonheur à eux que cette sale pitance.
Seigneur, ayez pitié des peuples en souffrance.

Blaise CENDRARS (1887-1961).

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