Radiostars : futur objet culte ?

Publié le 18 avril 2012 par Wtfru @romain_wtfru

Réalisé par Romain Lévy
Écrit par Romain Lévy et Mathieu Oulion
Avec Manu Payet, Clovis Cornillac, Douglas Attal, Pascal Demolon, Laurent Bateau, …
1h40

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Résumé 
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Ben revient bredouille de New York où il avait tenté de percer dans le stand-up. A son retour à Paris, au cours d’une soirée, il retrouve une de ses ex qui lui propose de venir écrire des textes pour la matinale de la radio qui l’emploie. Cette matinale est présentée par une bande de zouaves dégénérés et irresponsables, qui se croient tout permis car ils sont les plus écoutés de France. Mais le jour où ils deviennent numéro 2, ils sont envoyés sur les routes de France pour reconquérir l’audience qu’ils ont perdue…

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Avis :
Je sais que ça ne se fait généralement pas de parler de soi dans ce genre de chronique, mais permettez-moi tout de même, en guise d’introduction tout au moins, de faire cette petite entorse à la règle, et de vous parler en quelques mots de ma perception du cinéma.

Pour moi, un film est avant tout un voyage. Un voyage en grande partie imaginaire et émotionnel, certes, mais un voyage tout de même.
Pour les êtres timides et réservés comme moi-même, ces voyages sont d’une importance capitale car, au-delà de quelconques qualités cinématographiques (qui sont à prendre en compte un peu plus tard), ils représentent le rêve, l’idéal, la liberté ; un moment unique vers des contrées qui auraient pu nous être à jamais inconnues.

Je ne sais pas si vous partagez avec moi cette petite folie, mais personnellement, chaque film m’emporte, et je dirai même plus, m’emporte un peu plus loin !
Et quand le film est grand, très grand, je me retrouve littéralement transporté dans la peau des personnages qui sont à l’écran.
Je deviens un soldat américain en plein Vietnam quand je regarde Apocalypse Now ; je me transforme en petit juif new-yorkais névrosé et amoureux devant Annie Hall ; je me change en tueur à gages impitoyable quand je regarde Pulp Fiction ; je remonte le temps de quelques siècles lorsque je me plonge dans Barry Lyndon
Bref, vous l’aurez compris : quand un film m’illumine, je m’immerge pleinement en lui !

Cependant, il arrive quelques fois que cette immersion se fasse de manière un peu différente, et c’est d’ailleurs ce qui c’est passé lorsque je me suis trouvé face à ce Radiostars.
Parfois, pour des raisons X ou Y qu’il faudrait sûrement aller chercher dans mon subconscient, il arrive que mon assimilation se fasse par le biais d’un envie de reproduction.
En clair, je vois un film, et s’il me plait (ou même ne serait-ce qu’un détail à l’intérieur de celui-ci), j’ai envie de reproduire ce qui s’est déroulé devant mes yeux.
Pour être un peu plus concret, je peux vous dire que depuis que j’ai vu le film d’Antoine De Maximy, J’irai dormir à Hollywood, je n’ai plus qu’une seule idée en tête : prendre l’avion pour aller à New York et parcourir ensuite les Etats-Unis d’Est en Ouest pour aller rejoindre la cité des anges.
Idem pour des films comme La personne aux deux personnes, qui m’a donné envie de vouer un culte aux has-been, ou bien encore pour n’importe quel film sur la mafia qui me donne irrémédiablement l’envie de franchir la ligne blanche de la légalité…

Voilà donc où je voulais en venir : Radiostars est justement l’un de ces films qui me donne envie de reproduire ce que je vois à l’écran.
Qu’on soit bien d’accord : il ne s’agit nullement ici d’un chef d’œuvre, ou même d’un film unique en son genre. Simplement il dégage quelque chose de particulier, quelque chose de fort. C’est d’ailleurs à cela qu’on peut reconnaître un bon, voire même un très bon film !

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Le road-movie entre potes est un genre assez risqué puisque, plus que dans les autres genres (ou sous-genres), on peut tomber très vite dans le graveleux et dans la puérilité la plus abjecte.
Mais là où beaucoup se seraient plantés (et où beaucoup se sont plantés !), Romain Lévy a réussi à doser particulièrement bien son film en se basant sur un élément qui fait toute la différence et qui s’avère essentiel à son film : la qualité de ses dialogues.

On n’est loin ici des one-liners à la Woody Allen ou bien de la verve parisienne d’un Michel Audiard, plutôt dans quelque chose de plus générationnel, de plus classique, mais qui, grâce à l’énergie des ses interprètes, passe merveilleusement bien à l’écran.
Ici donc, point de subtilité ou d’humour trop intello : on est presque dans une battle de vannes grandeur nature où les jeux mots plein d’esprit sont remplacés par un tac-o-tac verbal qui écrasera celui qui n’a pas su avoir de répondant.

Cela pourrait paraître pesant de devoir supporter une telle quantité de vannes, de sarcasmes et de bouffonneries en tous genres, mais Lévy, dans la même veine de ce qui peut se faire dans le bon stand-up, sait parfaitement doser ces moments d’humour en les faisant reposer sur des moments plus calmes, plus doux.
Contrairement à moult films basés sur ce même concept de la vanne à tout prix, il ne cherche pas à annihiler les moments d’humour pur par des séquences dramatiques, voire même lacrymales, ce qui se fait généralement dans les films ayant un humoriste pour vedette (regardez Camping, Cyprien ou bien encore Brice de Nice pour vous en convaincre !).

Le film va au contraire toujours de l’avant, toujours en poussant la vanne un petit peu plus loin, quitte à froisser les sentiments, l’amour-propre des autres animateurs du moment que cela puisse faire rire les autres (aussi bien les potes du film que les spectateurs finalement).
Certains moments du film sont d’ailleurs presque éreintant de ce point de vue tant la quantité de moquerie est éprouvante pour nos zygomatiques (Manu Payet et Clovis Cornillac, plus drôles que jamais, deviennent ici des machines à punchlines absolument ahurissantes !).

Mais si le film parait, au final, si bon, c’est essentiellement parce qu’à la fin, on n’a plus qu’une seule envie : louer un bus et partir en road-trip avec des potes, en se balançant vannes sur vannes, et en ne se souciant de rien si ce n’est de notre propre plaisir !
On a souvent tendance à oublier que le cinéma doit avant tout être un plaisir et non pas en premier lieu un moment d’exégèse (sinon Chaplin, comme de nombreux autres artistes un peu plus tard, n’aurait sûrement pas passé le cap des années 20). Et là c’était le pied !

Radiostars, ce n’est pas le film de l’année, on est bien d’accord là-dessus. En revanche, dans une année cinématographique aussi terne que celle-ci jusqu’ici, c’est un pur moment de plaisir dont on peut profiter seul ou à plusieurs.

Le film le plus délirant de ce début d’année !