Interview exclusive de Najat Vallaud-Belkacem

Publié le 19 avril 2012 par Jeunegarde

A 34 ans, Najat Vallaud-Belkacem est l’étoile montante du Parti socialiste. Fidèle parmi les fidèles de Ségolène Royal, elle est l’une des porte-paroles de François Hollande. Conseillère générale du Rhône, adjointe au maire de Lyon elle est candidate aux élections législatives de juin prochain. Secrétaire nationale en charge des questions de sociétés au PS, elle s’occupe de l’égalité des droits pour les LGBT et les questions de bioéthique. Elle vient de publier « Raison de plus » dix ans après son entrée en politique au lendemain de la débâcle démocratique du 21 avril 2002 dont elle s’est sentie pour une part « responsable », comme nombre de jeunes de sa génération. Elle évoque dans cet ouvrage les cinq enjeux qu’elle estime majeurs du changement : le refus de l’impuissance démocratique et de la régression comme offre politique ; la requalification de la notion de progrès et de nos modèles de croissance ; le réinvestissement dans la jeunesse et la préparation de l’avenir ; la rénovation démocratique comme ciment de notre identité collective ; la réconciliation de la gauche avec l’individu et les chemins retrouvés de l’émancipation individuelle.

Elle a accepté de répondre à nos questions et nous l’en remercions.

Il y a 5 ans vous étiez aux côtés de Ségolène Royal, aujourd’hui vous êtes porte-parole de François Hollande, comment avez-vous vécu le résultat des primaires ? On a le sentiment que cette fois-ci tout le monde est rassemblé derrière le candidat désigné contrairement à 2007…
Le résultat des primaires a été à la fois un moment de tristesse et un moment de fierté. Tristesse d’une bataille perdue auprès de Ségolène Royal qui avait mis tant de conviction, de sincérité et finalement d’elle-même dans cette campagne, et fierté de primaires réussies qui ont permis au terme d’un débat de qualité un rassemblement de tous les socialistes derrière François Hollande.

Aujourd’hui la famille socialiste est unie dans un même désir de victoire et de changement pour la France et pour les Français.

L’adversaire reste cependant le même, Nicolas Sarkozy, qui même après 5 années passées à la tête du pays fait comme s’il n’avait aucun bilan à défendre se désignant comme le candidat du peuple ! Cette campagne va-t-elle se jouer réellement sur des projets ou davantage sur des valeurs ? Un référendum pour ou contre Sarkozy ?

Un million de chômeurs de plus en cinq ans, des centaines de milliers d’emplois industriels détruits, un défit commercial de plus de 70 milliards €, une dette publique comme la France n’en a jamais connu dans son histoire, une fiscalité inéquitable qui a favorisé les hauts revenus au détriment du peuple, un système de santé qui laisse de plus en plus de nos concitoyens à l’écart à force de déremboursements, un pouvoir d’achat en berne, une école sacrifiée… Aucun Français ne peut sérieusement dire qu’il vit mieux aujourd’hui qu’il y a cinq ans et aucun ne peut sérieusement dire pourquoi il confierait encore le destin du pays à Nicolas Sarkozy. Je pense que les Français sauront tirer les conclusions qui s’imposent. La campagne se fait sur la crédibilité et le sérieux des propositions et de ce point de vue là, François Hollande a l’avantage de la cohérence, de la constance et de l’enthousiasme devant la perspective d’un vrai changement. Sa candidature c’est la synthèse de la responsabilité, du courage et de l’ambition.

Taxé de laxiste en 2002, le parti socialiste semble avoir durci le ton en matière d’insécurité, d’immigration ?

Les socialistes ont parfaitement compris quelle était la place de la sécurité dans la hiérarchie des préoccupations des Français et n’ignorent pas que la question de l’immigration est un sujet de questionnement pour nos concitoyens, même si leur préoccupations immédiates restent l’emploi, le pouvoir d’achat, l’école. Ils ne sont pas dupes des tentatives de la droite pour éviter de parler de ces sujets, faute de réponses crédibles à apporter.

Pour les socialistes, on peut être juste tout en étant ferme. Il n’y a pas de place pour la complaisance face aux comportements délinquants. Trop de peines aujourd’hui ne sont pas exécutées laissant un sentiment d’impunité et ouvrant la voie à la récidive. Le bilan de la droite est mauvais en la matière, les atteintes aux personnes, les plus graves, ont explosées en cinq ans. François Hollande veut donner à la police et à la justice les moyens de protéger les Français. La police de proximité, supprimée par la droite, sera rétablie et des zones de sécurité prioritaires permettront d’allouer plus de moyens de police et de gendarmerie là où la délinquance est la plus forte. Enfin, sans rien sacrifier à l’ordonnance de 1945, la justice des mineurs sera une priorité et, avec elle, la lutte contre la délinquance multiréitérante. Le nombre de centres éducatifs fermés sera ainsi doublé durant le quinquennat.

Sur la question de l’immigration, le parti socialiste est très loin de la caricature de laxisme dont la droite l’accable. Lutte sans concession contre l’immigration clandestine, pas de régularisation massive mais un examen au cas par cas des situations. Regardez comment la question des étudiants étrangers a été traitée par le gouvernement, par exemple : Nicolas Sarkozy a voulu faire de l’idéologie, et ce sont les intérêts de la France, de nos entreprises et de nos universités qui ont été les premières victimes d’une mesure inique à l’égard des étudiants concernés. François Hollande, avec une vision la fois équilibrée et juste dans ses principes, aurait agi différemment. Ce qui est intolérable, c’est de mélanger les sujets pour faire de l’immigration la source de toutes les difficultés : c’est faux et dangereux pour la cohésion nationale de le laisser penser, qu’il s’agisse de sécurité, d’économie, des finances publiques ou de l’emploi.

Nicolas Sarkozy avait promis un plan Marshall pour les cités tombé aux oubliettes, que propose le candidat Hollande ?
François Hollande n’est pas dans le slogan marketing, il est dans l’action. Son projet est explicite, il y aura une nouvelle génération de renouvellement urbain qui sera le terreau d’une politique de cohésion sociale fondée sur le maintien des services publics dans les quartiers, sur le renforcement des moyens scolaires dans les quartiers qui le nécessitent le plus afin de renouer avec le rôle de réducteur d’inégalité de l’école. La politique des transports sera également mobilisée pour lutter contre la fracture territoriale qui exclue une partie des habitants de l’accès aux emplois et aux services publics.

La sécurité de proximité sera également restaurée dans ces quartiers. L’emploi, enfin, en particulier celui des jeunes, sera une priorité grâce notamment au contrat de génération et aux contrats d’avenir. La jeunesse des quartiers est une richesse pour la France de demain : il faut lui donner sa chance !

Dans le projet de François Hollande, on retrouve un certain nombre de propositions sur des questions de société (égalité des « opportunités » – autonomie des jeunes – internet libre – mariage gay et l’adoption pour les couples de même sexe) qui doivent vous satisfaire ?
Oui, il y a beaucoup de sujets sur lesquels j’ai travaillé comme secrétaire nationale du PS aux questions de société, en matière de procréation médicalement assistée, de recherche sur l’embryon, de droit des couples de même sexe, de parentalité, de fin de vie, et je me réjouis de les voir figurer dans les propositions de François Hollande. C’est un candidat de son époque, qui n’est pas coupé comme tant d’autres des réalités de la société et des aspirations de nos concitoyens.

Il aura besoin d’une députée comme vous pour les défendre, qui a refusé d’être candidate sur une circonscription « facile » pour vous représenter face à l’ancien Garde des Sceaux Dominique Perben qui vous avez battu en 2007 mais qui a finalement décidé de se retirer. Confiante?
Déterminée à coup sûr ! Le combat sera difficile dans cette circonscription réputée très à droite et jamais remportée par la gauche. Mais j’ai fait le choix de la constance et de la fidélité à Lyon et aux Lyonnais au service desquels je suis depuis dix ans. J’aspire à être une élue de la République qui n’a qu’un seul objectif : défendre l’intérêt général. Ce qui compte, c’est le projet et les valeurs que vous défendez à l’Assemblée Nationale pour le pays, votre crédibilité, votre légitimité et votre capacité à changer les choses concrètement sur le terrain, en cohérence avec vos engagements. Les conditions sont réunies pour qu’une majorité de citoyens de cette circonscription fassent mentir les découpages électoraux, et eux aussi, choisissent le changement !


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